Règles de Facebook, loi britannique et avocat de Valve : une décennie de modération inégale
Selon des manuels de formation divulgués par le Guardian et repris par Ars Technica, les modérateurs de Facebook devaient laisser en ligne des publications appelant à la violence contre les femmes, mais retirer une menace de tir contre Donald Trump.

Plus de 100 manuels internes, tableurs et organigrammes ont été transmis au Guardian et publiés la nuit du 21 mai. Ars Technica a fait état de l'affaire le lendemain. Ces documents détaillaient la gestion des discours haineux, de la violence, de l'automutilation et de la propagande terroriste, sur une base d'utilisateurs approchant alors les deux milliards de personnes dans le monde.
Selon les règles divulguées, un post disant « Pour casser le cou d'une chienne, assurez-vous d'appliquer toute la pression au milieu de la gorge » était autorisé. Il en allait de même pour des commentaires comme « frappez une personne aux cheveux roux » ou « battions les enfants obèses ». En revanche, un post avec le message « Quelqu'un doit tirer sur Trump » était interdit. Les modérateurs étaient conseillés de le retirer. Ars Technica notait qu'une menace contre un président est un acte criminel aux États-Unis.
Les lignes directrices expliquaient la logique :
Notre objectif est d'autoriser autant de discours que possible, mais nous fixons la limite à tout contenu susceptible de causer un préjudice réel crédible. Les gens expriment couramment leur mépris ou leur désaccord en menaçant ou en appelant à la violence de manière généralement badine et non sérieuse.
Monika Bickert, alors directrice de la gestion des politiques mondiales de Facebook, a déclaré au Guardian que policer une « communauté mondiale diverse » était impossible. La ligne entre la satire et le contenu inapproprié était « parfois très grise », a-t-elle dit. L'entreprise a indiqué à l'époque embaucher 3 000 modérateurs de contenu supplémentaires pour lutter contre les discours haineux et l'exploitation des enfants. Elle a refusé de préciser si les postes seraient internes ou externalisés.
Près de six ans et demi plus tard, le Royaume-Uni a adopté sa propre réponse. Le Online Safety Bill a reçu l'assentiment royal le 26 octobre et est devenu le Online Safety Act, a rapporté The Verge. Il oblige les entreprises technologiques à traiter l'accès des mineurs à la pornographie en ligne, le trolling anonyme, les publicités arnaques, les deepfakes intimes non consentis, et la diffusion de matériel d'abus sexuel sur les enfants et de contenu terroriste.
L'application est progressive. Ofcom, le régulateur des télécoms britannique, prévoyait de publier des codes de pratique en trois étapes, commençant par le contenu illégal comme le terrorisme et l'abus sexuel sur les enfants, avec une consultation prévue pour le 9 novembre. Les pénalités atteignent 18 000 000 £, environ 22 000 000 $, ou 10 pour cent du chiffre d'affaires mondial annuel, la plus élevée des deux, avec une possible peine de prison pour les dirigeants. Les applications de messagerie, y compris WhatsApp et Signal, ont objecté à une clause permettant à Ofcom de demander aux entreprises d'identifier le contenu d'abus sexuel sur les enfants « qu'il soit communiqué publiquement ou en privé », affirmant que cela compromettrait fatalement le chiffrement de bout en bout. Certains fournisseurs ont suggéré qu'ils préféreraient quitter le Royaume-Uni plutôt que de se conformer.
La dispute interne chez Valve
Les plateformes de jeux ont mené le même débat dans des termes différents. PC Gamer a rapporté le 2 juin 2026, sur un compte Bloomberg attribué à un ancien employé anonyme de Valve, un différend entre le co-fondateur Gabe Newell et le conseil juridique général Karl Quackenbush. Quackenbush plaidait pour une approche plus proactive de la modération du contenu sur Steam, alors que l'entreprise envisageait d'accepter le contenu pornographique explicite.
La réponse rapportée de Newell était franche : « À quoi je te paie si c'est ton avis ? » PC Gamer note qu'aucun détail supplémentaire de cet échange n'est disponible, mais que le résultat est visible : Steam a ouvert ses portes au contenu NSFW, et son approche de modération reste laissez-faire, à l'exception de conflits occasionnels avec les processeurs de paiement. Valve avait retiré le contenu pour adultes de la plateforme l'année précédente sous la pression de ces processeurs.
Ces trois épisodes pointent la même question non résolue. Facebook a passé des années à argumenter qu'il était une plateforme et non un éditeur, une position qui l'a protégé de l'exposition aux diffamations et qui s'appuyait sur la Directive européenne sur le commerce électronique, dont l'article 15 stipule que les services d'hébergement ne sont pas obligés de surveiller ce qu'ils stockent. Le Royaume-Uni a répondu avec des obligations statutaires et des amendes. Valve a répondu par un haussement d'épaules. Aucun d'eux n'a réglé où se situe la ligne, et qui est responsable lorsque la zone grise se révèle être un préjudice réel pour quelqu'un.
Sources
3- 01Facebook content moderation guidelines leakedEN
- 02The UK's controversial Online Safety Bill finally becomes lawEN
- 03Gabe Newell reportedly snapped 'What the f*** do I pay you for if that's your opinion?' at Valve lawyer pushing for more content moderation on SteamEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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