ASML et la lithographie EUV : l'avertissement sur les ambitions européennes
Le fabricant néerlandais, seul au monde à produire des machines de lithographie EUV, rappelle que l'Europe ne lui achète presque rien. Entre sanctions américaines et appétits asiatiques, la question de la souveraineté industrielle se pose crûment.

La phrase a circulé dans les rédactions technologiques européennes. Frank Heemskerk, responsable des affaires publiques du fabricant néerlandais de machines de lithographie ASML, a résumé la situation d'une formule : « Nous ne vendons tout simplement rien en Europe. » L'aveu, rapporté par heise online et repris par t3n, pointe une occasion manquée pour la souveraineté européenne dans la fabrication de puces.
Une position sans équivalent
ASML est le seul constructeur capable de produire en série des machines de lithographie EUV, indispensables aux gravures les plus fines, sous 5 nanomètres. L'entreprise est devenue un point de fixation de la guerre des puces entre les États-Unis et la Chine. Ses machines suscitent une forte demande aux États-Unis comme en Chine, mais le marché chinois est soumis à des sanctions américaines qui interdisent leur exportation. Des accusations ont même été formulées par Washington, selon lesquelles une machine EUV très moderne aurait atteint la Chine.
La fabrication de ces équipements repose sur une chaîne de fournisseurs spécialisés, de l'optique de très haute pureté aux lasers de haute puissance. C'est cette combinaison de compétences, accumulée sur des décennies, qui rend l'outil si difficile à reproduire. La complexité technique explique la rareté : peu d'acteurs, donc peu de redondance, donc une vulnérabilité stratégique.
Les tapis rouges d'ailleurs
Interrogé sur l'attractivité respective des régions, le responsable évoque une concurrence active des États-Unis et de l'Asie pour attirer les investissements et les sites de production. Il souligne que la production d'ASML reste concentrée aux Pays-Bas, et que la part de la recherche menée aux États-Unis fait l'objet de discussions. Le message est clair : l'Europe doit rendre son territoire attractif si elle veut conserver une industrie de pointe.
En Italie, la question est posée en termes de risque. Le risque géopolitique pour les semi-conducteurs européens n'est plus conjoncturel, il devient structurel, soulignent les analystes du secteur, qui pointent la dépendance à quelques fournisseurs et à quelques routes maritimes.
Une machine unique au monde, vendue partout sauf sur son continent d'origine : le résumé d'une politique industrielle à reconstruire.
Les lithographies de nouvelle génération restent donc au cœur des politiques publiques. Les programmes européens de soutien à la production de puces visent précisément à réduire cet écart, mais les effets industriels se comptent en années.
Sources
3- 01heise online : Teppiche röter als rot – Asien und USA umgarnen ASMLDE
- 02t3n / MIT Technology Review : So stellt ASML die komplizierteste Maschine der Welt herDE
- 03CorCom : Semiconduttori, per l'Europa il rischio geopolitico diventa strutturaleIT
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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