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La fusion privée annonce des résultats, mais aucune machine n'alimente le réseau

Helion affirme que son prototype Polaris est devenu la première machine à fusion développée par une entreprise privée à fonctionner avec du combustible deutérium-tritium et à atteindre des températures de plasma de 150 millions de degrés Celsius, selon une annonce de l'entreprise datée du 13 février 2026. La production commerciale d'électricité à partir de la fusion reste à démontrer.

SciencesAnalyseAmélie BernardPublié le: 28 septembre 20264 min de lectureSources 4
La fusion privée annonce des résultats, mais aucune machine n'alimente le réseau

Helion a publié l'information sur son site le 13 février 2026. Polaris, le septième prototype de l'entreprise, a démarré à la fin de 2024. En janvier, il est devenu la première machine à fusion privée, et selon Helion la seule actuellement, à brûler du combustible deutérium-tritium.

C'est un vrai jalon dans un domaine où la plupart des entreprises privées ont évité le tritium, radioactif et strictement encadré. Helion affirme avoir aussi été la première société à obtenir une autorisation réglementaire pour détenir et utiliser du tritium en vue de démontrer une production d'énergie de fusion. L'entreprise revendique des températures de plasma de 150 millions de degrés Celsius sur Polaris. C'est au-delà du record de 100 millions de degrés Celsius établi par Trenta, sa machine de sixième génération, un seuil que le secteur considère comme celui d'un dispositif commercialement pertinent. Rien de tout cela n'a été vérifié de façon indépendante à l'échelle d'une installation, et le mélange de combustible n'est pas celui avec lequel Helion prévoit de vendre de l'électricité.

Deux chercheurs extérieurs sont cités dans l'annonce. Ryan McBride, spécialiste de la fusion par confinement inertiel, passé par les Sandia National Laboratories et l'université du Michigan, dit avoir examiné les données de diagnostic et jugé enthousiasmants les indices de fusion D-T et de températures supérieures à 13 keV, soit 150 millions de degrés Celsius. Alan Hoffman, qui travaille depuis plus de 40 ans sur les plasmas à configuration de champ inversé, dit continuer à voir cette technologie monter en échelle.

« Nous pensons que le chemin le plus sûr vers la commercialisation de la fusion passe par construire, apprendre et itérer aussi vite que possible », a déclaré David Kirtley, cofondateur et directeur général de Helion.

Il faut voir ce que le résultat D-T est et n'est pas. Helion précise que l'exploitation D-T est une étape du programme d'essais de Polaris. Le combustible des opérations commerciales sera le deutérium-hélium-3, et l'entreprise doit encore atteindre les températures optimales pour celui-ci. La machine qui a signé le record ne tourne donc pas avec le combustible dont Helion veut vendre l'électricité.

D'autres entreprises gagnent du temps avec du matériel

Helion n'est pas seule à annoncer des premières. Realta Fusion a déclaré le 19 juin 2026 avoir démontré la conversion directe de l'énergie cinétique du plasma en électricité sur le dispositif Wisconsin HTS Axisymmetric Mirror, un travail mené avec l'université du Wisconsin-Madison. Le convertisseur a tiré plusieurs ampères sous environ 100 volts, de quoi allumer quelques ampoules.

Realta est inhabituellement explicite sur les limites. Son propre texte indique qu'il ne s'agissait ni d'une démonstration de production nette d'électricité ni d'une conversion à grande échelle d'énergie issue de la fusion. Il précise aussi que l'essentiel de l'énergie convertie sur WHAM venait de la puissance injectée, pas de la fusion. Le dispositif fonctionne au deutérium seul. L'entreprise annonce vouloir monter en échelle vers plusieurs kilowatts, puis plusieurs mégawatts, sur de futures machines.

Thea Energy a pris une autre voie : l'argent. Le 27 mai 2026, elle a annoncé un tour de série B de 100 millions de dollars mené par l'US Innovative Technology Fund de Thomas Tull, avec la participation de General Innovation Capital Partners, Linse Capital et d'autres. Les fonds vont à la fabrication d'aimants, dont un second site dans le nord du New Jersey, ainsi qu'au choix du site et à la construction d'Eos, un grand stellarator intégré. Thea indique qu'elle choisira un site plus tard cette année et doublera son équipe.

Thea affirme aussi avoir été la première bénéficiaire à recevoir la certification du département de l'Énergie pour son jalon de conception préliminaire Helios. Elle dit avoir construit et exploité ce qu'elle présente comme le premier réseau d'aimants supraconducteurs au monde capable de produire les champs dont les stellarators commerciaux ont besoin.

Le projet public reste l'étalon de mesure

Face à tout cela, ITER, le réacteur international financé sur fonds publics dans le sud de la France, affiche un coût estimé à 22 milliards de dollars, selon CNET, qui a visité le site. Le plasma à 150 millions de degrés doit cohabiter avec des aimants supraconducteurs maintenus à quelques degrés au-dessus du zéro absolu, séparés par un mince bouclier thermique. Des fissures découvertes dans la tuyauterie de ce bouclier en 2020, plus des déformations de soudure et les perturbations du COVID, ont repoussé le calendrier de plusieurs années et ajouté 5 milliards de dollars de coûts de réparation.

Le conseiller stratégique en chef d'ITER, Laban Coblentz, a déclaré à CNET que faire collaborer la Chine, la Russie, les États-Unis, l'Europe, la Corée, l'Inde et le Japon est « soit du génie, soit de la folie ». Javier Artola, scientifique qui modélise le plasma d'ITER, présente le projet comme un savoir public. Cette ouverture compte : chaque problème résolu par ITER est un problème que les entreprises privées n'ont pas à résoudre elles-mêmes.

Lire les annonces ensemble fait apparaître un schéma. La fusion privée a du matériel réel, des diagnostics réels et de l'argent réel. Helion dispose d'un site à Malaga, dans l'État de Washington, où elle a commencé à construire en juillet 2025 Orion, sa première machine commerciale, censée fournir de l'électricité à Microsoft. Thea discute avec des acheteurs. Rien de tout cela n'équivaut à une centrale qui vend de l'électricité. Les jalons sont des étapes, et les entreprises, à leur honneur, le disent pour la plupart.

Ce qui manque au dossier, c'est une confirmation indépendante à l'échelle d'une installation. Les records de plasma viennent des diagnostics des entreprises, examinés par des experts invités, pas de données de réseau validées par les pairs. C'est normal pour un secteur aussi jeune, et c'est pourquoi les prochaines années d'annonces méritent le même scepticisme que les précédentes.

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Sources

4
  1. 01Helion Achieves New Fusion Energy MilestonesEN
  2. 02A look inside ITER, the world's largest fusion energy projectEN
  3. 03Thea Energy Raises $100M Series B Funding to Build Scalable Fusion Power PlantsEN
  4. 04A Fusion First: Realta Demos Direct Energy ConversionEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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