Antitrust : Microsoft dans le viseur de la FTC, Google, Nvidia et des laboratoires d'IA sous procédure
La FTC cherche à savoir si Microsoft a usé de méthodes de concurrence déloyale dans le cloud et les logiciels. Google se bat contre une demande de cession de Chrome, la Chine a constaté une infraction de Nvidia à sa loi antitrust, et quatre laboratoires d'IA font face à une action collective pour ralentissement du développement.

Microsoft a passé des années à regarder ses concurrents traînés devant les tribunaux sans jamais se retrouver lui-même dans le collimateur des autorités antitrust. Cette période de grâce pourrait se terminer. Selon The Verge, la Federal Trade Commission a envoyé des demandes d'enquête civile, qui fonctionnent comme des assignations, à au moins une demi-douzaine d'entreprises concurrentes de Microsoft. Les questions de l'agence portent sur les services cloud Azure et sur la position de l'entreprise dans l'IA.
L'enquête a débuté sous l'administration Biden en 2024 et s'est poursuivie sous le président Donald Trump, rapporte The Verge le 1er juin 2026. Rien ne garantit qu'elle aboutira à un procès. Le personnel de la FTC décidera s'il recommande une plainte, et les deux commissaires de l'agence voteront.
Ce que la FTC demande
The Verge a obtenu des détails jamais publiés auprès d'une source du secteur, qui a examiné les lettres et a obtenu l'anonymat pour discuter d'informations non publiques. Les documents font généralement plus de 15 pages et contiennent plus de 15 questions, souvent avec de nombreuses sous-parties. Les questions portent sur les accords commerciaux de Microsoft, ses accords de licence et l'interopérabilité de ses produits. Elles interrogent les concurrents sur leurs organigrammes, leurs plans marketing et leurs feuilles de route produit. Certaines cherchent à savoir à quel point il est difficile d'entrer sur les marchés où Microsoft est présent, en s'intéressant aux coûts et aux barrières à l'entrée. D'autres demandent aux entreprises de détailler leurs projets de regroupement de fonctionnalités et de produits, ainsi que les prix, les remises et la rentabilité. Selon la source, les demandes indiquent que l'objectif est de déterminer si Microsoft a utilisé des méthodes de concurrence déloyale dans le cloud, les logiciels et les services associés, en violation du FTC Act. La FTC n'a pas répondu à une demande de commentaire.
Le porte-parole de Microsoft, Alex Haurek, affirme que l'entreprise « coopère pleinement avec la FTC et estime que nos pratiques favorisent la concurrence tout en fournissant les produits innovants que nos clients attendent ».
Des clients se sont plaints, souvent de façon anonyme par crainte de représailles, que les changements de licence de Microsoft en 2019 avaient rendu beaucoup plus coûteux l'usage de logiciels Windows en dehors d'Azure. En 2023, Google a déclaré à la FTC, dans le cadre d'une vaste enquête sur le marché du cloud, que Microsoft utilisait sa domination dans d'autres domaines pour donner à ses propres produits cloud un avantage indu et enfermer les consommateurs. Microsoft conteste cette lecture. Haurek a cité Google comme « un exemple clair de cette dynamique, avec une croissance de 63 % d'une année sur l'autre et une concurrence directe avec d'autres grands fournisseurs, dont AWS, le plus grand fournisseur cloud ».
William Kovacic, professeur de droit à l'université George Washington et ancien président de la FTC, a déclaré à The Verge que ce type de collecte d'informations intervient généralement au début d'une enquête. Selon lui, les questions suggèrent que l'agence cherche à déterminer quels acteurs du marché surveiller et quelle est l'importance de tactiques comme le regroupement de produits. Les références à l'IA, dit-il, pourraient indiquer que la FTC voit l'IA comme partie d'un éventuel accord de vente liée illégal ou comme un avantage concurrentiel important.
Les États-Unis ne sont pas seuls. The Verge note que la Commission européenne, l'Autorité de la concurrence et des marchés du Royaume-Uni et la Japan Fair Trade Commission enquêtent aussi sur la question. Une enquête de ProPublica de 2024, citée par The Verge, a conclu que Microsoft avait utilisé un levier similaire pour s'implanter dans les agences gouvernementales américaines, après avoir installé gratuitement des mises à jour de cybersécurité liées à des produits fonctionnant sur Azure. Les contrats publics et la cybersécurité ne figuraient pas parmi les sujets des demandes révélés à The Verge. Haurek a déclaré que Microsoft avait répondu aux demandes de sécurité du gouvernement à l'époque et que les agences étaient « libres de travailler avec d'autres fournisseurs ».
La phase de remèdes pour Google
L'enquête sur Microsoft se déroule pendant que des affaires plus anciennes entrent dans leur phase de sanction. Dans le procès antitrust sur la recherche de Google, la phase de responsabilité est déjà terminée. Ars Technica a rapporté le 22 avril 2025 que le tribunal avait jugé que Google avait violé le Sherman Antitrust Act en acquérant et en maintenant volontairement un pouvoir de monopole dans les services de recherche et la publicité liée à la recherche générale.
La phase de remèdes, supervisée par le juge fédéral Amit Mehta, porte sur ce qu'il faut faire ensuite. Le ministère de la Justice cherche à forcer Google à céder Chrome, à séparer Android et à mettre fin aux accords de placement de recherche qui paient des milliards de dollars par an à Apple et Mozilla pour faire de Google le moteur de recherche par défaut. Ars Technica rapporte que le DOJ considère cette affaire comme la plus importante procédure antitrust américaine depuis le procès Microsoft des années 1990, et qu'il prévoit de citer des témoins de Yahoo, DuckDuckGo et Microsoft pour décrire comment leurs activités de recherche ont été entravées.
Google répond que la position du gouvernement est trop extrême. L'entreprise a proposé moins d'exclusivité dans les contrats de recherche et plus de liberté pour les fabricants d'appareils Android dans le choix des applications préinstallées, ainsi qu'une surveillance gouvernementale supplémentaire. Elle soutiendra aussi que les exigences de partage des données de Chrome menacent la vie privée des utilisateurs et que Chrome, construit sur le logiciel open source Chromium, a été géré comme un intendant bienveillant du web ouvert.
Ars Technica note que Mozilla et Apple, qui reçoivent tous deux des milliards par an au titre des accords par défaut, témoigneront que les services de Google sont les meilleurs disponibles. Le DOJ devrait répliquer que ces revenus rendent leur témoignage moins fiable. La dépendance quasi totale de Mozilla à l'argent de Google n'est pas contestée, et Google a soutenu par le passé que Mozilla disparaîtrait sans elle.
Le problème chinois de Nvidia
Hors des États-Unis, la décision la plus concrète à ce jour concerne Nvidia. Ars Technica a rapporté le 15 septembre 2025 que l'Administration d'État pour la régulation du marché de Chine avait conclu à titre préliminaire que Nvidia avait violé la loi antitrust du pays en ne respectant pas pleinement les conditions fixées lors de l'acquisition de Mellanox Technologies.
Pékin avait approuvé sous conditions l'acquisition de Mellanox pour 6,9 milliards de dollars en 2020. Deux personnes proches du dossier ont déclaré à Ars Technica que la SAMR était parvenue à sa conclusion des semaines avant l'annonce et avait publié le communiqué pour donner à la Chine un levier supplémentaire dans les discussions commerciales avec les États-Unis à Madrid. Le régulateur a ouvert l'enquête antimonopole en décembre, une semaine après que Washington a dévoilé des contrôles à l'exportation plus stricts sur les puces de mémoire à haute bande passante avancées et les équipements de fabrication de puces.
Les sanctions potentielles sont lourdes. Les amendes pourraient représenter entre 1 % et 10 % du chiffre d'affaires de Nvidia de l'année précédente, et les régulateurs peuvent imposer des changements aux pratiques commerciales qu'ils jugent illégales. Nvidia n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire, et la SAMR n'a pas répondu immédiatement à une demande de commentaire complémentaire.
Nvidia est pris en étau entre Washington et Pékin depuis des années. Les contrôles à l'exportation américains l'ont obligé à vendre des versions affaiblies de ses processeurs graphiques d'IA en Chine, créant un marché noir pour des puces plus avancées. L'administration Trump a bloqué les ventes de la puce H20, conçue pour la Chine selon les règles d'exportation, puis a autorisé leur reprise en échange de 15 % des revenus versés au gouvernement américain. Les régulateurs chinois ont averti les entreprises nationales de ne pas acheter la H20, ce qui ajoute de l'incertitude aux activités de Nvidia en Chine.
Les laboratoires d'IA sur le banc des accusés
Pendant ce temps, les entreprises qui construisent des modèles d'IA de pointe font face à un autre type de réclamation. Tom's Hardware a rapporté le 21 septembre 2026 que quatre plaignants abonnés à ChatGPT, Claude, Grok ou Gemini ont déposé une action collective proposée, alléguant que les développeurs de modèles avaient violé les lois antitrust en s'accordant pour ralentir le développement de l'IA.
Selon l'Associated Press, citée par Tom's Hardware, la plainte soutient que cet accord réduirait la valeur que les consommateurs tirent des abonnements payants à l'IA. Les plaignants affirment que la coordination a commencé en juillet 2026, après que les principaux laboratoires d'IA ont signé une déclaration reconnaissant une forte pression concurrentielle les poussant à ne pas ralentir unilatéralement le développement. Les plaignants acceptent l'argument de sécurité, mais qualifient la proposition de coopération du fondateur d'Anthropic, Dario Amodei, de raccourci qui substitue une retenue collective à la responsabilité individuelle.
L'avocat Nick Rowley, conseil principal des plaignants, déclare : « L'IA échappera vite au contrôle humain et pourrait tous nous tuer si nous laissons la sécurité et les protocoles de l'IA ... être contrôlés par des accords privés intéressés entre les entreprises technologiques 'à but lucratif' les plus puissantes du monde. »
L'essai d'Amodei reconnaissait le risque antitrust et suggérait qu'il espérait une exception de la part du gouvernement. Sam Altman, d'OpenAI, a répondu sur X : « Nous accueillons favorablement un cadre fédéral qui fixe des exigences de sécurité cohérentes pour l'IA de pointe. Mais nous ne pensons pas devoir attendre une exemption antitrust ou une loi pour commencer le travail qui apportera cette confiance. » L'administration Trump a rejeté l'idée. Le président a déclaré : « L'IA qui prend le contrôle du monde, détruit l'humanité et toutes les autres choses mauvaises, est un CANULAR. »
Les médias d'État chinois ont aussi critiqué la proposition. China Daily l'a qualifiée de club dont les règles d'adhésion ont été rédigées avant l'annonce de la liste des invités, et a soutenu qu'un cadre mondial de sécurité de l'IA qui exclut la Chine n'est pas vraiment mondial. L'essai d'Amodei mentionnait explicitement le ralentissement des progrès de la Chine et l'élargissement de l'avance américaine sur Pékin.
Pourquoi le calendrier compte
Les quatre affaires en sont à des stades différents et comportent des risques différents. Microsoft est au stade de la collecte d'informations, le plus précoce, où la commission pourrait discrètement classer le dossier. Google a passé le stade de la responsabilité et débat des remèdes qui pourraient changer la façon dont la distribution de la recherche fonctionne. Nvidia fait face à une conclusion préliminaire étrangère qui pourrait se traduire par des amendes et des changements de pratiques imposés. L'action collective sur l'IA, déposée en septembre 2026, n'a pas encore été testée devant un tribunal.
Ce qui les relie, c'est la définition élargie du préjudice antitrust. Les conditions de licence dans le cloud, les accords de recherche par défaut, les contournements des contrôles à l'exportation de puces et les engagements à ralentir le développement des modèles sont désormais tous examinés comme de possibles restrictions à la concurrence. Savoir si tout cela produira une scission ou une amende reste ouvert. Les questions, pour l'instant, font plus de travail que les réponses.
Sources
4- 01Microsoft could be the next Big Tech antitrust targetEN
- 02Anthropic, OpenAI, SpaceXAI, and Google face antitrust lawsuit for agreeing to slow AI developmentEN
- 03Chrome on the chopping block as Google's search antitrust trial moves forwardEN
- 04China rules that Nvidia violated its antitrust lawsEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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