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Antitrust technologique en 2026 : ce que les décisions changent vraiment

La pression antitrust sur les plus grandes entreprises technologiques vient désormais de quatre directions à la fois : Washington, Bruxelles, Londres, Tokyo et Pékin. Le signal le plus clair est l'enquête de la FTC sur Microsoft. Selon The Verge, le 1er juin 2026, elle a débouché sur des demandes d'enquête civile, ces requêtes proches d'une assignation qui sont au cœur du dossier.

ÉconomieExpliquéDr Hélène FontainePublié le: 28 septembre 20266 min de lectureSources 5
Antitrust technologique en 2026 : ce que les décisions changent vraiment

La FTC demande à au moins une demi-douzaine d'entreprises concurrentes de Microsoft de fournir des documents. The Verge, qui a obtenu des détails inédits sur ces demandes d'enquête civile (CID), précise que les questions portent sur l'usage éventuel par Microsoft de méthodes de concurrence déloyales dans le cloud, les logiciels et les services associés, en violation du FTC Act.

Ce que la FTC veut savoir

Les documents font généralement plus de 15 pages et comportent plus de 15 questions, souvent avec de nombreuses sous-parties. Ils portent sur les organigrammes, les plans commerciaux et marketing, les feuilles de route produit, le regroupement de plusieurs fonctionnalités et produits, les prix, les remises et la rentabilité. D'autres questions examinent la difficulté d'entrer ou de se développer sur les marchés où Microsoft est présent, en interrogeant les coûts et les barrières à l'entrée.

Les CID portent aussi spécifiquement sur l'impact de Microsoft sur la concurrence, en réclamant des documents sur ses politiques ou sa position de marché, ainsi que des détails sur les pratiques de regroupement et d'interopérabilité du secteur. Des questions similaires apparaissent à propos de la concurrence autour des produits d'IA, notamment la conquête de clients face aux entreprises qui combinent des fonctionnalités ou services supplémentaires avec un produit d'IA ou logiciel comme Microsoft 365.

William Kovacic, professeur de droit à l'université George Washington et ancien président de la FTC, a déclaré à The Verge que ce type de collecte d'informations intervient généralement aux premiers stades d'une enquête. Selon lui, les questions suggèrent que l'agence cherche à déterminer quels acteurs clés du marché surveiller et quelle importance ont des tactiques comme le regroupement. Les références à l'IA pourraient signifier que la FTC y voit un élément possible d'un accord de vente liée illégal ou un avantage concurrentiel important.

Le porte-parole de Microsoft, Alex Haurek, affirme que l'entreprise « coopère pleinement avec la FTC et estime que nos pratiques favorisent la concurrence tout en offrant les produits innovants que nos clients attendent ».

Haurek a aussi cité Google comme « un exemple clair de cette dynamique, avec une croissance de 63 % d'une année sur l'autre et une concurrence directe avec d'autres grands fournisseurs, dont AWS, le plus grand fournisseur de cloud ». The Verge note que des clients, s'exprimant souvent sous couvert d'anonymat par crainte de représailles, se sont plaints que les changements de licence de Microsoft en 2019 avaient rendu beaucoup plus coûteux l'usage de logiciels Windows hors d'Azure. En 2023, Google a déclaré à la FTC, en réponse à une vaste enquête sur le cloud, que Microsoft utilisait sa domination dans d'autres domaines pour « donner à ses propres produits cloud un avantage non mérité ».

Rien ne garantit que l'enquête aboutisse à une plainte en justice. Elle a commencé sous l'administration Biden en 2024 et s'est poursuivie sous le président Donald Trump. Après d'autres étapes d'investigation, le personnel de la FTC décidera s'il recommande le dépôt d'une plainte, et les deux commissaires de l'agence voteront. Tous deux sont républicains, et The Verge note qu'il n'y a aucun commissaire du parti minoritaire pour s'y opposer ou rendre publique une décision de classer l'affaire discrètement.

La phase des remèdes dans l'affaire de la recherche Google

L'enquête sur Microsoft ne se déroule pas isolément. Google a déjà perdu la phase de responsabilité de son procès antitrust sur la recherche, le tribunal ayant jugé qu'il avait violé le Sherman Antitrust Act en « acquérant et maintenant volontairement un pouvoir de monopole ». Ars Technica a rapporté le 22 avril 2025 que la phase des remèdes s'était ouverte avec le ministère de la Justice américain, qui demandait la cession forcée de Chrome, la séparation d'Android et d'autres changements structurels.

Le DOJ a fait valoir que la gestion de Chrome par Google crée une barrière à la concurrence en favorisant ses propres services. Il a aussi visé les accords de placement de recherche qui paient à Apple et Mozilla des milliards de dollars par an pour faire de Google le moteur de recherche par défaut, et il voulait interdire ces contrats en même temps qu'une vente de Chrome. Les remèdes proposés par Google, annoncés avant le procès, se résumaient à moins d'exclusivité dans les contrats de recherche et plus de liberté pour les fabricants Android de choisir les applications préinstallées, plus une surveillance gouvernementale supplémentaire.

La défense de Google s'est appuyée sur l'argument que la position du DOJ était trop extrême et enracinée dans des griefs passés, et l'entreprise a fait témoigner Mozilla et Apple pour affirmer que les services de Google sont les meilleurs disponibles. La réponse probable du DOJ : les revenus que ces entreprises tirent des accords rendent leurs témoignages moins fiables. Ars Technica a aussi rapporté que le DOJ considère cette affaire comme la plus lourde de conséquences aux États-Unis depuis le procès Microsoft des années 1990.

Nvidia à Pékin, les laboratoires d'IA devant les tribunaux

Hors des États-Unis, l'Administration d'État pour la régulation du marché en Chine a conclu en septembre 2025 que Nvidia avait violé la loi antitrust du pays, une conclusion préliminaire liée à son acquisition de Mellanox Technologies en 2020. Ars Technica a rapporté que Nvidia n'avait pas pleinement respecté les conditions imposées par Pékin lorsqu'il avait approuvé sous conditions l'accord de 6,9 milliards de dollars.

La SAMR avait ouvert l'enquête antimonopole en décembre, une semaine après que les États-Unis avaient dévoilé des contrôles à l'exportation plus stricts sur les puces de mémoire à haute bande passante avancées et les équipements de fabrication de puces. Deux personnes proches du dossier ont déclaré à Ars Technica que le régulateur était parvenu à sa conclusion des semaines avant l'annonce et l'avait publiée à ce moment-là pour donner à la Chine plus de levier dans les discussions commerciales à Madrid. Les conclusions préliminaires pourraient entraîner des amendes de 1 % à 10 % du chiffre d'affaires de Nvidia de l'année précédente, et les régulateurs peuvent imposer des changements aux pratiques commerciales.

Un autre type d'affaire se déroule devant les tribunaux américains. Tom's Hardware a rapporté le 21 septembre 2026 que quatre plaignants abonnés à ChatGPT, Claude, Grok ou Gemini ont déposé une action collective proposée, alléguant que les développeurs de ces modèles ont violé les lois antitrust en convenant de ralentir le développement de l'IA. Selon l'Associated Press, la plainte soutient que cet accord « réduirait la valeur que les consommateurs tirent des abonnements payants à l'IA » et que la coordination a commencé en juillet 2026, après que les principaux laboratoires d'IA ont signé une déclaration reconnaissant une « pression concurrentielle intense pour ne pas ralentir unilatéralement » le développement.

Les plaignants acceptent l'argument de sécurité qui justifie de ralentir le développement, mais qualifient la proposition de coopération du fondateur d'Anthropic, Dario Amodei, de « raccourci » qui « remplace la responsabilité individuelle par une retenue collective ». L'avocat principal, Nick Rowley, a déclaré : « L'IA échappera rapidement au contrôle humain et pourrait tous nous tuer si nous laissons la sécurité et les protocoles de l'IA être contrôlés par des accords privés intéressés entre les entreprises technologiques « à but lucratif » les plus puissantes du monde. »

Sam Altman, d'OpenAI, a répondu sur X : « Nous accueillons favorablement un cadre fédéral qui fixe des exigences de sécurité cohérentes pour l'IA de pointe. Mais nous ne pensons pas devoir attendre une exemption antitrust ou une loi pour commencer le travail consistant à apporter cette confiance. » L'administration Trump a rejeté l'idée, le président déclarant : « L'IA qui prend le contrôle du monde, détruit l'humanité et toutes les autres mauvaises choses, est un CANULAR. » Les médias d'État chinois ont aussi critiqué la proposition ; le China Daily l'a qualifiée de « club dont les règles d'adhésion ont été rédigées avant l'annonce de la liste des invités ».

Pourquoi la politique paraît étrange

L'application du droit est aussi devenue un spectacle à Washington. Le récit de The Verge sur le Little Tech Summit de Y Combinator en mai 2025 décrit Steve Bannon apparaissant sur scène avec l'ancien directeur du CFPB Rohit Chopra, le président de la FTC Andrew Ferguson présenté avec un avatar de style Ghibli généré par IA, et les responsables antitrust de la FTC et du DOJ snobant la réunion antitrust de printemps de l'American Bar Association qui se tenait de l'autre côté de la rue. Lina Khan, la prédécesseure progressiste de Ferguson, a attaqué Trump pour avoir limogé deux commissaires démocrates de la FTC, puis a posé pour une photo avec Bannon.

Luther Lowe, responsable des politiques publiques chez Y Combinator, a déclaré à The Verge que « soutenir l'innovation et une concurrence loyale peut rassembler des gens de tout l'échiquier politique ». Le sous-entendu était moins idéaliste : la politique MAGA façonne désormais la manière dont les affaires antitrust sont présentées, et les entreprises doivent composer avec cela. Pour Microsoft, la question immédiate est plus étroite. La FTC doit décider si les éléments issus de ces CID justifient une plainte, et deux commissaires doivent voter sur la question.

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Sources

5
  1. 01Microsoft could be the next Big Tech antitrust targetEN
  2. 02Chrome on the chopping block as Google's search antitrust trial moves forwardEN
  3. 03China rules that Nvidia violated its antitrust lawsEN
  4. 04Anthropic, OpenAI, SpaceXAI, and Google face antitrust lawsuit for agreeing to slow AI developmentEN
  5. 05Y Combinator's Little Tech Summit was a bizarre snapshot of DCEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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