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L'IA n'est pas la cause principale du ralentissement des embauches aux États-Unis

La Federal Reserve Bank of New York conclut que l'intelligence artificielle n'est pas le moteur principal du ralentissement des embauches aux États-Unis. Au même moment, les recruteurs prévoient d'automatiser davantage la présélection et la construction de centres de données fait exploser la demande de métiers manuels. Aucun de ces deux mouvements ne correspond à l'apocalypse annoncée.

ConjonctureActualitéDr Hélène FontainePublié le: 28 septembre 20264 min de lectureSources 4
L'IA n'est pas la cause principale du ralentissement des embauches aux États-Unis

Le 22 septembre, la Federal Reserve Bank of New York a publié une enquête et une analyse d'offres d'emploi. Conclusion : « si l'IA peut contribuer aux évolutions récentes du marché du travail, elle n'est pas la cause principale du ralentissement des embauches ». CNBC a repris ce résultat le 25 septembre. Il complique un débat qui a occupé presque toute l'année 2026 : l'intelligence artificielle évince-t-elle les travailleurs débutants ?

Les enquêtes menées par la Fed auprès des employeurs montrent que les entreprises « comptent surtout intégrer l'IA par la formation interne, avec des effets limités sur les embauches ». La nuance est plus étroite que la panique des gros titres. Elle cohabite mal avec les chiffres du même article de CNBC. En juin 2026, le taux de chômage des diplômés de 22 à 27 ans atteignait 5,7 %, un point de plus que deux ans plus tôt pour cette tranche d'âge. Le taux de chômage de l'ensemble des jeunes travailleurs s'élevait à 7,2 %. Le taux de sous-emploi des jeunes diplômés récents a atteint 42 %, contre 33,7 % pour l'ensemble des diplômés du supérieur.

Ces chiffres viennent de la Fed de New York, pas de l'industrie de l'IA, et ils datent d'avant l'actualité de ce mois-ci.

Ce qui a changé récemment, c'est la machine de recrutement elle-même. Une étude de LinkedIn citée par CNBC indique que 66 % des recruteurs déclaraient, au début de 2026, vouloir recourir davantage à l'IA pour les entretiens de présélection. Dans le même temps, 81 % des candidats disaient avoir utilisé ou prévoir d'utiliser l'IA dans leur recherche. Handshake, plateforme dédiée aux débuts de carrière, rapporte que les diplômés de 2026 mentionnent des compétences en IA sur leur CV deux fois plus souvent que la promotion de 2022. Parmi ces mentions, 74 % renvoient à des projets concrets et non à des cours. La National Association of Colleges and Employers indique que les compétences en IA apparaissaient dans 16,5 % des offres d'emploi au printemps, contre 10,5 % à l'automne précédent, et que 28 % des employeurs recherchent des profils débutants capables d'utiliser l'IA.

La NACE décrit un « décalage frappant » entre les employeurs et une partie de la génération Z. Les employeurs veulent des profils à l'aise avec l'IA. Une part importante des étudiants se demande, elle, si l'IA a sa place dans leur vie professionnelle.

Pendant ce temps, le déploiement de l'IA crée un autre marché du travail. CNBC rapportait le 26 septembre que les soudeurs, plombiers, techniciens du chauffage et électriciens sont très recherchés pour la construction de centres de données, même si beaucoup de ces postes sont temporaires. Nicole Bachaud, économiste du travail chez ZipRecruiter, a expliqué à CNBC que le salaire minimum moyen des emplois liés aux centres de données a grimpé de 125,1 % sur un an, à près de 208 000 dollars. La hausse vient des postes d'ingénieurs très spécialisés, qui tirent la moyenne vers le haut. Les offres pour soudeurs et tuyauteurs ont augmenté de 164 % sur un an.

Maria Flynn, présidente et directrice générale de Jobs for the Future, a déclaré à CNBC que les centres de données ne sont qu'une pièce d'un ensemble plus vaste, qui comprend la modernisation des transports et du réseau électrique. « Nous voyons converger en même temps d'importantes sources de demande », a-t-elle dit. Justin Sinkovich, du Columbia College Chicago, cite la Louisiane. Amazon y a engagé 12 milliards de dollars dans un nouveau centre de données avec 540 emplois sur site, dont 1 700 électriciens, techniciens et agents de sécurité. Le projet Hyperion de Meta y est valorisé à 27 milliards de dollars.

Cette demande est géographiquement inégale. Selon Bachaud, Houston et Birmingham ont connu une croissance particulièrement forte. Les régions disposant de plus de terrains et de règles de construction plus souples continueront probablement de se développer plus vite que les pôles côtiers.

Le risque pour cette tendance est politique. CNBC note que plusieurs États, dont New York et le Texas, ont récemment pris des mesures pour ralentir le développement des centres de données. Des gels locaux ont aussi été décidés un peu partout aux États-Unis face à la contestation publique, ce qui pourrait peser sur le marché du travail. L'infrastructure même qui absorbe électriciens et tuyauteurs fait désormais l'objet d'une opposition locale. Le boom des métiers manuels est donc plus difficile à prévoir que ne le laissent croire les chiffres de salaires.

Hors des États-Unis, le tableau est tout aussi contrasté. La province chinoise du Zhejiang a fixé les règles de marché pour 40 projets de stockage du côté du réseau, totalisant 2,54 GW/5,1 GWh, selon un texte réglementaire publié le 23 septembre et rapporté par pv magazine le 26 septembre. Vingt-huit projets, totalisant 2,13 GW/4,27 GWh, sont en exploitation commerciale et dispatchés de manière centralisée, éligibles aux marchés de l'énergie et de la régulation de fréquence. La province prévoit des enchères prix-quantité à partir du 1er janvier 2027. Le stockage d'énergie, comme les centres de données, est un chantier physique avec ses propres besoins de main-d'œuvre. Les décisions politiques d'un marché peuvent redessiner la demande d'un autre.

Aux États-Unis, les faits ne soutiennent aucun récit unique et net. Les travaux de la Fed de New York indiquent que l'IA n'est pas la cause principale du ralentissement des embauches. Les recruteurs automatisent quand même la première étape du processus. Et les métiers liés à l'infrastructure de l'IA embauchent à un rythme qui n'a pas grand-chose à voir avec la mention d'apprentissage automatique sur un CV de diplômé.

Il reste donc un écart entre ce qu'on dit aux travailleurs de préparer et ce que les données montrent aujourd'hui. Le constat de la Fed de New York ne garantit pas que l'IA laissera l'emploi intact. Il invite à ne pas lui attribuer chaque mouvement du marché du travail. La prochaine vague d'offres d'emploi, et le prochain tour de votes locaux sur les centres de données, diront quelle partie du récit tient.

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Sources

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  1. 01How recent grads and college students should be thinking about AI, the CV, and the job marketEN
  2. 02The blue-collar AI job market is booming. Will data center backlash make it go bust?EN
  3. 03Chinese province moves grid-side batteries into spot marketEN
  4. 04Artificial Intelligence and Labor Market ReallocationEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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