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L'année des premières en fusion : ce que Helion, Realta et Thea ont réellement démontré

Entre février et juillet 2026, trois entreprises privées de fusion ont marqué des jalons. Helion a atteint 150 millions de degrés Celsius dans son prototype Polaris, tandis que Realta revendique la première conversion directe de l'énergie du plasma en électricité par une société commerciale.

SciencesAnalyseAmélie BernardPublié le: 28 septembre 20267 min de lectureSources 5
L'année des premières en fusion : ce que Helion, Realta et Thea ont réellement démontré

Pendant des décennies, la fusion a été la technologie qui arrive dans dix ans. En 2026, des entreprises privées ont publié des résultats moins ambitieux que cette promesse, mais plus concrets que tout ce que le secteur n'avait jamais documenté auparavant.

Dans un communiqué du 13 février, Helion annonce que son prototype Polaris de septième génération est devenu la première machine à fusion développée par le privé à fonctionner au carburant deutérium-tritium et à atteindre 150 millions de degrés Celsius. L'entreprise a battu son propre record de 100 millions de degrés Celsius, établi par son appareil Trenta de sixième génération. Dans l'industrie, ce seuil de 100 millions de degrés Celsius est considéré comme le minimum pour une machine commercialement pertinente. C'est ce chiffre précis sur lequel des spécialistes indépendants ont été invités à se prononcer.

Ryan McBride, expert en fusion par confinement inerte et puissance pulsée, ancien directeur de département au Sandia National Laboratories et enseignant à l'Université du Michigan, a examiné les données de diagnostic de Helion. « C'est excitant de voir des preuves de fusion D-T et des températures dépassant 13 keV, soit 150 millions de degrés Celsius. J'attends avec impatience de voir plus de progrès », a-t-il déclaré dans le communiqué. Jean Paul Allain, directeur associé pour les sciences de la fusion à l'Office of Science du Department of Energy, a jugé que les données indiquaient « de solides progrès » et que les résultats reflétaient « les capacités croissantes de l'écosystème de fusion américain ».

Deux réserves figurent dans le texte même de Helion. La campagne D-T n'est qu'une étape du programme de tests de Polaris. L'entreprise prévoit d'augmenter les températures pour atteindre les conditions requises par le carburant deutérium-hélium-3, qu'elle compte utiliser commercialement. Polaris reste un prototype, pas une centrale électrique.

La centrale de Malaga est le test le plus difficile

Helion a commencé la construction en juillet 2025 sur le site d'Orion, sa première machine commerciale, à Malaga, dans l'État de Washington. Le client déclaré est Microsoft. TechCrunch a rapporté le 28 septembre 2026 qu'Orion est une centrale de 50 mégawatts destinée à fournir de l'électricité à Microsoft à partir de 2028.

Une mesure de température et une connexion au réseau relèvent de catégories différentes. La première est une expérience de physique en conditions contrôlées. La seconde exige des licences, la manipulation du carburant à grande échelle, une disponibilité fiable et un client prêt à acheter le courant. Le communiqué de Helion décrit les résultats de 2026 comme « une étape ». L'historique de financement suggère que les investisseurs évaluent les étapes ultérieures, pas les premières. Une page d'actualités référencée par Helion mentionne une Série G de 465 millions de dollars et une valorisation de 15,5 milliards de dollars, mais ces éléments apparaissent sous forme de titres, non de déclarations dans le communiqué du 13 février.

TechCrunch précise que la Série G de Helion, initialement annoncée à 465 millions de dollars en juin, s'est clôturée à 500 millions de dollars en septembre. L'article note aussi que Commonwealth Fusion Systems a levé 1 milliard de dollars supplémentaires en juillet, portant son financement total à 4 milliards de dollars. En avril, CFS est devenue la première entreprise de fusion à demander une connexion à PJM Interconnection, le plus grand marché de gros de l'électricité aux États-Unis. CFS construit SPARC, une machine de démonstration en vue de sa centrale ARC.

Le secteur compte désormais deux entreprises avec des plans de connexion au réseau, dont une qui fixe une année de livraison. C'est un changement de nature, pas seulement de degré. La date de 2028 devient le chiffre à surveiller, car elle est falsifiable.

La revendication de conversion de Realta est plus étroite, et elle le dit

Le 19 juin 2026, Realta Fusion et l'Université du Wisconsin-Madison ont démontré la conversion directe de l'énergie sur l'appareil Wisconsin HTS Axisymmetric Mirror. Realta décrit cela comme la première fois qu'une entreprise de fusion commerciale démontre la DEC appliquée à un plasma de fusion.

La DEC consiste à capturer l'énergie cinétique des particules chargées quittant un plasma sous forme de courant électrique, plutôt que de tout acheminer à travers un cycle thermique. Le premier prototype de Realta est un convertisseur à un seul stade avec trois grilles maillées : une grille mise à la terre, une grille de répulsion des électrons et une grille collectrice d'ions. Pendant les opérations de plasma miroir, l'ensemble a tiré plusieurs ampères à environ 100 volts, ce que Realta dit suffire pour éclairer quelques ampoules.

L'entreprise est explicite sur les limites. Dans le même article, elle indique que ce n'est « ni une démonstration de production nette d'électricité ni une conversion à grande échelle de la puissance de fusion directement en électricité ». WHAM fonctionne uniquement au deutérium, donc la majeure partie de l'énergie convertie directement est la puissance d'entrée fournie par l'équipe pour chauffer et maintenir le plasma. Realta prévoit d'augmenter la tension du convertisseur pour tirer plus de courant dans les semaines suivant la démonstration, et vise une capacité multi-kilowatts, puis multi-mégawatts, sur ses futurs appareils.

Ce type d'auto-limitation mérite attention. Les communiqués de fusion ont souvent glissé d'une mesure de laboratoire vers une centrale électrique implicite. L'article de Realta fait l'inverse : il liste ce qui n'a pas été montré avant de lister ce qui l'a été.

Thea mise sur les aimants et le logiciel

Thea Energy a annoncé une Série B de 100 millions de dollars le 27 mai 2026, menée par US Innovative Technology Fund avec la participation de General Innovation Capital Partners et Linse Capital, parmi d'autres investisseurs. L'entreprise commercialise le stellarator, une architecture de confinement magnétique issue de l'Université de Princeton et du Princeton Plasma Physics Laboratory, où elle a fait scission en 2022.

Thea indique que les fonds étendront la fabrication d'aimants, y compris une deuxième installation dans le nord du New Jersey, et soutiendront le choix du site et la construction d'Eos, un stellarator intégré à grande échelle. L'entreprise sélectionnera un site pour Eos plus tard cette année et doublera son équipe. Elle détient la certification du DOE pour son jalon préconceptionnel Helios, une première parmi les bénéficiaires du Milestone-Based Fusion Development Program. Elle a également construit et exploité ce qu'elle appelle le premier tableau d'aimants supraconducteurs au monde capable de produire les champs complexes nécessaires aux stellarators commerciaux.

Gaetano Crupi, directeur gérant chez USIT, a cadré l'investissement en termes de fabrication. Les aimants de stellarator tridimensionnels précédents rendaient le système impraticable à construire, a-t-il dit. L'approche de Thea déplace la complexité « de la fabrication mécanique de précision vers des contrôles définis par logiciel ». C'est une affirmation sur l'économie de l'ingénierie, qui sera testée à l'échelle d'Eos, pas dans un communiqué.

ITER reste la référence, et toujours retardé

Face à tout cela, le projet public reste le point de référence. CNET a rapporté en mai 2026 qu'ITER, le Réacteur Expérimental de Fusion Thermonucléaire International dans le sud de la France, a un coût estimé de 22 milliards de dollars et est conçu pour contenir le plasma à 150 millions de degrés Celsius. Des fissures dans la tuyauterie d'un écran thermique ont été trouvées en 2020, ainsi que des distorsions de soudure. La pandémie de COVID-19 a contribué à un retard de plusieurs années et à 5 milliards de dollars supplémentaires pour les réparations.

Laban Coblentz, conseiller stratégique en chef d'ITER, a déclaré à CNET que la collaboration entre la Chine, la Russie, les États-Unis, l'Europe, la Corée, l'Inde et le Japon était « soit un génie, soit une folie ». Javier Artola, scientifique modélisant le plasma d'ITER, a décrit le projet comme une connaissance financée publiquement. Plus de 30 pays sont partie à l'accord et tous ont accès à la science.

L'argument pour ITER au sein de l'essor privé est simple : chaque problème qu'il résout est un de moins pour les startups. L'argument contraire est que les retards d'ITER sont précisément la raison pour laquelle l'argent privé s'est engagé. Les deux peuvent être vrais. La cible de plasma d'ITER et la température de Polaris signalée par Helion sont le même chiffre, 150 millions de degrés Celsius. C'est un rappel utile qu'un jalon de température n'est pas en soi un jalon commercial.

Ce que l'année a réellement établi

Une fois les annonces épurées, 2026 a produit trois choses. Une machine privée a fonctionné au carburant D-T et a atteint une température record, confirmée en termes généraux par des réviseurs externes cités par l'entreprise. Une entreprise privée a converti l'énergie du plasma en électricité à l'échelle d'une ampoule, avec des réserves explicites sur ce que cela ne signifie pas. Un développeur de stellarator a levé 100 millions de dollars et a fixé une cible de construction pour un appareil intégré de grande taille.

Aucun de cela n'est de l'électricité sur le réseau à grande échelle. Le prochain chiffre dur dans le calendrier est le début de l'approvisionnement de Microsoft par Helion en 2028 depuis une centrale de 50 mégawatts à Malaga. Si cela glisse, la crédibilité du secteur glisse avec, car c'est le premier engagement privé de fusion assez spécifique pour être vérifié.

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Sources

5
  1. 01Helion Achieves New Fusion Energy MilestonesEN
  2. 02A look inside ITER, the world's largest fusion energy projectEN
  3. 03Thea Energy Raises $100M Series B Funding to Build Scalable Fusion Power PlantsEN
  4. 04A Fusion First: Realta Demos Direct Energy ConversionEN
  5. 05Commonwealth Fusion Systems' Brandon Sorbom and Helion's David Kirtley on bringing fusion to the grid at TechCrunch Disrupt 2026EN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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