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Un navire océanographique chinois et la course pour protéger les câbles sous-marins

Un navire océanographique chinois a passé trois jours dans le détroit de Luçon avec sa position masquée, a déclaré le 1er octobre la garde côtière philippine, ravivant les inquiétudes sur la sécurité des câbles sous-marins qui transportent la majeure partie du trafic internet mondial.

TechnologieExpliquéSophie LeclercPublié le: 2 octobre 20266 min de lectureSources 15
Un navire océanographique chinois et la course pour protéger les câbles sous-marins

La garde côtière philippine affirme que le Jia Hai Ke 7 a rôdé trois jours dans le détroit de Luçon, entre les Philippines et Taïwan, alors que son système d'identification automatique le situait près de la Papouasie-Nouvelle-Guinée. Le porte-parole de la garde côtière, Jay Tariela, a écrit sur X que le navire, au lieu de suivre une route régulière, « rôdait et restait en position dans la même zone ». Il qualifie ce schéma de mouvement de recherche scientifique marine, et non de transit. La PCG a chassé le navire jeudi, selon Light Reading, tout en notant qu'il restait sous la protection de la garde côtière chinoise bien qu'il se présente comme privé.

Dans un communiqué, la garde côtière a déclaré qu'un navire océanographique dissimulant sa position tout en restant sur zone dans ces eaux soulevait de « sérieuses inquiétudes quant à la sécurité des infrastructures de communication sous-marines du pays et à l'usage militaire potentiel des données recueillies ».

Pourquoi un navire océanographique compte

Le détroit de Luçon n'est pas une étendue d'eau quelconque. Il se trouve au-dessus de certaines des routes de câbles sous-marins les plus denses reliant l'Asie de l'Est aux États-Unis. Or les travaux d'arpentage sont la première étape de toute cartographie des fonds marins, câble ou non. Les Philippines et le Japon ont entrepris de codifier leurs zones économiques maritimes, des arrangements que la Chine juge susceptibles d'empiéter sur des territoires qu'elle revendique à l'est et au sud de Taïwan. Light Reading note que la Chine est supposée être à l'origine de plusieurs coupures de câbles dans le détroit de Taïwan en 2024 et 2025, dont la section d'une liaison vers l'île de Penghu. Un ressortissant chinois a été poursuivi pour cet incident et purge une peine de trois ans de prison.

Taïwan prend la menace suffisamment au sérieux pour s'y entraîner. Lors de son dernier exercice civilo-militaire en août, l'île a bridé les débits internet au point que seuls les services mobiles de base fonctionnaient, certains habitants communiquant par Bluetooth et par réseaux maillés WiFi, selon Light Reading. Les distributeurs automatiques et les services fixes n'ont pas été touchés pendant l'exercice.

La semaine dernière, la Commission américaine d'examen économique et sécuritaire sino-américaine a averti dans un rapport que la Chine « développait rapidement des capacités pour perturber les câbles sous-marins », notamment des submersibles de la classe 10 000 mètres et des essaims de plateformes sans équipage reliées entre elles. Le même rapport cite des chercheurs chinois qui soutiennent que « couper des câbles sous-marins est le moyen le plus efficace de frapper les points vitaux de l'adversaire », en raison du faible coût militaire et de l'impact élevé sur les systèmes de commandement et de renseignement.

Les points d'atterrissage entrent dans le centre de données

Pendant que les gouvernements débattent de l'eau, le secteur privé redessine discrètement les points où les câbles touchent terre. Digital Realty a annoncé le 22 septembre son intention de construire une station d'atterrissage de câbles dans son centre de données LAX12 à El Segundo, en Californie, en collaboration avec le spécialiste des infrastructures sous-marines Assured Communications. La station vise les routes Asie-Pacifique vers Amérique du Nord et devrait commencer à prendre en charge des câbles en 2028, selon Data Center Knowledge.

Le choix de conception compte plus qu'il n'y paraît. Une station d'atterrissage est le point où un câble sous-marin se termine à terre et se raccorde aux réseaux terrestres. Or les fournisseurs de cloud hyperscale et d'IA veulent de plus en plus que les câbles arrivent directement dans des centres de données précis, plutôt que de se terminer dans des stations autonomes. Craig Waldrop, vice-président chargé de la stratégie et du développement commercial chez Digital Realty, a déclaré à Data Center Knowledge qu'« en amenant le point d'atterrissage directement dans un environnement d'interconnexion établi, plutôt que de traiter la station d'atterrissage comme une infrastructure isolée, le projet crée un pont plus direct entre la capacité sous-marine arrivant d'Asie-Pacifique et l'écosystème numérique de Los Angeles ». Le projet est en cours de développement et, selon Waldrop, il s'agit de la première solution d'atterrissage de câbles clé en main de Digital Realty.

La demande de bande passante est la toile de fond. Les charges de travail d'IA en sont un moteur majeur, même si Data Center Knowledge note qu'elles ne sont pas le seul. Le modèle neutre vis-à-vis des opérateurs de Digital Realty vise à offrir aux câbliers un environnement d'atterrissage commun, non lié à un seul réseau ou fournisseur de cloud.

La course à la capacité sur terre

Du côté terrestre, l'industrie du câble tire davantage du cuivre et de la fibre qu'elle possède déjà. CableLabs a publié les spécifications de la couche physique d'une annexe optionnelle à DOCSIS 4.0 qui étend le spectre à 3GHz et pousse les débits descendants à 25 Gbit/s, selon Light Reading. La version actuelle de DOCSIS 4.0 prend en charge un spectre allant jusqu'à 1,8GHz, et les récents tests d'interopérabilité de CableLabs ont montré environ 14 Gbit/s en descendant.

Mark Bridges, directeur technique de CableLabs qui en deviendra le PDG le 1er janvier 2027, a déclaré à Light Reading que la maturité de l'écosystème s'était « vraiment améliorée » et que le groupe était « très proche de notre première certification » pour DOCSIS 4.0. CableLabs a ouvert les tests de certification en 2023 ; aucun produit n'a encore reçu le tampon officiel. Une première soumission de certification pour un modem câble DOCSIS 4.0 coûte 195 000 dollars pour la version Full Duplex ou Frequency Division Duplex et 245 000 dollars pour un appareil combiné, contre 145 000 dollars pour un modem DOCSIS 3.1.

Ces réseaux plus rapides intéresseraient des entreprises comme Spectrum, le nouvel ensemble formé par Charter Communications et Cox Communications. Le PDG Chris Winfrey a profité de la scène du SCTE TechExpo pour soutenir que des réseaux multi-gigabits largement déployés ouvriraient la porte à des discussions plus poussées avec les grands groupes technologiques mondiaux, les exhortant à « développer vos produits pour une capacité multi-gigabit ». Il a indiqué que les travaux physiques de mise à niveau du réseau hybride fibre/coaxial hérité de Charter devraient être terminés d'ici la fin 2027, permettant des débits symétriques multi-gigabits partout. Il n'a pas détaillé ce que produirait cet engagement plus poussé avec les géants du numérique. « Nous y travaillons », a-t-il dit.

Tout le monde n'attend pas la prochaine génération de matériel. Cisco arrête progressivement le cBR-8, son système de terminaison de modem câble phare en châssis, lancé en mai 2015. Les opérateurs ne pouvaient plus acheter le produit directement auprès de Cisco à compter du 11 avril 2026, la dernière date d'expédition étant fixée au 11 juillet 2026, et la dernière date de renouvellement d'un contrat de service au 10 juillet 2030, selon l'avis de fin de vie cité par Light Reading. Le support prend fin le 30 avril 2031. Cox, désormais fusionné avec Charter, et le canadien Videotron en sont aux premiers stades de leur migration vers le CMTS virtuel de Vecima Networks ; Midco opte pour la plateforme de Harmonic.

La capacité sous-marine se construit toujours

La couche physique des câbles s'étend elle aussi. Les gros titres récents du dossier témoignent d'une série d'activités : l'Irlande et le Royaume-Uni ont testé une réponse conjointe aux câbles sous-marins, Angola Cables a mis à niveau son réseau atlantique pour le trafic d'IA et de cloud, et Chief Telecom s'est associé à Google Cloud pour un service de secours par câble sous-marin transfrontalier. NEC construit un câble sous-marin d'une capacité de 1 pétabit pour Meta, et un nouveau câble du Pacifique est décrit comme capable de 60 térabits par seconde.

Rien de tout cela n'élimine le risque de concentration. Une seule coupure peut rediriger le trafic vers des routes plus longues et plus lentes, et la Commission américaine d'examen économique et sécuritaire sino-américaine a averti qu'une attaque contre Taïwan pourrait « réduire considérablement la marge et même submerger la capacité transpacifique dans son ensemble ».

À surveiller. Savoir si la plainte des Philippines au sujet du Jia Hai Ke 7 produira autre chose qu'un communiqué ; si la première certification DOCSIS 4.0 tombera avant que Bridges ne prenne la tête de CableLabs le 1er janvier 2027 ; et si la station d'atterrissage LAX12 de Digital Realty commencera à recevoir des câbles en 2028 comme prévu. Le dossier ne dit pas si le Jia Hai Ke 7 a recueilli des données, et Glow Security n'a pas publié comment elle a trouvé ou compté les images dans sa recherche distincte sur les fuites d'IA.

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Sources

15
  1. 01Covert Chinese ship visit sparks subsea cable fears in PhilippinesEN
  2. 02Digital Realty Plans Cable Landing Station at Los Angeles Data CenterEN
  3. 03DOCSIS 4.0 nears key milestone, says incoming CableLabs CEOEN
  4. 04CableLabs supercharges DOCSIS 4.0 with 25-Gig 'annex'EN
  5. 05Clock ticks for cable ops as Cisco's flagship CMTS nears end-of-lifeEN
  6. 06Multi-gig at scale will help cable engage with Big Tech - Spectrum CEOEN
  7. 07AI Coding Agents Exposed 13,000 Internal Images, Including Billing Records, on GitHubEN
  8. 08OpenAI Pauses Tool Use After Agent Bypasses Internet Controls to Reach External ChatbotEN
  9. 09The Next Generation of AI Infrastructure Design Starts with EfficiencyEN
  10. 10AI agents inadvertently leak 13,000+ internal screenshots from organizationsEN
  11. 11Security startup finds more than 13,000 internal company screenshots that AI agents uploaded publiclyEN
  12. 12Metamask discloses security incident affecting its infrastructureEN
  13. 13OpenStack Hibiscus Strengthens Trusted Infrastructure for the AI EraEN
  14. 14DIG Ventures closes $120M Fund III to back Europe's AI infrastructure startupsEN
  15. 15An Internet for the KV Cache: Rethinking Classical Infrastructure Boundaries in the LLM Inference AgeEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Sophie Leclerc

Sophie Leclerc

IA, modèles et technologies

Sophie Leclerc couvre les technologies, l'IA et les modèles ainsi que les médias et l'internet pour FLASH24, en travaillant à partir des dépôts de code, des articles scientifiques et des documents techniques plutôt que des annonces. Elle vérifie chaque chiffre en remontant aux jeux de données d'origine et en comparant les versions successives des modèles. Elle interroge régulièrement des ingénieurs et des chercheurs, et suit les calendriers de publication des principales conférences du secteur. Son intérêt personnel pour l'auto-hébergement et les réseaux domestiques nourrit directement sa couverture des infrastructures et des modèles ouverts. Elle ne publie pas de performance annoncée sans méthode de mesure vérifiable.

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