Anthropic annonce une « découverte par l'IA », les biologistes contestent
Anthropic affirme que son laboratoire de biologie moléculaire a signé sa première découverte assistée par IA. Les biologistes ont vivement contesté, et MIT Technology Review a rapporté le 29 septembre que cette annonce risque de fixer le mauvais niveau d'exigence pour ce qui compte comme science.

Mercredi dernier, Anthropic a annoncé avoir lancé plus tôt cette année un laboratoire de biologie moléculaire. Des agents Claude y lisent des travaux et formulent des conjectures sur des problèmes difficiles de biologie, pendant que des scientifiques humains mènent les expériences correspondantes. Selon MIT Technology Review, l'entreprise a déclaré que le laboratoire avait fait sa première découverte. L'affirmation n'a pas été bien reçue.
Ce que le système de 950 agents a réellement trouvé, après 21 heures de travail, n'est pas une séquence d'ADN inédite. Les agents ont signalé un motif répétitif autour d'une enzyme connue, un motif qu'Anthropic dit n'avoir jamais été répertorié auparavant. Dans un article publié le 28 septembre et repris dans la newsletter The Algorithm, MIT Technology Review a noté que l'annonce d'Anthropic décrit ce motif comme « rappelant » ce qui a mené à CRISPR, la technologie d'édition génétique qui « a déjà transformé la science et la médecine ». C'est là que les ennuis commencent.
Pour les biologistes, trouver le motif était la partie facile
Un biologiste a publié un message devenu viral, ensuite approuvé par le président-directeur général du laboratoire pharmaceutique Eli Lilly. Il y soutient que « trouver un étrange groupe de gènes et de répétitions est souvent la partie facile. La partie difficile, et c'est de là que viennent les vraies découvertes, c'est de comprendre ce que le système fait réellement. » Selon cette critique, les agents ont aidé à du travail de laboratoire ingrat, mais ce n'est pas une découverte, rapporte MIT Technology Review.
Pour brouiller encore les choses, Mario Rodríguez Mestre, biologiste à l'université de Copenhague, a déclaré ce week-end que son équipe avait déjà découvert ce motif précis. Le New York Times a rapporté cette affirmation, selon MIT Technology Review. Mestre, qui discutait régulièrement avec Claude dans son travail, s'est demandé si l'équipe d'Anthropic avait appris de ses conversations. Anthropic le nie, mais Mestre dit qu'il arrête toute utilisation de Claude malgré tout. Le différend dépasse le communiqué de presse d'une seule entreprise. MIT Technology Review soutient que les entreprises d'IA ne présentent pas leurs systèmes simplement comme des outils que les scientifiques peuvent utiliser, comme des microscopes ou des superordinateurs. Elles insistent sur le fait que les systèmes font eux-mêmes des découvertes. Pour certains biologistes, cela est incompatible avec la façon dont la science fonctionne réellement, où les nouvelles connaissances émergent plus typiquement de la collaboration et d'un arsenal d'outils toujours plus vaste.
Le problème mathématique d'à côté
Le schéma n'est pas propre à la biologie. MIT Technology Review a noté que plus tôt ce mois-ci, OpenAI a déclaré que ses propres agents d'équipe avaient résolu un problème de mathématiques à un million de dollars. Deux semaines plus tard, presque tous les sceptiques de l'IA dans le fil de l'auteur partageaient un article demandant si c'était bien le problème mathématique qui importait vraiment. L'article ne soutenait pas que la solution d'OpenAI était fausse, seulement que le résultat particulier n'est peut-être pas celui qui intéresse le plus les mathématiciens. Ajoutez à cela l'accusation d'un mathématicien selon laquelle les modèles auraient utilisé certains de ses travaux sans le créditer, et les gens finissent par penser soit qu'OpenAI a triché, soit que la solution n'avait de toute façon pas d'importance.
Lucas Harrington, le biologiste qui a écrit le message critiquant l'annonce d'Anthropic, a conclu par une suggestion. Les entreprises d'IA, a-t-il dit, devraient « fixer la barre haut dès maintenant, pour que lorsqu'une IA découvrira réellement un mécanisme biologique fondamentalement nouveau, tout le monde comprenne à quel point c'est important. » MIT Technology Review a noté que relever la barre est peut-être la dernière préoccupation de Sam Altman, d'OpenAI, et de Dario Amodei, d'Anthropic, alors qu'ils rivalisent pour se surpasser.
De vrais résultats, d'autres questions
Ailleurs, la science est moins contestée. Un article soumis à arXiv le 15 septembre et publié sur le serveur de prépublication rapporte la première détection directe d'une émission radio aurorale provenant d'une exoplanète, la planète géante β Pictoris b, à l'aide du réseau MeerKAT. Les auteurs, Kevin N. Ortiz Ceballos, Edo Berger et Yvette Cendes, rapportent des sursauts rapides, récurrents et fortement polarisés circulairement, ainsi qu'une émission persistante à des fréquences de 0,85 à 3,5 GHz. Ils identifient l'émission comme un rayonnement maser cyclotron électronique, ce qui implique un champ magnétique d'au moins 1,25 kG sur la planète, la première mesure directe d'une telle intensité de champ pour une exoplanète. L'article fait 32 pages avec neuf figures et trois tableaux.
En médecine, une étude publiée dans Cell Reports décrit un mécanisme moléculaire qui pourrait expliquer pourquoi le poids perdu revient si souvent. Des chercheurs du Harrington Discovery Institute des University Hospitals et de la Case Western Reserve University ont constaté que l'obésité modifiait l'activité des cellules graisseuses. Cette modification maintenait l'asprosine à un niveau élevé après la perte de poids. L'asprosine est une hormone libérée par le tissu adipeux qui signale au cerveau de stimuler l'appétit. Le travail porte sur le TGF-β1, une molécule de signalisation inflammatoire. Une brève exposition à celle-ci a créé un changement épigénétique durable, qui persistait pendant des semaines après le retour du TGF-β1 à un niveau normal. Même lorsque les souris ont perdu tout leur excès de poids, leurs cellules graisseuses ont continué à produire plus d'asprosine.
« C'était comme actionner un interrupteur qui reste allumé même après avoir retiré le doigt », a déclaré Atul Chopra, MD, PhD, auteur principal de l'étude et directeur associé du Harrington Rare Disease Program au Harrington Discovery Institute de UH. « Même après que les souris ont perdu tout l'excès de poids et que le TGF-β1 est revenu à la normale, cet interrupteur dans leurs cellules graisseuses est resté activé, maintenant l'asprosine et l'appétit élevés. Cela nous donne une explication moléculaire de la raison pour laquelle les médicaments GLP-1, qui suppriment l'appétit pendant qu'on les prend, ne peuvent pas corriger la mémoire biologique sous-jacente qui fait remonter la faim une fois le traitement terminé. »
Scitech Daily, qui a rapporté les résultats le 28 septembre, a noté que des données humaines publiquement disponibles soutenaient le mécanisme proposé. Les chercheurs doivent encore confirmer directement qu'il opère de la même manière chez les personnes. Un laboratoire distinct dirigé par Seth J. Field, MD, PhD, a confirmé que le changement cellulaire persistait.
Ce qu'il faut surveiller
MIT Technology Review publiera sa liste 2026 des Climate Tech Companies to Watch le 6 octobre, un ensemble consacré au stockage d'énergie, à l'énergie nucléaire et aux transports. La newsletter a aussi signalé qu'OpenAI a abandonné un nouveau modèle d'IA, GPT-6.1 Astra, pour des raisons de sécurité, l'entreprise déclarant qu'il « n'atteignait pas tout à fait la barre », selon la BBC. Le dossier d'introduction en bourse d'Anthropic avertit que l'IA pourrait menacer l'humanité, a rapporté le FT.
Pour l'instant, le désaccord sur le motif enzymatique d'Anthropic n'est pas résolu. L'entreprise nie que son système ait appris des conversations de Mestre avec Claude. Mestre dit avoir arrêté d'utiliser Claude. Et la question plus large, savoir si une IA signalant un motif dans une masse de données biologiques compte comme une découverte, reste ouverte.
Sources
4- 01The Download: climate tech companies to watch and AI's discovery problemEN
- 02When can we say AI made a scientific discovery?EN
- 03Scientists Discover a Molecular "Memory" That Could Make Lost Weight Come BackEN
- 04Discovery of radio emission from the exoplanet β Pictoris bEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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