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Les éditeurs ont perdu un tiers de leur trafic de recherche en un an, et les chatbots ne comblent pas le vide

Les renvois des moteurs de recherche vers les sites d'actualité ont chuté de 33 % dans le monde sur l'année qui s'est achevée en novembre 2025, selon les données de Chartbeat citées dans le rapport de tendances 2026 du Reuters Institute. Les éditeurs s'attendent désormais à perdre encore 43 % en trois ans.

Médias & internetAnalyseCamille RousseauPublié le: 27 septembre 20265 min de lectureSources 4
Les éditeurs ont perdu un tiers de leur trafic de recherche en un an, et les chatbots ne comblent pas le vide

Le trafic qui a fait vivre le journalisme en ligne pendant vingt ans s'écoule plus vite que le secteur ne peut le remplacer. Les chatbots d'IA, censés prendre la relève, en sont encore très loin. Les données de Chartbeat portant sur plus de 2 500 sites d'actualité montrent une baisse de 33 % des renvois depuis Google Search dans le monde entre novembre 2024 et novembre 2025. Les éditeurs américains sont plus touchés encore, à 38 %, selon le rapport Journalism, Media, and Technology Trends and Predictions 2026 du Reuters Institute, qui a interrogé 280 responsables numériques dans 51 pays.

Ces mêmes dirigeants s'attendent à une nouvelle baisse de 43 % des renvois depuis les moteurs de recherche au cours des trois prochaines années.

Les dégâts sont inégaux. Les chiffres de Chartbeat publiés par Axios le 17 mars 2026 montrent que les petits éditeurs, définis comme les sites réalisant entre 1 000 et 10 000 pages vues par jour, ont perdu 60 % de leurs renvois de recherche en deux ans. Les éditeurs de taille moyenne en ont perdu 47 %. Les grands éditeurs dépassant 100 000 pages vues par jour en ont perdu 22 %. L'écart entre petits et grands est de près de trois fois.

Chartbeat attribue cet écart à deux avantages structurels des grands médias : la notoriété de la marque et les investissements dans des produits destinés directement au consommateur. Un lecteur qui connaît un titre par son nom, qui l'a mis en favori, qui s'abonne à sa newsletter ou qui utilise son application n'a pas besoin du moteur de recherche pour le trouver. Les plus petits, dont le public est d'abord arrivé par la recherche, perdent à la fois le volume et la relation quand l'entonnoir se resserre.

Zéro clic, des chiffres minuscules

Les AI Overviews de Google occupent le haut d'environ 10 % des résultats de recherche américains, selon le rapport du Reuters Institute, et ont été déployés sur 120 marchés. Des recherches indépendantes d'Ahrefs ont montré que lorsque les AI Overviews apparaissent, le premier lien organique perd en moyenne 34,5 % de ses clics, selon la reprise des données de Chartbeat par PPC Land.

ChatGPT progresse, mais à partir de presque rien. Il apporte 0,02 % de tous les renvois vers les éditeurs, contre 7,3 % pour Google Search, selon les chiffres de Chartbeat rapportés par PPC Land en janvier 2026. Les pages vues issues des renvois de ChatGPT ont augmenté de plus de 200 % entre décembre 2024 et décembre 2025, mais cette croissance part d'une base négligeable. Perplexity contribue pour 0,002 %.

Nic Newman, chercheur associé senior au Reuters Institute, a déclaré que l'« ère du trafic » pour les éditeurs en ligne touchait à sa fin. « On ne sait pas ce qui va suivre », a-t-il dit. « Les éditeurs craignent que les chatbots d'IA ne créent une nouvelle façon pratique d'accéder à l'information, qui pourrait laisser les marques d'actualité, et les journalistes, sur le carreau. » Il a ajouté qu'« un grand récit, et une touche humaine, seront difficiles à reproduire pour l'IA ».

Tout le monde n'accepte pas ce récit du déclin. Dans un billet de blog cité par le Guardian, Liz Reid, responsable de la recherche chez Google, a déclaré que l'introduction de l'IA dans la recherche « génère plus de requêtes et des clics de qualité ». Elle a qualifié les rapports de tiers faisant état de baisses globales spectaculaires du trafic d'« souvent fondés sur des méthodologies défectueuses, des exemples isolés, ou des variations de trafic antérieures au déploiement des fonctions d'IA dans la recherche ». Liz Reid a aussi reconnu que les usages déplacent le trafic vers d'autres sites, « ce qui se traduit par une baisse du trafic pour certains sites et une hausse pour d'autres ».

Se couper de Google devient envisageable

Les chiffres ont poussé certains éditeurs vers une décision qui aurait été impensable il y a quelques années : couper les ponts avec Google. Le Wall Street Journal a rapporté que le trafic avait chuté de plus de 40 % pour certaines publications entre juin 2025 et juin 2026, selon les données de Semrush, tandis que le Guardian et la BBC ont progressé. Nieman Journalism Lab a résumé l'article le 22 juillet 2026.

Mike Reed, PDG de USA Today Co., a déclaré au Journal que l'entreprise, qui poursuit Google pour abus de position dominante présumé dans l'adtech, pourrait couper complètement l'accès de Google si le trafic de recherche continue de baisser. « Il est temps de prendre position et de dire que ça suffit », a-t-il déclaré. Reddit réévalue son accord de 60 millions de dollars par an avec Google après avoir constaté des baisses de trafic, selon le Journal, et Politico comme Reuters envisagent de limiter l'accès des robots de Google et d'installer des murs d'inscription. Neil Vogel, PDG de People Inc., a déclaré au Journal que « couper [Google] et les bloquer entièrement est à 100 % sur la table ».

La mécanique est délicate. Les éditeurs peuvent bloquer les robots d'exploration de Google, mais ces mêmes robots indexent les sites pour la recherche, donc les bloquer revient à disparaître des résultats classiques. Cloudflare a annoncé qu'il commencerait à bloquer les robots polyvalents, ceux qui aspirent le contenu à la fois pour l'indexation de recherche et pour l'entraînement d'IA, à partir du 15 septembre, sauf si les propriétaires de sites s'y opposent. Stephanie Cohen, directrice de la stratégie de Cloudflare, a déclaré à Adweek que l'entreprise voulait « une solution technique qui vous permette d'être trouvable sans devoir céder votre contenu gratuitement ».

La réglementation avance aussi. Un tribunal britannique de régulation a jugé que Google devait permettre aux éditeurs de refuser les fonctions d'IA sans perdre leur visibilité dans la recherche classique. Google teste cette option au Royaume-Uni et dispose de neuf mois pour opérer ce changement, mais ne l'a pas déployée à l'échelle mondiale.

Pendant ce temps, Jon Slade, directeur général du FT, a déclaré lors d'une conférence média que le trafic de recherche vers ses articles avait connu une baisse « assez soudaine et durable » de 25 % à 30 %, rapporte le Guardian. DMG Media a indiqué dans une contribution à la Competition and Markets Authority que les AI Overviews avaient alimenté une chute du trafic de clics vers ses sites pouvant atteindre 89 %.

Le changement de stratégie est déjà visible dans les rédactions. Trois quarts des responsables média interrogés par le Reuters Institute ont déclaré qu'ils pousseraient leurs équipes à se comporter davantage comme des créateurs YouTube et TikTok en 2026, et la moitié prévoient de s'associer à des créateurs pour diffuser du contenu. Les éditeurs comptent aussi réduire le journalisme de service et les contenus intemporels que l'IA peut résumer, et miser davantage sur les enquêtes et le reportage de terrain.

Ce reportage coûte plus cher. Le rapport du Reuters Institute décrit un « effet haltère » en train d'émerger : un journalisme distinctif porté par des humains à un bout, des contenus automatisés par l'IA à grande échelle à l'autre, et des éditeurs coincés au milieu, menacés d'être évincés. Deux tiers des éditeurs n'ont signalé aucune réduction d'effectifs liée aux initiatives d'IA jusqu'ici, mais à mesure que l'étau se resserre sur le trafic, cette arithmétique pourrait ne plus tenir.

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Sources

4
  1. 01Publishers fear AI search summaries and chatbots mean 'end of traffic era'EN
  2. 02Search traffic has declined so much that some publishers are considering opting out of Google entirelyEN
  3. 03Small publishers lost 60% of search traffic as AI reshapes the webEN
  4. 04'Existential crisis': how Google's shift to AI has upended the online news modelEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Camille Rousseau

Camille Rousseau

IA, modèles et technologies

Camille Rousseau suit les technologies, l’IA et les modèles ainsi que les médias et l’internet pour FLASH24, en partant des dépôts de modèles, des publications techniques et des données publiques, sans reprendre les annonces sans vérification. Elle contrôle les chiffres d’entraînement et de coût en remontant aux jeux de données, aux versions de modèles et aux méthodes de mesure. Elle interroge des chercheurs et des équipes produit, compare les résultats entre modèles et attend les mises à jour de calendrier des principaux fournisseurs. Son intérêt pour l’impression 3D, les vieux ordinateurs et la façon dont les modèles apprennent rejoint directement son travail sur l’IA et les technologies. Elle ne publie pas de chiffres sans source ni de comparaison sans protocole reproductible.

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