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La NASA a ouvert ses laboratoires aux sauvetages privés, puis elle les a vidés

La NASA avait misé 30 millions de dollars sur le sauvetage privé d'un satellite. L'affaire s'est soldée cet été par l'abandon de Katalyst Space Technologies, qui renonçait à rehausser l'orbite du télescope Swift. Quelques jours plus tôt, un reportage de NPR décrivait des ingénieurs du Goddard Space Flight Center privés des laboratoires et des machines qui servent à construire des engins spatiaux.

SciencesAnalyseAmélie BernardPublié le: 27 septembre 20267 min de lectureSources 4
La NASA a ouvert ses laboratoires aux sauvetages privés, puis elle les a vidés

La NASA a annoncé le 19 août 2026 qu'elle renonçait à sauver le Neil Gehrels Swift Observatory, le télescope à rayons gamma lancé en 2004. Le satellite de sauvetage, baptisé LINK, a été construit par Katalyst Space Technologies dans le cadre d'un contrat de 30 millions de dollars attribué en 2025. Il a décollé le 3 juillet sur une fusée Pegasus XL de Northrop Grumman. Il n'arrimera pas Swift, et l'observatoire devrait rentrer dans l'atmosphère et s'y consumer plus tard cette année.

Rapproché des révélations publiées quatre semaines plus tard, cet échec apparaît comme un épisode d'un problème plus large. La NASA réclame des engins spatiaux rapides, bon marché et construits par le privé, alors que ses propres centres perdent les installations qui rendaient ce travail possible.

Ce qui a mal tourné sur LINK

Le sauvetage était depuis le départ un problème de calendrier déguisé en problème d'ingénierie. Swift n'a pas de propulseurs, et le seul moyen de relever son orbite était d'envoyer quelque chose l'attraper. L'annonce de l'échec par la NASA a suivi une révélation de juillet : l'engin s'était mis à tourner de façon incontrôlée. Selon NBC News, la NASA a déclaré le 28 juillet que les systèmes de contrôle d'attitude de LINK avaient mal fonctionné, « provoquant la rotation de l'engin et des communications sporadiques ». L'engin tournait à environ 9 degrés par seconde.

Ars Technica a rapporté que deux des trois roues de réaction de LINK, qui servent au contrôle d'attitude, avaient cessé de fonctionner, et que des propulseurs à gaz froid utilisés pour le pointage fin posaient aussi problème. Il ne restait alors que les trois propulseurs plasma à faible impulsion pour reprendre le contrôle, selon le même article. La mission a été lancée en juillet ; fin juillet, elle était en difficulté.

« Si la mission n'aura pas la fin que nous envisagions, la NASA et Katalyst évaluent les étapes qui restent à franchir », a déclaré Katalyst dans un communiqué repris par Ars Technica. « Nous continuerons à tirer de la valeur technique et opérationnelle de l'engin. »

Katalyst n'a pas dit ce qui a causé la panne. La NASA et l'entreprise affirment que l'engin est toujours vivant et pourrait encore tenter un rendez-vous avec Swift pour tester du matériel de navigation rapprochée. C'est une démonstration technologique, pas un sauvetage. Swift tombera.

Le calendrier qui rendait l'échec probable

Le contrat ne donnait à Katalyst que neuf mois pour concevoir, construire et lancer LINK, selon Ars Technica, qui rappelle que les satellites uniques en leur genre demandent normalement plusieurs années. La NASA a attribué le contrat en 2025 et a prévenu l'entreprise qu'elle devait lancer avant l'été 2026 pour atteindre Swift avant sa rentrée atmosphérique. Ce calendrier, selon Ars Technica, a imposé des compromis qui ont conduit les ingénieurs à tolérer des risques techniques qu'ils n'auraient pas acceptés autrement.

L'administrateur de la NASA, Jared Isaacman, a présenté la tentative comme un pari assumé. « La NASA doit être prête à avancer vite et à prendre des risques intelligents quand le retour potentiel le justifie, et c'est exactement ce que nous avons fait avec cette mission », a-t-il déclaré dans un communiqué cité par Ars Technica et NBC News. « Ce n'est pas le résultat que nous recherchions, mais cela ne change rien à la raison pour laquelle cette mission valait la peine d'être tentée. »

Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division d'astrophysique de la NASA, a parlé d'« une tentative inédite, développée sur un calendrier sans précédent dicté par l'activité du Soleil », selon NBC News. L'activité solaire est la cause physique de l'urgence : une activité accrue chauffe l'atmosphère terrestre, ce qui augmente la traînée sur les satellites en orbite basse. L'orbite de Swift a commencé à se dégrader plus vite en 2024, pendant une période d'activité solaire intense, rapporte NBC News. L'observatoire avait déjà suspendu ses opérations avant la tentative de sauvetage, selon Scientific American.

Pendant ce temps, à Goddard

Le 15 septembre, NPR a rapporté un élément qui voisine mal avec l'histoire de Swift. Sept scientifiques et ingénieurs de la NASA, en poste ou retraités, au Goddard Space Flight Center de Greenbelt, dans le Maryland, ont expliqué à NPR que des déménagements ordonnés par la direction de l'agence ces dix derniers mois leur avaient coûté des espaces de travail spécialisés, des employés et des machines coûteuses servant à construire des engins spatiaux. Des employés en poste ont demandé à NPR de taire leur nom, par crainte de représailles.

Les déménagements n'étaient pas une surprise, du moins sur le papier. Des documents internes de la NASA consultés par NPR indiquent que ces transferts visaient à réduire les coûts et à éliminer « le gaspillage et les redondances ». L'agence affirme que le départ des scientifiques de plus de 80 installations correspondait à un plan directeur déjà publié pour le campus de Goddard et éviterait des dizaines de millions de dollars de maintenance différée. Ce que les documents n'avaient pas prévu, selon les ingénieurs, c'est ce qui se perd quand un laboratoire de communications radio est vidé en novembre alors que le personnel est chez lui pendant une fermeture du gouvernement. Presque tout l'équipement du laboratoire est parti, y compris ce que les ingénieurs décrivent comme une installation d'essai unique en son genre.

« Nous ne pouvons pas faire le travail parce que nous n'avons plus notre chambre d'antenne à 6 millions de dollars », a déclaré un ingénieur à NPR. Un autre a ajouté : « On nous a activement empêchés d'aller récupérer du matériel. Cela a été arraché des mains des employés de la NASA les plus capables de l'utiliser. »

Les effets ont touché des missions précises. Deux ingénieurs ont dit à NPR que des ingénieurs en propulsion avaient dû tester le carburant du Nancy Grace Roman Space Telescope avec du matériel moins sensible, des outils de meilleure qualité ayant été perdus lors d'un déménagement quelques mois plus tôt. Roman a été lancé du Kennedy Space Center fin août 2026 après 15 ans de préparation et 4 milliards de dollars, selon NPR. Un scientifique ayant travaillé sur le satellite GRITSS, lancé en juillet pour suivre l'évolution des niveaux d'eau et des masses continentales terrestres, a indiqué que l'équipe n'avait pas pu tester ses communications radio avant le lancement.

« Nous sommes à moitié aveugles pour ce qui est de diagnostiquer le problème », a déclaré ce scientifique à NPR. « Le projet a dû absorber le risque. » Un ingénieur travaillant sur DAVINCI, un engin spatial en construction pour explorer Vénus, a expliqué que sa partie du travail avait pris du retard en août faute de lieu où l'exécuter à Goddard. « Nous n'avons pas de laboratoire de remplacement », a-t-il dit. En août, l'espace de laboratoire qu'on leur avait fait quitter en hâte restait vide.

Ce que les deux affaires ont en commun

La lecture évidente est que la NASA a pris un risque calculé sur Swift et l'a perdu. Cette lecture n'est pas fausse. LINK était un sprint de neuf mois vers une échéance ferme, et le mode de défaillance, le contrôle d'attitude, est exactement le genre de problème qu'un calendrier comprimé rend plus difficile à détecter. L'argument d'Isaacman, selon lequel l'agence doit avancer vite quand le retour le justifie, se défend. Le directeur général de Katalyst, Ghonhee Lee, a pour sa part déclaré que l'entreprise avait bâti « une procédure reproductible pour éclairer les futures opérations de rendez-vous et de proximité et de maintenance de satellites », propos repris par Scientific American, Ars Technica et NBC News.

La lecture moins confortable porte sur ce que la NASA peut encore faire en interne. Jack Kiraly, responsable du plaidoyer à la Planetary Society, a dit à NPR que les déménagements « ne font qu'ajouter beaucoup de risque à une entreprise déjà risquée », et que les projets concernés représentent « potentiellement des milliards de dollars d'investissement des contribuables ». Un ingénieur a confié à NPR avoir lancé un satellite avant qu'il soit prêt, ce qui ne s'était pas produit depuis plus de dix ans à Goddard.

La science de Swift sera la perte mesurable. Scientific American note que l'arrêt de l'observatoire laisse un trou dans les observations du cosmos à haute énergie que les astronomes ne combleront pas de sitôt. Il étudiait les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes de l'univers, déclenchées par des événements comme la naissance de trous noirs et les collisions entre étoiles ultra-denses, selon NBC News. Sa combinaison d'instruments multi-longueurs d'onde et de pointage agile lui permettait de localiser les sursauts pour que d'autres observatoires les suivent, rapporte Ars Technica.

L'affaire de Goddard n'a ni date de lancement ni rentrée atmosphérique. Elle est plus lente, plus difficile à mettre en titre. Mais les ingénieurs interrogés par NPR décrivent un problème de capacités qui ne s'arrêtera pas quand Swift brûlera.

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Sources

4
  1. 01NASA calls off rescue mission for its falling Swift space telescopeEN
  2. 02NASA mission to save its sinking space telescope failsEN
  3. 03NASA scientists say relocations put space missions at riskEN
  4. 04NASA calls off mission to rescue Swift gamma-ray observatoryEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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