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La Chine restreint les voyages des travailleurs de la tech, le contrôle des talents se durcit

Les nouvelles règles chinoises d'entrée et de sortie du territoire sont entrées en vigueur la dernière semaine de septembre. Elles donnent aux autorités le pouvoir d'empêcher des ingénieurs, des fondateurs et des spécialistes de quitter le pays lorsque leur expertise dans les batteries, les terres rares ou l'intelligence artificielle est jugée menaçante pour la sécurité industrielle et technologique, rapporte DW.

MondeExpliquéDr Hélène FontainePublié le: 2 octobre 20266 min de lectureSources 11
La Chine restreint les voyages des travailleurs de la tech, le contrôle des talents se durcit

C'est le tranchant le plus vif d'un virage politique qui traverse tout le dossier. Un pays qui a passé dix ans à accuser les autres de lui voler sa technologie cherche désormais à retenir la sienne. DW a rapporté ces règles le 24 septembre, ce qui situe la mesure à la semaine dernière.

Bloomberg Intelligence a estimé à quelque 1 000 000 000 000 de dollars la fortune chinoise sortie du pays l'an dernier, la plus forte fuite de capitaux spéculatifs depuis le début des relevés en 2006, selon DW. Les restrictions de voyage s'ajoutent à des règles plus strictes sur les investissements à l'étranger, à une répression visant les ressortissants chinois détenant des avoirs offshore et à des limitations sur l'envoi de personnel technique à l'étranger. Henry Gao, professeur de droit à la Singapore Management University, a déclaré à DW que ces mesures prises ensemble « offrent un rare aperçu du véritable état de l'économie chinoise » et suggèrent que Pékin s'inquiète profondément de la faiblesse économique et des sorties de capitaux. Alicia Garcia-Herrero, cheffe économiste pour l'Asie-Pacifique chez Natixis, a déclaré à DW que le quota annuel de 50 000 dollars de devises pour les ménages n'a pas changé. Ce qui s'est resserré, dit-elle, ce sont les circuits non officiels que les fortunés utilisaient pour contourner ce plafond : « Ils pressent maintenant les personnes et les agents qui accompagnent habituellement l'argent. »

Pékin n'a pas publié de liste consolidée des compétences restreintes. Le dossier n'en contient aucune.

Ce que couvrent les règles de sortie

Le périmètre, tel que rapporté, couvre les batteries, les terres rares et l'IA. Ce sont les secteurs mêmes que la politique industrielle chinoise construit depuis des années. Le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information a publié le 28 septembre un plan pour l'industrie des batteries portant sur 2026 à 2030, daté du 14 septembre et signé conjointement par sept agences, dont la Commission nationale du développement et de la réforme et le ministère des Transports, selon CnEVPost. Il vise un premier déploiement à grande échelle de batteries tout solide d'ici 2030, des batteries lithium à longue durée de vie atteignant 15 000 cycles de charge-décharge, et des taux de défauts de l'ordre de la partie par milliard pour les principaux fabricants.

Le plan prévoit aussi l'exploration nationale du lithium et du cobalt, le soutien aux fusions et restructurations d'entreprises, et un système d'identité numérique des batteries qui étudierait des dispositifs de passeport batterie acceptés au niveau international. Autrement dit, l'État formalise son contrôle sur la chaîne d'approvisionnement physique au moment même où il formalise son contrôle sur les personnes qui la comprennent.

Le cas récent le plus marquant est Manus, une start-up d'IA fondée à Pékin par deux ressortissants chinois. Elle a déplacé son siège à Singapour, en partie pour échapper aux restrictions américaines sur les investissements. Quand Meta a tenté de racheter Manus en décembre dernier pour 2 000 000 000 de dollars, Pékin a bloqué l'opération et interdit aux fondateurs de quitter le pays, rapporte DW. Il s'agit d'un récit d'un seul média, et DW en est la source.

La bataille des puces va dans l'autre sens

Pendant que la Chine restreint les talents sortants, le flux entrant de puces américaines se desserre. Ars Technica a rapporté le 28 septembre que le ministère chinois de l'Industrie et des Technologies de l'information a demandé à Alibaba et ByteDance de partager leurs projets d'achat de puces RTX Pro 5500 de Nvidia, avec l'idée que ce matériel pourrait équiper des serveurs faisant tourner des modèles d'IA nationaux. Le même article indique que le PDG de Nvidia, Jensen Huang, est devenu l'un des conseillers technologiques les plus influents de Trump, une affirmation qu'Ars Technica attribue à Stephen Witt, auteur de The Thinking Machine. Huang a imputé aux contrôles américains à l'exportation la chute de la part de Nvidia sur le marché chinois des puces d'IA avancées, passée d'environ 95 pour cent à zéro, selon The Information, cité par Ars Technica.

« Jensen est aujourd'hui le conseiller le plus influent du président sur les questions technologiques », a déclaré Witt à NPR, selon Ars Technica.

Les commentaires chinois poussent, eux, une autre lecture. The Diplomat a soutenu le 30 septembre que la formule adoptée au sommet de Pékin en mai, « une relation sino-américaine constructive de stabilité stratégique », marque une rupture avec l'ère China Plus One. Il cite la mise à jour commerciale 2026 du McKinsey Global Institute pour affirmer que les échanges entre la Chine et les États-Unis ont reculé d'environ 30 pour cent sur la seule année 2025, et note que la Chine est le seul pays à fabriquer des biens dans les 41 catégories industrielles et les 666 sous-catégories de la classification de l'ONU. Ce texte est une analyse, pas un document officiel, et sa source est McKinsey.

Où la politique apparaît dans les produits

La preuve grand public la plus claire d'une divergence voulue, c'est Tesla. Le 1er octobre, les canaux chinois de Tesla ont annoncé que chaque Model 3 vendu en Chine reçoit un écran central de 16 pouces, contre 15,4 pouces, ainsi qu'un intérieur premium gris clair, selon Electrek. Chaque Model 3 et Model Y en vente en Chine peut désormais exporter jusqu'à 2 200 watts de courant alternatif. Le Model 3 américain conserve son écran de 15,4 pouces et reste exclu du vehicle-to-load, rapporte Electrek, même si Tesla a apporté le V2L aux États-Unis en août pour les Model Y Premium, Model Y Performance et Cybertruck, à 2,4 kW via un adaptateur à 80 dollars.

Tesla a assorti ces changements d'incitations valables jusqu'au 31 octobre : 5 500 yuans de remise sur le paiement final, un financement à taux zéro sur cinq ans, une subvention d'assurance de 8 000 yuans et un crédit peinture de 8 000 yuans. Le prix d'entrée annoncé de 222 500 yuans ne tient qu'une fois comptées la remise sur le paiement final et la subvention d'assurance ; le prix catalogue reste de 235 500 yuans. La nouvelle Formula S de BYD démarre à 189 900 yuans.

Les marques étrangères s'adaptent au même marché. La coentreprise pékinoise de Hyundai a lancé le 29 septembre l'Ioniq V, conçu en Chine, à un prix de départ promotionnel de 99 900 yuans (14 820 dollars), avec des batteries CATL et l'aide à la conduite Momenta, rapporte CnEVPost. SAIC Volkswagen a ouvert le 28 septembre les précommandes du SUV à autonomie prolongée ID. ERA 8X, avec un lancement officiel prévu le 12 octobre et une autonomie combinée CLTC allant jusqu'à 1 602 km.

La demande intérieure est faible. Les ventes au détail de véhicules à énergie nouvelle en Chine ont chuté de 20 pour cent sur un an lors des 27 premiers jours de septembre, à 827 000 unités, tandis que les ventes au détail totales de voitures particulières reculaient de 29 pour cent, selon les données de la CPCA rapportées par CnEVPost le 30 septembre. Les NEV représentaient encore 65,7 pour cent des ventes au détail. Geely a vendu 292 168 véhicules en septembre, son meilleur total mensuel de l'année, mais les exportations ont baissé de 3 pour cent par rapport à août, à 106 685, mettant fin à huit mois consécutifs d'exportations record, rapporte CnEVPost le 1er octobre. Les ventes intérieures ont chuté de 20 pour cent sur un an.

L'orientation politique n'est pas seulement défensive. Rest of World a rapporté le 24 septembre que la Chine représente désormais la moitié des accords mondiaux de licence pharmaceutique et que sa part des accords mondiaux de cession de licence pourrait atteindre 60 pour cent cette année, citant la médecin et consultante Ruby Wang. Par ailleurs, Rest of World a soutenu le 22 septembre que la Chine mène une course à l'IA différente, fondée sur des règles de déploiement comme l'obligation d'étiqueter les contenus générés par IA plutôt que sur des benchmarks de modèles. C'est une tribune, et il faut la lire comme telle.

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Sources

11
  1. 01China's new travel rules unsettle tech giants and talentEN
  2. 02China unveils 5-year battery plan targeting large-scale all-solid-state use by 2030EN
  3. 03Experts worry about Nvidia's AI chip sales in China and influence over TrumpEN
  4. 04Goodbye, 'China Plus One': The Real Change in US China PolicyEN
  5. 05Tesla upgrades China Model 3 with 16-inch screen and V2L, US left outEN
  6. 06Hyundai launches China-tailored Ioniq V electric sedan from under $15,000EN
  7. 07VW ID. ERA 8X EREV SUV opens for pre-sales in China, launch set for October 12EN
  8. 08China NEV retail sales fall 20% in first 27 days of September as decline deepensEN
  9. 09Geely September sales rise 7% to 2026 high as record export streak endsEN
  10. 10China is excelling in health tech. That's good news for the worldEN
  11. 11America is in the wrong AI race with ChinaEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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