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Le sauvetage de Swift par la NASA échoue, et les laboratoires vidés de Goddard soulèvent une question plus large

La NASA a renoncé à rehausser l'orbite de l'observatoire Neil Gehrels Swift, un télescope à rayons gamma de 500 000 000 dollars qui devrait se consumer dans l'atmosphère terrestre plus tard cette année. L'échec fait suite à un contrat de sauvetage de 30 000 000 dollars, qui donnait à Katalyst Space Technologies neuf mois seulement pour construire et lancer un engin spatial parti en vrille fin juillet.

SciencesAnalyseAmélie BernardPublié le: 28 septembre 20266 min de lectureSources 4
Le sauvetage de Swift par la NASA échoue, et les laboratoires vidés de Goddard soulèvent une question plus large

La NASA et Katalyst Space Technologies ont annoncé mercredi qu'elles renonçaient à la mission robotique chargée de sauver le télescope gamma Swift avant qu'il ne quitte son orbite. Ars Technica et NBC News ont rapporté la décision. La tentative de sauvetage était de toute façon engagée contre une horloge implacable.

Le télescope a été lancé en 2004. Il a largement dépassé sa durée de vie initiale de deux ans. Les astronomes comptent encore sur lui pour détecter et localiser les sursauts gamma, les explosions les plus puissantes de l'univers connu, afin que d'autres observatoires puissent enchaîner les observations. Swift n'a pas de propulseurs pour maintenir son orbite. Une mission de maintenance était donc le seul moyen de le garder en vie.

Les chiffres de la NASA expliquent pourquoi personne n'avait essayé auparavant. L'observatoire a coûté 500 000 000 dollars. L'agence a attribué à Katalyst un contrat de 30 000 000 dollars il y a moins d'un an pour construire et lancer le satellite de secours, baptisé Link.

Un calendrier de neuf mois et trois roues de réaction

Ars Technica rapporte que Link a été lancé le 3 juillet à bord de la fusée Pegasus XL de Northrop Grumman. L'engin a à peu près la taille d'un réfrigérateur. Il porte deux panneaux solaires et trois propulseurs électriques au xénon destinés à rehausser l'orbite de Swift. Il emporte aussi trois bras robotiques pour saisir l'observatoire. La NASA met normalement plusieurs années à préparer le lancement d'un satellite inédit. Katalyst l'a fait en neuf mois.

Ars Technica indique que ce calendrier a imposé des compromis durs. La pression des délais a poussé les ingénieurs à tolérer des risques techniques qu'ils n'auraient pas acceptés autrement.

Tout semblait aller pendant les premières semaines. Puis, fin juillet, Link est parti en vrille. Ars Technica rapporte que deux des trois roues de réaction du satellite, utilisées pour le contrôle d'attitude, ont cessé de fonctionner. Les propulseurs à gaz froid servant au pointage fin ont eux aussi connu des problèmes. Il ne restait que les trois propulseurs plasma à faible impulsion pour retrouver une orientation, alors que l'engin filait autour de la Terre à près de 5 miles par seconde. NBC News, citant la NASA, avance une vitesse de rotation d'environ 9 degrés par seconde. Les responsables de la mission ont allumé les propulseurs et ralenti la rotation ce mois-ci, mais les problèmes de contrôle d'attitude n'ont pas disparu.

"Ce n'est pas le résultat que nous recherchions, mais cela ne change rien à la raison pour laquelle cette mission valait la peine d'être tentée", a déclaré l'administrateur de la NASA, Jared Isaacman, dans un communiqué.

Le PDG de Katalyst, Ghonhee Lee, dans un communiqué repris par les deux médias, a déclaré que l'entreprise avait "relevé ce défi à haut risque et à fort gain" et qu'elle transformerait les leçons en "un manuel reproductible pour les futures opérations de rendez-vous et de proximité et les services satellitaires".

Link n'est pas mort. Katalyst affirme qu'elle continuera d'exploiter l'engin et qu'elle pourrait encore s'approcher assez de Swift pour démontrer son système de navigation rapprochée. Shawn Domagal-Goldman, directeur de la division d'astrophysique de la NASA, a déclaré dans un communiqué que l'agence évaluait "les étapes qui restent à franchir".

Pourquoi Swift tombait

Tout satellite en orbite basse perd de l'altitude à cause de la traînée atmosphérique. Quand l'activité solaire s'intensifie, elle chauffe l'atmosphère, augmente cette traînée, et les orbites peuvent se dégrader vite. NBC News rapporte que les problèmes de Swift ont commencé en 2024, pendant une période d'activité solaire intense. Voilà pourquoi l'effort de sauvetage de la NASA avait une échéance plutôt qu'un plan. La perte à court terme est scientifique.

La combinaison d'instruments multi-longueurs d'onde et d'un pointage agile permet à Swift de trouver les sursauts gamma et de transmettre les coordonnées à d'autres télescopes rapidement. Domagal-Goldman a dit que l'agence espérait davantage de science de l'observatoire. Il a soutenu que les enseignements de la tentative de sauvetage vaudraient la peine dans tous les cas. La question de fond est de savoir si la NASA peut encore construire et faire voler des engins spatiaux dans les délais qu'elle tenait autrefois. Cette question n'est pas hypothétique.

Les laboratoires vides de Goddard

NPR a rapporté le 15 septembre que sept scientifiques et ingénieurs actuels et anciens de la NASA au Goddard Space Flight Center de Greenbelt, dans le Maryland, affirment que la direction les a chassés de laboratoires et d'installations à plusieurs reprises en dix mois. Le résultat : la perte d'espaces de travail spécialisés, de personnel et de machines coûteuses servant à construire des engins spatiaux. Les déménagements ont touché le Nancy Grace Roman Space Telescope, lancé fin le mois dernier après 15 ans de préparation et 4 000 000 000 dollars.

Deux ingénieurs ont dit à NPR que les équipes de propulsion avaient dû tester le carburant de Roman avec un matériel moins sensible, parce que des outils de meilleure qualité avaient été perdus lors d'un déménagement antérieur. Un laboratoire de communication radio chargé de tester une antenne pour Roman avait perdu presque tout son équipement.

"Nous ne pouvons pas faire le travail parce que nous n'avons plus notre chambre à antenne à 6 000 000 dollars", a déclaré un ingénieur à NPR.

Les employés actuels se sont exprimés sous couvert d'anonymat parce qu'ils craignent des représailles pour avoir parlé aux médias, selon NPR. La direction de la NASA a déclaré au réseau que le déplacement des scientifiques hors de plus de 80 installations visait à réduire les coûts et à éliminer le "gaspillage et les redondances", et qu'il s'inscrivait dans un plan directeur déjà publié pour le campus de Goddard. Le coût de ce plan se voit dans le calendrier.

NPR rapporte qu'un ingénieur a dit avoir dû lancer un satellite avant qu'il ne soit prêt, ce qui ne s'était pas produit depuis plus de dix ans à Goddard. Le satellite, appelé GRITSS, a été lancé en juillet pour aider à suivre les changements des niveaux d'eau et des masses continentales depuis l'espace. Des scientifiques ont dit à NPR qu'ils ne savaient pas s'il fonctionnerait comme prévu, faute d'avoir pu tester ses communications radio avant le lancement.

"Nous sommes à moitié aveugles pour ce qui est d'essayer de le dépanner", a déclaré un scientifique ayant travaillé sur GRITSS à NPR. "Le projet a dû absorber le risque."

Un autre ingénieur a dit que le travail sur DAVINCI, un engin spatial construit pour explorer Vénus, avait été retardé en août parce que l'équipe n'avait pas d'endroit à Goddard pour faire sa part du travail. Leur laboratoire et une salle blanche spécialisée pour les grands engins spatiaux ont été déménagés d'un autre bâtiment en novembre. En août, l'espace dont ils avaient été chassés en urgence restait vide, selon l'ingénieur. Jack Kiraly, responsable du plaidoyer à la Planetary Society, a déclaré à NPR que la situation ajoutait du risque à une entreprise déjà risquée. "Il s'agit potentiellement de milliards de dollars d'investissement des contribuables", a-t-il dit. "Nous ne nous rendons pas service en mettant les personnes qui rendent cela possible dans des situations précaires."

Ce que les deux affaires ont en commun

Lus ensemble, l'échec de Swift et le récit de Goddard pointent la même tension. La NASA veut aller vite et prendre des risques intelligents, comme l'a formulé Isaacman, parce que l'orbite basse se remplit et que les services commerciaux deviennent une capacité réelle. Le sauvetage de Swift était un pari exactement là-dessus : une jeune entreprise privée, un petit engin, un sprint de neuf mois. Mais le reportage de Goddard suggère que la capacité de l'agence à absorber le risque de son propre côté institutionnel est plus mince que ses déclarations publiques ne le laissent entendre.

Les salles blanches sur mesure et les chambres à antenne ne s'achètent pas sur étagère. Une fois qu'elles ont disparu, les solutions de contournement sont moins précises, et les retards apparaissent des années plus tard, sur des missions qui n'ont pas encore été lancées. Il y a aussi un écart entre la comptabilité publique et la comptabilité privée. Katalyst n'a pas dit ce qui a causé la défaillance de Link, au-delà des problèmes de contrôle d'attitude. La NASA n'a pas dit ce qu'elle fera ensuite pour l'astronomie des hautes énergies. Le nouveau télescope PRIMA de l'agence, dans l'infrarouge lointain, annoncé cette semaine, est prévu pour un lancement en 2033, ce qui laisse une longue période sans Swift.

Swift est encore là pour l'instant, et devrait rentrer dans l'atmosphère plus tard cette année. Link est toujours vivant, ralentit encore sa rotation, et pourrait encore servir à une démonstration de rendez-vous. Les leçons que la NASA dit vouloir tirer sont réelles, mais elles arrivent après le matériel, et après les laboratoires, déjà disparus.

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Sources

4
  1. 01NASA calls off mission to rescue Swift gamma-ray observatoryEN
  2. 02NASA mission to save its sinking space telescope failsEN
  3. 03NASA scientists say relocations put space missions at riskEN
  4. 04NASA calls off rescue mission for its falling Swift space telescopeEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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