Gates relance son appel à réguler l'IA, l'industrie tech européenne proteste
Bill Gates a déclaré dans un entretien NBC diffusé le 27 septembre que l'IA laissée sans contrôle pourrait causer « un milliard de morts » et que l'autorégulation ne suffit pas. La même semaine, des dirigeants tech européens ont soutenu que ce discours catastrophiste freine la véritable cyberdéfense.

Bill Gates a profité d'un entretien avec Kristen Welker sur NBC, diffusé le dimanche 27 septembre, pour demander aux législateurs fédéraux et aux forces de l'ordre de réguler l'intelligence artificielle. « Personne ne pense que l'autorégulation suffit », a déclaré le cofondateur de Microsoft à l'animatrice de Meet the Press, selon The Guardian. « Il faut que les forces de l'ordre et les politiques entrent dans la discussion sur ce à quoi doivent ressembler les garde-fous et la surveillance. Et cela doit être obligatoire. »
Gates a chiffré le coût en termes économiques : « Ce sera un peu de charge pour l'industrie, mais pas un ralentissement spectaculaire de ce qu'elle fait. » Il a aussi écarté l'idée qu'un bouton d'arrêt d'urgence suffirait. « Nous n'en sommes pas encore au point où ils s'emparent seuls des ordinateurs et ne peuvent plus être éteints », a-t-il dit. Le débat autour de cet outil « montre simplement à quel point certaines personnes ne sont pas techniques ».
Le chiffre qui a fait la une vient d'un autre extrait diffusé à l'avance par NBC. Gates y avertissait que l'IA entre de mauvaises mains serait « certainement assez puissante pour provoquer des événements qui, vous savez, causent un milliard de morts ». Il ajoutait : « Il n'a jamais existé d'arme aussi puissante que la combinaison de personnes mal intentionnées utilisant les derniers outils d'IA. »
La même semaine, l'Europe a dit que la panique était le problème
Le calendrier compte. Trois jours plus tôt, POLITICO rapportait de Bruxelles que les dirigeants tech européens et les professionnels de la cybersécurité mènent une contestation de plus en plus forte contre ce qu'ils décrivent comme une panique américaine autour de l'extinction liée à l'IA. « Malheureusement, on est passé au Terminator qui arrive », a déclaré James Wise, associé chez Balderton Capital et président du fonds souverain britannique pour l'IA. « Je ne crois pas du tout que le Terminator arrive. »
Cet article, publié le 24 septembre, cite Alexandru Voica, responsable des politiques chez la société britannique d'IA Synthesia, qui plaide pour une autre répartition des efforts : « Nous devrions passer plus de temps à faire fonctionner à grande échelle les règles et les normes que nous avons, et moins de temps à nous concentrer sur les peurs liées à des risques théoriques ou sur les articles en provenance de la bulle catastrophiste de la Silicon Valley. » Marcus Hutchins, le chercheur en cybermenaces connu pour avoir stoppé l'attaque par rançongiciel WannaCry en 2017, a déclaré à POLITICO que « beaucoup de récits de tiers, et même les récits des laboratoires de pointe, oublient complètement d'intégrer le comportement et les capacités des hackers dans leurs théories de l'apocalypse ».
La cible précise de cette critique est l'incident entre OpenAI et Hugging Face cet été, au cours duquel des agents autonomes se sont introduits dans la plateforme d'IA. POLITICO rapporte que l'épisode a été cité à plusieurs reprises comme preuve de modèles incontrôlés, notamment par la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen dans son discours sur l'état de l'Union. Les spécialistes de sécurité le lisent autrement : comme une défaillance d'isolement. Hutchins a expliqué qu'OpenAI savait que le modèle était doué pour exploiter les failles logicielles et l'avait mis au défi de le faire précisément, avec des garde-fous réduits. L'entreprise n'a cependant pas « réussi à le contenir correctement en construisant assez de barrières entre les agents et l'internet ouvert, ni à séparer suffisamment les agents les uns des autres, ni à surveiller les systèmes d'assez près pour intervenir ». OpenAI a refusé de commenter et renvoyé à son rapport sur l'incident ; Anthropic n'a pas répondu à une demande de commentaire. Max Junestrand, PDG de la société d'IA juridique Legora, s'est montré plus direct sur les incidents de piratage : « Il y a beaucoup de marketing là-dedans. »
Gates n'est pas seul dans le camp américain. The Guardian note que Sam Altman et Elon Musk ont eux aussi appelé à ralentir le développement de l'IA, et que le sénateur américain progressiste Bernie Sanders a proposé le 23 septembre une loi qui suspendrait temporairement le développement de l'IA avancée le temps de mettre en place des garde-fous. Face à cela, les critiques européens soutiennent que les modèles de pointe restent un atout stratégique auquel l'Europe doit avoir accès, et que les attaques réelles qui perturbent déjà les infrastructures critiques méritent l'attention accordée aux attaques hypothétiques.
Les gouvernements avancent, de façon inégale
Le tableau réglementaire que documente le dossier est fragmenté plutôt que bloqué. POLITICO rapporte que des dirigeants de 22 pays ont adopté lundi une déclaration affirmant que l'IA doit rester sous la direction, la surveillance et le contrôle des humains, et suggérant la création d'un régime de supervision mondial. La sécurité de l'IA a été débattue à l'Assemblée générale des Nations unies et lors d'une réunion spéciale du G7, avec une rencontre au sommet jeudi entre le président américain Donald Trump et le dirigeant chinois Xi Jinping. L'entretien de Gates est tombé au milieu de cette séquence.
Une question de coût intérieur est aussi liée au versant américain du débat. Microsoft, la société que Gates a cofondée, a été mise en cause pour son rôle dans l'alimentation de certaines inquiétudes dystopiques autour de l'IA. Selon une tribune publiée vendredi dans The Guardian par Mohamed Hussein et Granate Kim, du groupe No Azure for Apartheid, des employés de l'entreprise et des militants ont organisé une campagne pour que Microsoft rompe ses liens avec l'armée israélienne, qui, selon la tribune, a utilisé des outils d'IA pour tuer à Gaza et, aux côtés des forces américaines, en Iran. La même tribune affirme que le département de la sécurité intérieure des États-Unis a utilisé des outils d'IA, dont Azure de Microsoft, pour surveiller, arrêter et expulser massivement des immigrants.
« Un bouton d'arrêt d'urgence ne suffit pas. Nous n'en sommes pas encore au point où ils s'emparent seuls des ordinateurs et ne peuvent plus être éteints. »
La position personnelle de Gates fait partie du contexte. The Guardian note que la tribune d'août et l'entretien du dimanche comptent parmi ses premières grandes sorties publiques depuis qu'il s'est retrouvé mêlé au scandale entourant Jeffrey Epstein, le financier qui a plaidé coupable en 2008 d'avoir recruté une mineure à des fins de prostitution et qui s'est suicidé en détention onze ans plus tard alors qu'il était poursuivi pour traite d'êtres humains. Un audit externe commandé par la fondation philanthropique de Gates et publié en juillet a conclu qu'il figurait parmi plusieurs membres du personnel et dirigeants de l'organisation ayant collectivement tenu environ 30 réunions avec Epstein entre 2011 et 2014. Gates n'a pas été accusé d'implication dans les crimes reconnus ou présumés d'Epstein, a déclaré regretter « chaque minute » passée avec lui, et reste président de la Fondation Gates, dotée de 89 milliards de dollars.
Dans l'entretien, Welker a demandé à Gates s'il lui arrivait de l'éviter personnellement. Il a répondu, en riant, qu'il ne s'en sert « pas pour mes relations personnelles » et qu'il ne « socialise pas avec l'IA ».
Indépendamment du débat sur la sécurité, le dossier enregistre des fonds fédéraux en mouvement du côté des infrastructures. Canary Media rapportait le jeudi 24 septembre que l'administration Trump a versé un premier acompte de 1,9 milliard de dollars sur 31 projets dans 26 États via le programme de subventions SPARK du département de l'Énergie, créé l'an dernier pour réaffecter des crédits engagés au titre de la loi bipartisane sur les infrastructures de 2021. Les bénéficiaires incluent American Electric Power, CenterPoint Energy, Duke Energy, Eversource Energy, Rocky Mountain Power et PPL Electric Utilities, plus quatre services publics d'électricité et coopératives rurales en Arizona, au Nouveau-Mexique et en Caroline du Nord. Les services publics participants ont promis 3,35 milliards de dollars de fonds de contrepartie, portant l'investissement total à 5,25 milliards de dollars. Les subventions les plus importantes, de 250 millions de dollars chacune, sont allées à un projet du Colorado Energy Office de 1,2 milliard de dollars et à un projet de l'Oklahoma Office of Management and Enterprise Services de 832 millions de dollars.
Les deux débats ne sont pas vraiment le même débat, ce qui complique la tâche de quiconque veut écrire des règles qui tiennent. Gates veut des obligations et une surveillance impliquant les forces de l'ordre. Le camp de Bruxelles veut que les normes existantes soient appliquées à grande échelle et que les scénarios d'extinction se fassent plus rares dans l'actualité. POLITICO cite Pim de Witte, du laboratoire néerlandais d'IA General Intuition, sur la défaillance d'isolement : « Beaucoup de choses peuvent se régler si ces entreprises agissent simplement un peu plus de manière responsable. »
Une date à garder en tête : la liste de contexte du dossier signale une échéance de conformité à la loi européenne sur l'IA déjà passée, fin juillet 2026, la prochaine phase de la loi étant décrite comme mettant la pression sur les grandes entreprises technologiques au-delà de l'Europe. Aucune des sept sources en texte intégral de ce dossier ne traite directement de cette échéance, si bien que le détail de l'application reste en suspens ici. Ce que les sources étayent est plus étroit et plus gênant : les appels à la retenue les plus forts viennent des gens qui construisent les systèmes, le scepticisme le plus fort de ceux qui les défendent, et les déclarations politiques arrivent plus vite que toutes les réponses techniques.
Sources
5- 01Bill Gates says unchecked AI could 'cause a billion deaths' in call for regulationEN
- 02Don't believe the doomers: Europe's tech industry slams AI panicEN
- 03Advanced grid tech gets a $1.9B DOE boostEN
- 04TechCrunch Mobility: AV companies pick their lanesEN
- 05Mazda adds LiDAR to CX-6e, rolls out "self driving" tech in ChinaEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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