San Francisco suspend les nouveaux data centers face aux limites du réseau électrique
San Francisco a imposé un moratoire de 45 jours sur les nouveaux data centers, une décision qui met en lumière la pression croissante sur les réseaux électriques face à la demande d'IA.

Mardi, le conseil des superviseurs de San Francisco a adopté à l'unanimité une mesure suspendant l'approbation de nouveaux data centers pendant 45 jours. Ce moratoire, extensible jusqu'à 22 mois, gèle les projets dans les quartiers de Bayview et Dogpatch, y compris un développement frontalier de 49,5 MW. C'est la première fois qu'une grande plaque tournante technologique américaine suspend formellement des constructions pour des raisons d'infrastructure.
Goulots d'étranglement électriques et du réseau
Les autorités étudieront désormais les impacts énergétiques, hydriques et sur la qualité de l'air avant de délivrer des permis, selon The Next Web. Le timing est notable. Le Bureau du recensement a signalé que les dépenses de construction de data centers privés ont atteint un rythme annuel record en août, en hausse de 73 % sur un an.
Ces installations représentent une part croissante de la charge électrique. Au Texas, l'opérateur de réseau ERCOT a vu sa file d'attente pour les nouveaux grands clients passer de 63 GW fin 2 024 à 474 GW d'ici juin 2 026. Ryan McEntush d'a16z a noté qu'environ 90 % de cette demande provient des data centers, entraînant un gel des nouveaux permis dans certaines parties de l'État. Cette tension se reflète dans les factures d'électricité et l'opposition locale, avec un sondage Gallup indiquant que 71 % des Américains s'opposent à un data center d'IA dans leur secteur.
L'Europe fait face à des défis similaires mais distincts. Si la difficulté américaine concerne souvent le rejet communautaire et les files d'attente d'interconnexion, la contrainte européenne réside dans l'incapacité à construire assez vite pour répondre à la demande. L'opérateur danois Energinet a suspendu toutes les nouvelles conventions de raccordement cette année, face à une file d'attente d'environ 60 GW pour une demande nationale de pointe de seulement 7 GW.
Réponses technologiques et environnementales
Face à ces contraintes, le secteur se tourne vers l'efficacité et la production d'électricité sur site. La perspective mondiale de l'énergie de McKinsey pour 2 026 prévoit une croissance de la demande électrique des data centers à un taux annuel composé de 24 % jusqu'en 2 030, mais avertit que l'infrastructure d'offre déterminera la part de cette demande satisfaite. Pour combler l'écart, les opérateurs se tournent vers les moteurs à gaz, les piles à combustible et le stockage par batteries. Sam DeFabrizio, associé chez McKinsey, a déclaré à Data Center Knowledge que le gaz naturel est souvent considéré comme la voie la plus rapide pour ajouter de la puissance ferme, bien que la concurrence pour les infrastructures de pipelines puisse causer des retards.
La technologie de refroidissement évolue également pour réduire la consommation d'eau, un facteur majeur d'opposition locale. Une étude récente publiée dans le Journal of Engineering Thermophysics détaille une nouvelle approche utilisant des matériaux à changement de phase, capable de réduire la consommation d'eau de 60 % dans les salles serveurs à haute densité. Cela s'inscrit dans des efforts sectoriels plus larges pour se détourner des tours de refroidissement évaporatives, de plus en plus restreintes dans les zones sujettes à la sécheresse.
Les régulateurs interviennent aussi pour s'assurer que les coûts ne soient pas socialisés. Au Canada, Hydro-Québec a demandé à son régulateur provincial d'augmenter les tarifs d'énergie pour les grands data centers. L'entreprise a proposé un nouveau tarif qui doublerait le coût de l'énergie pour les installations de plus de 5 MW, le faisant passer d'une moyenne de 6,82 cents par kWh à 13 cents. Sarah Trabelsi, responsable des coûts et des prix chez Hydro-Québec, a affirmé que l'ère des surplus énergétiques est révolue et que l'entreprise doit agir pour limiter l'impact sur les autres clients.
Au même moment, en Finlande, les autorités ont ordonné l'arrêt des travaux sur deux data centers de Google à Muhos et Kajaani. L'agence de supervision finlandaise (LVV) a cité le défrichement de plus de 300 hectares de forêt sans une évaluation d'impact environnemental obligatoire. Google, qui a annoncé un investissement de 13 000 000 000 d'euros en Finlande le mois dernier, a reconnu avoir « manqué à nos propres normes élevées » et accepté de suivre les directives de l'agence. Cet incident met en évidence la tension croissante entre l'expansion rapide des infrastructures d'IA et la réglementation environnementale.
Tandis que le secteur navigue ces obstacles, l'accent se déplace d'une simple augmentation de la capacité à une construction plus intelligente. Les prochaines années verront probablement une consolidation des sites, une plus grande dépendance à l'achat d'énergie renouvelable et un dialogue plus transparent avec les communautés locales. La pause à San Francisco est un signal que l'ère de l'expansion sans contrôle touche à sa fin, remplacée par une approche plus prudente qui privilégie la stabilité du réseau et la responsabilité environnementale.
Sources
11- 01San Francisco pauses new data centres in the hometown of AIEN
- 02Data center construction spending hits record $85 billion annual paceEN
- 03Why Texas Is Making Data Centers WaitEN
- 04A sealed server is your license to operate a data centerEN
- 05Data Center Power Demand to Grow 24% Annually by 2030: McKinseyEN
- 06Hydro-Québec asks regulator to hike energy rates for large data centresEN
- 07Finland orders halt to work on two Google data centresEN
- 08Google ordered to halt work on two data centers in ‘Texas of Europe’EN
- 09EMEA Data Center Expansion Faces a Delivery TestEN
- 10“The Single Most Toxic Issue in the Midterms”: How America Turned on Data CentersEN
- 11Axelera AI: Data Center Inference Performance in the Power Envelope of Embedded SystemsEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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