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Fusion en 2026 : quatre résultats privés, un projet public et beaucoup de chantiers ouverts

Quatre entreprises privées de fusion ont obtenu des résultats matériels mesurables entre février et juillet 2026. En parallèle, le projet public ITER, dans le sud de la France, continue d'absorber une facture de réparation identifiée pour la première fois en 2020, pour un coût estimé à 22 milliards de dollars.

SciencesExpliquéAmélie BernardPublié le: 27 septembre 20266 min de lectureSources 4
Fusion en 2026 : quatre résultats privés, un projet public et beaucoup de chantiers ouverts

La recherche sur l'énergie de fusion a pris deux visages en 2026. Les machines privées ont signé des premières sur des délais courts. Le plus grand réacteur financé sur fonds publics, lui, continue de payer la réparation d'un défaut découvert six ans plus tôt. Tout l'écart est là.

Prenons Helion, l'entreprise d'Everett, dans l'État de Washington. Le 13 février 2026, elle a annoncé que son prototype Polaris de septième génération était la première machine à fusion développée par le privé à démontrer une fusion deutérium-tritium (D-T) mesurable et à atteindre 150 millions de degrés Celsius dans le plasma. Deux premières pour le secteur, selon le communiqué de l'entreprise. Polaris tourne depuis fin 2024 et, en janvier, est devenue la première machine privée à fonctionner au combustible D-T, la seule à ce jour selon Helion. Le chiffre de température compte pour ce qu'il dépasse : le record de 100 millions de degrés Celsius que l'entreprise avait elle-même établi avec son prototype Trenta de sixième génération.

Dans le secteur, 100 millions de degrés Celsius font office de seuil pour une machine commercialement pertinente. Helion dit qu'elle continuera de monter la température de Polaris pour montrer qu'elle peut tourner de façon fiable au deutérium-hélium-3, le combustible qu'elle compte utiliser en exploitation commerciale.

Ce qui a été vérifié, et par qui

Le communiqué de Helion cite des relecteurs extérieurs. Ryan McBride, spécialiste de la fusion par confinement inertiel et des puissances pulsées, ancien chef de département aux Sandia National Laboratories et professeur à l'université du Michigan, déclare avoir examiné les données de diagnostic et juger convaincantes les preuves de fusion D-T et de températures supérieures à 13 keV, soit 150 millions de degrés Celsius. Jean Paul Allain, directeur associé pour les sciences de l'énergie de fusion au Bureau des sciences du département de l'Énergie, estime que les données de Polaris indiquent de nets progrès et que l'arrivée de la fusion sur le réseau exige des approches capables d'enchaîner vite conception et essais.

Helion a aussi indiqué avoir lancé en juillet 2025 la construction d'Orion, sa première machine commerciale, à Malaga, dans l'État de Washington. Elle doit fournir au réseau de l'électricité issue de la fusion pour Microsoft. C'est une annonce de chantier, pas un résultat d'exploitation, et le dossier ne donne aucun chiffre de production pour Orion.

Thea Energy a choisi une autre voie. Le 27 mai 2026, l'entreprise de Kearny, dans le New Jersey, a annoncé un tour de table de série B de 100 millions de dollars mené par US Innovative Technology Fund, avec General Innovation Capital Partners, Linse Capital et une liste plus longue de participants. Thea commercialise le stellarator, une conception à confinement magnétique qu'elle dit avoir simplifiée en déplaçant la complexité de la fabrication mécanique de précision vers des commandes logicielles, grâce à des réseaux d'aimants plans fabricables en série.

L'entreprise affirme avoir construit et exploité le premier réseau d'aimants supraconducteurs au monde capable de produire les champs complexes dont ont besoin les stellarators commerciaux. Elle dit aussi avoir reçu du DOE la certification de son jalon de conception préliminaire Helios, une distinction obtenue pour la première fois. Les fonds levés doivent financer une deuxième usine d'aimants dans le nord du New Jersey, ainsi que le choix du site et la construction d'Eos, un stellarator intégré à grande échelle. Thea choisira le site d'Eos plus tard cette année et doublera son équipe.

Conversion directe, avec les réserves qui s'imposent

Le résultat de Realta Fusion est le plus précisément délimité des quatre. Le 19 juin 2026, avec l'université du Wisconsin-Madison sur le dispositif Wisconsin HTS Axisymmetric Mirror, Realta a démontré la conversion directe de l'énergie cinétique du plasma en électricité. L'entreprise présente cela comme une première pour une société commerciale de fusion avec un plasma de fusion. Le convertisseur remplace le disque central de l'assemblage annulaire de WHAM et ralentit les particules chargées qui sortent du cône de perte du miroir, au moyen d'un potentiel électrostatique.

L'entreprise est claire sur l'échelle : le prototype à un étage, fait de trois grilles maillées, tire plusieurs ampères sous environ 100 volts, de quoi allumer quelques ampoules. Realta dit aussi ce qu'elle n'a pas montré. Il ne s'agit ni d'une démonstration de production nette d'électricité ni d'une conversion à grande échelle de la puissance issue de la fusion, des jalons qu'elle vise sur de futurs dispositifs. WHAM ne fonctionne qu'au deutérium : l'essentiel de l'énergie convertie directement est donc de la puissance d'entrée fournie par l'entreprise, pas de la puissance de fusion.

En suivant la philosophie « d'abord le faire marcher, ensuite le faire bien », c'est maintenant à nous de passer à l'échelle ce que nous avons fait sur WHAM vers des capacités de plusieurs kW, puis de plusieurs MW, sur nos futurs dispositifs.

La prudence s'explique par l'arithmétique. Realta rappelle que dans les centrales deutérium-tritium de première génération, 80 pour cent du rendement arrive sous forme de neutrons de haute énergie et 20 pour cent sous forme de particules alpha chargées. Seule la fraction chargée peut être captée directement ; le reste passe par un cycle thermique. L'entreprise soutient que la conversion directe pourra à terme couvrir le besoin en puissance d'entrée du système, mais c'est un objectif de conception, pas une mesure.

Face à tout cela, il y a ITER. CNET rapportait en mai 2026 que le réacteur thermonucléaire expérimental international, dans le sud de la France, représente un coût estimé à 22 milliards de dollars. Il est conçu pour confiner un plasma à 150 millions de degrés Celsius, dix fois plus chaud que le cœur du Soleil, grâce à des aimants supraconducteurs maintenus à quelques degrés au-dessus du zéro absolu. Des fissures dans la tuyauterie du bouclier thermique ont été découvertes en 2020, en même temps que des déformations de soudure et des perturbations liées à la pandémie. Il en a résulté un retard de plusieurs années et la nécessité de 5 milliards de dollars supplémentaires pour couvrir les réparations.

Laban Coblentz, conseiller stratégique en chef d'ITER, résume la collaboration sans détour : que la Chine et la Russie collaborent avec les États-Unis et l'Europe, plus la Corée, l'Inde et le Japon, relève du génie ou de la folie. Javier Artola, scientifique qui modélise le comportement du plasma d'ITER, rappelle que le projet est financé sur fonds publics et appartient au savoir du monde. Plus de 30 pays sont parties à l'accord ITER, et chaque État membre accède à la science qui en sort.

Le schéma dans les résultats

Lus ensemble, les résultats de 2026 montrent une fusion privée qui avance sur des jalons étroits et vérifiables : une température, un combustible, un tour de financement, un convertisseur qui tire des ampères. Aucun ne produit de l'électricité nette. La campagne D-T de Helion n'est qu'une étape d'un programme d'essais visant un autre combustible. Eos, chez Thea, n'a pas encore de site. Le convertisseur de Realta est un prototype monté sur une machine qui ne brûle pas de combustible de fusion à l'échelle d'une centrale.

ITER, pendant ce temps, fait ce que le privé ne peut pas faire : il construit la chaîne d'approvisionnement partagée et publie la physique qui réduit le risque pour tous les autres, comme le note le reportage de CNET. Chaque problème qu'ITER résout en est un de moins pour une start-up. Le coût se compte en décennies et en milliards, et la facture des réparations est déjà publique.

Le tableau honnête des résultats de la recherche sur la fusion en 2026 est donc celui-ci : du matériel réel, des diagnostics réels, de l'argent réel, et personne qui revendique encore une centrale en état de marche. Les entreprises privées avancent vite parce qu'elles peuvent échouer à moindre frais sur de petites machines. Le projet public avance lentement parce qu'il doit réussir une fois, à l'échelle, devant plus de 30 gouvernements. Les deux sont nécessaires. Ni l'un ni l'autre n'est terminé.

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Sources

4
  1. 01Helion Achieves New Fusion Energy MilestonesEN
  2. 02A look inside ITER, the world's largest fusion energy projectEN
  3. 03Thea Energy Raises $100M Series B Funding to Build Scalable Fusion Power PlantsEN
  4. 04A Fusion First: Realta Demos Direct Energy ConversionEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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