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IA et emploi : les embauches de juniors se resserrent, les données agrégées ne bougent guère

Les preuves que l'IA pèse déjà sur l'emploi global restent minces. Mais une série de travaux publiés ces trois derniers jours pointent tous le même endroit : les embauches de débutants et de jeunes cadres. Le 28 septembre, la gouverneure de la Réserve fédérale Lisa D. Cook a déclaré à Oakland Tech Week que l'IA joue dans les deux sens : elle crée des emplois et en déplace d'autres.

ConjonctureAnalyseDr Hélène FontainePublié le: 29 septembre 20265 min de lectureSources 4
IA et emploi : les embauches de juniors se resserrent, les données agrégées ne bougent guère

Les chiffres les plus récents viennent de jobsdata.ai. Le site résume une étude de Chandar et Klein Teeselink, qui mesure l'adoption de l'IA à partir des offres d'emploi mentionnant l'IA générative. Le jeu de données est énorme : 1,25 milliard d'offres d'emploi et 154 millions de dossiers d'emploi dans 41 pays.

Les juniors ne sont pas licenciés. Chez les entreprises adoptantes, leur part dans l'emploi recule de 1,9 point de pourcentage d'ici mars 2026, soit environ 3,3 % d'une base de référence de 57,1 %. Cette baisse tient surtout à la hausse de 6,7 % de l'emploi des seniors. L'emploi des juniors lui-même varie de moins 2,5 % et n'est pas statistiquement significatif. L'emploi total progresse de 3,3 %. L'étude parle de dilution, pas de déplacement.

Cette distinction compte pour la manière de raconter l'histoire. Elle compte aussi pour savoir quels métiers sont touchés.

La composition des métiers bouge à peine : moins d'un demi-point dans 21 des 22 groupes, selon le même résumé. Seule exception, l'informatique et les mathématiques, le groupe le plus exposé. Là, la part dans l'emploi gagne 0,8 point tandis que la part des juniors en son sein recule de 3,3. Chez les affiliés technologiques, le schéma est plus net : part des juniors en baisse de 3,9 points, emploi des seniors en hausse de 14,6 %, emploi total en hausse de 7,8 %. Deux réserves sont signalées. Il s'agit d'une conception transfrontalière au niveau des entreprises : elle répond donc à ce qui se passe à l'intérieur des sociétés adoptantes, pas sur un marché du travail national. Et junior désigne ici l'ancienneté, pas la tranche des 22 à 25 ans.

Une autre étude constate des pertes de salaire et de placement pour les filières exposées

Une autre étude du même recueil identifie l'exposition à l'IA par domaine d'études. Elle s'appuie sur les dossiers administratifs Census PSEO et LEHD, qui couvrent 6 665 500 diplômés de licence, soit environ 29 % de tous les diplômes de licence décernés aux États-Unis entre 2016 et 2024. Les diplômés du décile de filières les plus exposées à l'IA, surtout l'informatique, les systèmes d'information et les domaines proches du logiciel, avaient 5 points de pourcentage de moins de chances d'être employés au trimestre suivant l'obtention du diplôme et gagnaient environ 13 % de moins. Les deux évolutions commencent immédiatement après ChatGPT.

Pour donner l'échelle, la littérature sur les récessions situe les pertes de revenus initiales liées à l'obtention d'un diplôme en période de ralentissement à 9-10 %. C'est pire, même si le phénomène se concentre sur quelques filières plutôt que sur toute l'économie. Environ la moitié de la baisse tient à des salaires plus faibles dans les mêmes secteurs, l'autre moitié à des diplômés qui se dirigent vers des secteurs moins rémunérateurs. La part de ceux qui entrent dans les services professionnels, scientifiques et techniques a chuté de près de 6 points, celle de l'information de plus de 3, tandis que l'hébergement et la restauration et le commerce de détail ont chacun gagné plus de 2. En comptant ce déplacement, les revenus du décile supérieur ont baissé de 15 %, à des niveaux qu'on n'avait plus vus depuis avant 2016. L'effet s'atténue à environ 5 % au bout de deux ans, et les établissements échantillonnés penchent vers les grands, publics et à forte intensité de recherche.

Le contrepoids vient du now-cast d'aleximas.substack.com, écrit avec Jacob Schaal et reflétant la recherche disponible jusqu'en septembre 2026. Il soutient que l'impact de l'IA sur le marché du travail global est resté constamment modéré, les indicateurs retardés comme le chômage et les licenciements ne montrant guère d'effet. Il concède qu'il existe quelques preuves d'un impact sur les embauches de débutants, mais qualifie ces preuves de mitigées : les données nordiques ne montrent aucune réduction des embauches de débutants et les enquêtes font état d'effets nuls ou même positifs. Il signale aussi un facteur de confusion : les preuves récentes sur le télétravail compliquent les interprétations causales des dispositifs fondés sur l'exposition qui manquent de contrôles des tendances antérieures et du travail à domicile.

La Fed, et les données attendues cette semaine

L'attention politique arrive avant les chiffres. Traders Union a rapporté le 28 septembre que Cook, s'exprimant à Oakland Tech Week, a décrit l'IA comme une technologie à usage général aux implications larges pour la politique monétaire et la stabilité financière. Elle a dit que l'investissement tiré par l'IA peut alimenter des pressions inflationnistes à court terme, raison pour laquelle la banque centrale surveille de près ses effets indirects sur l'inflation. Elle a ajouté que l'adoption peut à la fois créer et déplacer des emplois. À plus long terme, selon elle, l'IA pourrait soutenir une productivité plus forte et un niveau de vie plus élevé, en particulier pour les petites entreprises. La Fed est engagée dans un usage responsable de l'IA dans le secteur financier, a-t-elle déclaré, et elle surveille les effets sur le marché du travail.

Le prochain test est programmé. The Daily Upside note que vendredi paraîtra le rapport sur l'emploi de septembre du Bureau of Labor Statistics, le dernier résumé mensuel de l'emploi avant que la Réserve fédérale ne décide des taux fin octobre. Les chiffres des postes vacants tombent mardi et l'estimation du secteur privé d'ADP mercredi. Le rapport de vendredi devrait faire état de 100 000 emplois créés et d'un taux de chômage de 4,2 %, selon un sondage Reuters auprès d'économistes. Le même article rappelle que le patron d'Anthropic a déclaré l'an dernier que la technologie pourrait supprimer la moitié de tous les postes de cols blancs débutants, puis cite des études qui pointent en sens inverse : l'Institute for Economic Policy Research de Stanford a constaté en juillet que le chômage augmente pour les travailleurs exposés, mais pas plus vite que pour les professions les moins exposées, tandis qu'un rapport de Ramp et Revelio Labs a trouvé que les entreprises qui investissent le plus dans l'IA voient leur effectif croître d'environ 10 % après l'adoption.

Les enquêtes ajoutent une couche, et une couche facile à mal lire. La synthèse de jobsdata.ai couvre une grille de Jacobs et Imas qui note onze interventions, du recyclage et de l'assurance salariale au revenu de base universel et au capital de base universel, selon le bien-être, la liberté d'action, la faisabilité et la durabilité. L'EITC arrive en tête pour la faisabilité à 79,8 mais se situe près du bas pour la durabilité en cas de transformation complète, à 31,9. Le capital de base universel inverse ce classement : premier pour la liberté d'action à 76,3 et à 93,5 pour la durabilité en cas de transformation, avant-dernier pour la faisabilité à 33,1. L'argument des auteurs va contre le choix d'une politique unique dès maintenant, et privilégie une séquence liée à des déclencheurs observables. Une réserve est énoncée clairement : les notes viennent de 51 personas d'agents IA construits sur des données d'enquête de 51 économistes réels, pas des économistes eux-mêmes. Les chiffres de l'enquête sous-jacente sont distincts : 85 % des Américains soutiennent un recyclage financé publiquement, 72 % l'assurance chômage et 54 % le capital de base universel.

Rien de tout cela ne tranche la question. L'affirmation la plus forte que le dossier étaye est étroite : l'IA affecte peut-être déjà la marge d'embauche des postes de cols blancs débutants qui y sont les plus exposés, cette attribution est contestée, et la perturbation agrégée ne s'est pas encore manifestée dans les données. Les prévisionnistes cités dans le now-cast s'attendent à ce que la vague arrive progressivement, avec un taux de participation à la population active américaine qui devrait passer de 62 % à 58 % d'ici 2050 et un taux de sous-emploi des jeunes diplômés qui devrait monter de 41 % à 55 % d'ici 2035.

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Sources

4
  1. 01Has AI impacted the labor market yet?EN
  2. 02Early Signals of AI ImpactEN
  3. 03Federal Reserve flags AI's mixed impact on inflation, jobs and financial stabilityEN
  4. 04What Will Latest Jobs Data Reveal About AI's Effects on Labor Market?EN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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