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Stratégie d'export technologique de la Chine : VE, IA open source et bataille des normes

Les exportations technologiques chinoises ne se limitent plus aux marchandises bon marché. En juin 2026, un chargement record de 5 000 véhicules électriques est arrivé à Melbourne. En parallèle, les modèles d'IA chinois gratuits et les licences open source obligent la Maison-Blanche et la Silicon Valley à s'affronter ouvertement.

MondeAnalyseDr Hélène FontainePublié le: 28 septembre 20266 min de lectureSources 6
Stratégie d'export technologique de la Chine : VE, IA open source et bataille des normes

En juin 2026, un vraquier propulsé au GNL, construit pour l'occasion, a accosté au port de Melbourne pour son premier voyage vers l'Australie. À son bord, le BYD Zhengzhou transportait 5 000 véhicules électriques neufs. C'est le plus gros chargement de VE jamais envoyé en Australie, selon le reportage de RNZ sur cette arrivée.

Ce chargement est un bon repère. L'Australie n'a pas d'industrie automobile nationale et peu de barrières commerciales. L'analyse de RNZ y voit donc un test décisif pour les goûts des consommateurs du monde entier. Ce qu'il révèle, c'est un marché qui penche vite vers les marques chinoises.

Les chiffres de ventes racontent l'histoire

Au premier semestre 2026, toujours selon la même analyse de RNZ, les ventes de tous les grands constructeurs japonais ont reculé en Australie, sauf Honda. Mazda a perdu 17 pour cent sur un an, Toyota 21 pour cent, Subaru et Mitsubishi 25 pour cent chacun, et Nissan 32 pour cent. Les fournisseurs chinois ont pris le chemin inverse : BYD a bondi de 124 pour cent, Chery de 77 pour cent et Geely de 495 pour cent. Tous partent de bases bien plus petites, ce qui gonfle les pourcentages.

Le mois dernier, près d'un quart des voitures vendues en Australie étaient entièrement électriques, contre 7 pour cent un an plus tôt. En ajoutant les hybrides, les VE atteignent désormais le niveau des voitures à essence et diesel. Riz Akhtar, fondateur du groupe de recherche carloop, a déclaré à RNZ qu'il conduisait un VE chinois d'environ 40 000 dollars australiens et qu'un modèle japonais ou européen équivalent coûterait plus de 25 pour cent de plus. « Les consommateurs ne sont pas stupides. Ils ne vont pas dépenser de l'argent dont ils n'ont pas besoin », a-t-il dit.

La pression se voit ailleurs. Le vice-président de Toyota, Koji Sato, a déclaré en mars lors d'une réunion annuelle des fournisseurs que les constructeurs japonais devaient coopérer sur les coûts. « Si rien ne change, nous ne survivrons pas », a-t-il affirmé, selon RNZ. Le patron de Volkswagen, Oliver Blume, a laissé entrevoir jusqu'à 100 000 licenciements. Le cours de VW a été divisé par deux depuis le départ de son prédécesseur il y a quatre ans, ajoute le reportage.

L'open source comme canal d'exportation

Le deuxième front est logiciel. Dans The Conversation, un spécialiste de la Chine et chercheur en open source soutient que Pékin a intégré le développement open source à sa stratégie technologique nationale. Selon lui, les pays qui fixent les normes techniques et juridiques garderont une longueur d'avance pendant des décennies.

L'histoire remonte à Red Flag Linux, développé par un institut logiciel public comme alternative à Microsoft Windows, puis à Kylin, un système d'exploitation créé par une université militaire chinoise pour l'Armée populaire de libération. Après que Washington a placé Huawei sur liste noire, Google lui a retiré l'accès à ses services sous licence. Huawei a donc utilisé le code open source d'Android pour continuer à faire tourner ses téléphones, avant de développer HarmonyOS NEXT et une version open source baptisée OpenHarmony.

Aujourd'hui, le ministère de l'Industrie et des Technologies de l'information soutient des plateformes nationales, dont la fondation OpenAtom, guidée par l'État, et Gitee, une alternative chinoise à GitHub. Les systèmes nationaux comme openKylin et openEuler sont présentés comme un moyen de sécuriser l'infrastructure informatique chinoise. Les travaux sur la norme ouverte de puces RISC-V réduisent, eux, la dépendance à la propriété intellectuelle étrangère en matière de semi-conducteurs.

Les opérateurs télécoms chinois, déjà leaders de la 5G, travaillent avec une alliance internationale pour façonner la 6G, la norme mobile de nouvelle génération.

C'est sur les licences que la stratégie devient contestée. Les grands modèles d'IA chinois, dont Qwen, DeepSeek, Kimi et GLM, sont généralement à poids ouverts plutôt que pleinement open source : le logiciel et les paramètres finaux sont publiés, mais pas les données d'entraînement ni la méthodologie. Certaines licences imposent des conditions supplémentaires. Celle de Kimi K3, de Moonshot, oblige les grands titulaires de licence à afficher bien visiblement le nom du modèle. La licence communautaire de MiniMax M3 énumère des usages interdits par les « lois ou réglementations applicables », sans préciser quelles juridictions s'appliquent.

Les licences bilingues élaborées sous la conduite du gouvernement chinois, la Mulan Permissive Software License version 2.0 et l'OpenAtom Model License version 1.0, donnent aux utilisateurs chinois plus d'accès et aux tribunaux chinois plus de contrôle. Toutes deux sont rédigées en anglais et en chinois, mais la version chinoise prime en cas d'interprétation divergente, surtout dans les juridictions chinoises.

La querelle à la Maison-Blanche

Ces modèles ont atterri à Washington comme une pierre dans l'eau. MIT Technology Review rapportait le 20 juillet que David Sacks, chargé de l'IA et des cryptomonnaies sous Trump jusqu'en mars, avait qualifié les modèles d'Anthropic de « lobotomisés » et de « woke ». Le responsable du Pentagone Emil Michael a traité, lui, le nouveau directeur des futurs stratégiques d'OpenAI de « suprême idiot du village ». Le déclencheur était Kimi, un modèle gratuit de Moonshot qui semblait rivaliser avec les modèles payants d'OpenAI et d'Anthropic.

Sacks soutenait que les modèles chinois sont populaires parce qu'ils imposent moins de restrictions, en laissant de côté la censure d'État qui leur est intégrée. Il a aussi critiqué les entreprises américaines d'IA qui « veulent que le gouvernement élimine leur concurrence open source ». Dean Ball, ancien conseiller IA de Trump aujourd'hui chez OpenAI, a qualifié le nouveau processus d'examen de la Maison-Blanche de « régime de licence de fait pour l'IA de pointe ». Michael a répondu que le gouvernement agirait par « le processus démocratique, pas par je ne sais quel complot de l'État profond ».

The Guardian rapportait le 1er août que la division traverse aussi le secteur. Les fabricants de puces et les entreprises inquiètes de la domination d'OpenAI et d'Anthropic sont favorables aux modèles ouverts. Anthropic et OpenAI, sous pression sur leurs profits, affirment que les modèles chinois présentent des risques de sécurité. Microsoft, Nvidia, Palantir et Meta ont signé une lettre appelant les législateurs à ne pas restreindre les modèles ouverts, et le patron de Nvidia, Jensen Huang, est allé plaider au Capitole. Le secrétaire au Trésor Scott Bessent a suggéré de sanctionner les entreprises chinoises d'IA pour un vol présumé de propriété intellectuelle. Le secrétaire au Commerce Howard Lutnick a reçu, lui, des lettres de fondateurs de start-up lui demandant de ne pas couper l'accès.

Interrogé sur les restrictions de sécurité, Trump a déclaré : « Nous devons faire attention dans les deux sens. Nous ne voulons pas les restreindre alors que d'un coup nous passons deuxièmes derrière la Chine. »

Le jour même, la Federal Communications Commission a interdit les robots humanoïdes venus de Chine, affirmant qu'ils pourraient voler des données, surveiller les citoyens américains et menacer les chaînes d'approvisionnement industrielles. Un rapport de The Information selon lequel la Chine avait lancé la production de masse de puces d'IA spécialisées a effacé 1 000 milliards de dollars de valeur boursière chez d'autres fabricants de puces, selon The Guardian.

Batteries, et le coût d'une rupture

Le troisième front est matériel, et la politique y est plus brutale. Fin août 2026, l'administration Trump a déclaré un état d'urgence national qui interdit de fait les batteries chinoises dans le stockage d'énergie à l'échelle du réseau, rapportait MIT Technology Review le 10 septembre. Le décret interdit l'installation de « tout équipement électrique de système de production en gros fabriqué à l'étranger » présentant un risque pour la sécurité nationale. Il cite nommément les systèmes de stockage par batteries, les onduleurs et les transformateurs.

Les analystes cités par la publication s'attendent à des retards. Shan Tomouk, de Benchmark Mineral Intelligence, a jugé une interdiction pure et simple « un peu surprenante », qui « crée un peu d'inquiétude pour les acteurs nationaux ». L'analyse de BloombergNEF indique que les projets pourraient être bloqués le temps que les promoteurs attendent les orientations du département de l'Énergie, attendues d'ici la fin de l'année. Isshu Kikuma a déclaré qu'au pire les projets pourraient être annulés. Appliqué à la lettre, le décret signifierait retirer la majeure partie du stockage par batteries installé du réseau américain.

La capacité nationale pourrait couvrir la demande vers 2030, même si certaines usines pourraient ne pas monter en régime complètement, repoussant l'offre réelle au-delà de cette date. Les droits de douane sur les batteries sont passés à 25 pour cent en janvier, contre 7,5 pour cent. À partir de 2026, 55 pour cent du coût des matériaux des nouveaux projets de stockage devront venir de l'extérieur de la Chine et des autres pays restreints pour ouvrir droit aux crédits d'impôt.

Rien de tout cela ne se produit isolément. Huawei a ouvert mercredi son procès américain devant le tribunal fédéral de Brooklyn, où le procureur Taylor Stout a lancé aux jurés : « Vol, mensonges, dissimulation. » Le gouvernement accuse Huawei d'avoir volé des secrets commerciaux à cinq entreprises américaines, dont le code source d'un routeur de Cisco et un bras robotisé de T-Mobile. L'avocat de la défense Brian Heberlig a répliqué : « Il s'agit de concurrence, pas de complot. D'innovation, pas de vol. »

Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu'il « s'oppose fermement à la répression et à l'endiguement des entreprises chinoises par les États-Unis ». Le procès devrait durer trois mois.

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Sources

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  1. 01How China won the car wars with cheap EVs loaded with technologyEN
  2. 02China is shaping the future of open-source technology, including AIEN
  3. 03China's AI models have Trump's AI world at war with itselfEN
  4. 04China's tech advances are causing chaos from Silicon Valley to the White HouseEN
  5. 05Can the US battery market untangle from China?EN
  6. 06China's Huawei branded a criminal enterprise as tech firm's US trial opensEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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