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Bosch regroupe ses puces dans une division dédiée, entre coûts de mémoire et limites du réseau

Bosch a annoncé le 3 novembre qu'il transférera son activité de semi-conducteurs dans une division dédiée à partir de janvier 2028. Cette unité vise environ 5 000 000 000 € de ventes annuelles de puces d'ici 2030 et ouvrira ses usines à des clients extérieurs.

TechnologieExpliquéCamille RousseauPublié le: 3 novembre 20267 min de lectureSources 10
Bosch regroupe ses puces dans une division dédiée, entre coûts de mémoire et limites du réseau

Bosch a annoncé la restructuration le 3 novembre, selon The Next Web. L'unité s'appellera Semiconductors et restera au sein de Bosch plutôt que de devenir une société séparée. L'activité puces se trouve aujourd'hui dans Mobility Electronics, qui continue de fabriquer des calculateurs électroniques pour véhicules.

L'objectif de 5 000 000 000 € pour 2030 revient à parier que Bosch saura vendre davantage de silicium hors automobile. L'entreprise prévoit d'ouvrir sa production à des clients externes et de développer son activité de fonderie, en fabriquant des puces pour d'autres firmes. Bosch cite la robotique, l'automatisation industrielle et les centres de données d'IA parmi les marchés visés, ainsi que les appareils grand public comme les téléphones et les objets connectés.

« Avec la création d'une unité dédiée, nous ouvrons un nouveau chapitre de notre histoire dans les semi-conducteurs, qui compte plus de 60 ans », a déclaré Erik Rein, qui dirige l'activité puces de Bosch, dans l'annonce reprise par The Next Web. Markus Heyn, vice-président du conseil d'administration de Bosch, a affirmé que les capteurs de l'entreprise sont « la clé » de ses produits et « la base technologique » des innovations de ses clients.

Ce que Bosch fabrique réellement

Bosch est un fournisseur de premier plan de capteurs MEMS, ces mini-capteurs de mouvement et de pression utilisés dans les smartphones et les robots. L'entreprise produit aussi des puces en carbure de silicium et des circuits sur mesure pour les systèmes de puissance. Son appareil industriel couvre environ 40 sites de puces dans le monde, rapporte The Next Web. Bosch a investi environ 3 000 000 000 € dans des usines de wafers à Dresde et Reutlingen. Il dépense environ 2 000 000 000 $ pour convertir le site de Roseville, en Californie, à la production de carbure de silicium. L'entreprise prévoit aussi d'agrandir son centre de test de Penang, en Malaisie, jusqu'au milieu des années 2030. Elle détient 10 % d'ESMC, la coentreprise menée par TSMC qui construit une usine à Dresde.

Rien de tout cela ne constitue une capacité nouvelle au sens classique : le discours porte sur des composants spécialisés et l'accès à une fonderie, pas sur de la logique standard.

Le calendrier n'est pas fortuit. Les constructeurs automobiles européens ont passé une partie de l'automne à gérer des pénuries pendant le conflit Nexperia, qui a montré combien l'industrie dépend d'un petit nombre de fournisseurs. Proposer de la capacité à des tiers pourrait aider à diversifier l'approvisionnement européen en puces. Cela donnerait aussi à Bosch de nouveaux acheteurs pour sa propre technologie.

La pression sur la mémoire derrière l'offensive fonderie

L'initiative de Bosch arrive sur un marché où le composant rare est la mémoire, pas les capteurs automobiles. John Ternus, directeur général d'Apple, a déclaré lundi aux analystes que les prix de la mémoire sont « sans précédent », selon The Guardian. Il a indiqué que les coûts du trimestre de décembre seraient supérieurs à ceux des trois mois précédents. L'action Apple a perdu 2,75 % dans les échanges après clôture.

Les chiffres sont éloquents. Les stocks d'Apple sont passés de 11 090 000 000 $ au troisième trimestre de son exercice à 14 540 000 000 $ au quatrième, soit une hausse de 31,1 %. Cela représente 154,3 % de plus que les 5 720 000 000 $ d'un an plus tôt, rapporte TechCrunch en citant les résultats publiés lundi. Apple anticipe une marge brute de 45 % à 46 % pour le trimestre de décembre, contre 47,9 % au trimestre de septembre, en grande partie à cause des coûts de mémoire. Ternus a précisé que les engagements d'achat de fabrication avaient augmenté de 33 000 000 000 $ entre juin et le trimestre de septembre. Apple a relevé ses prix sur les Mac et les iPad fin juin, puis sur les iPhone en septembre, ce qui compense en partie le coût selon l'entreprise. Le chiffre d'affaires iPad de 6 200 000 000 $ est inférieur aux 6 700 000 000 $ attendus par les analystes et recule de 10 % sur un an, ce qu'Apple attribue à des contraintes d'approvisionnement.

« Le réseau électrique est le plus difficile à corriger, car le problème est structurel : il faut cinq à quinze ans pour construire de nouvelles infrastructures, contre un à trois ans pour un centre de données », a déclaré Martina Raveni, analyste senior chez GlobalData, à Data Center Knowledge.

L'offre ne se détendra pas de sitôt. La revue de la semaine de Semiconductor Engineering, publiée le 30 octobre, rapporte que SK hynix s'attend à ce que les contraintes sur la mémoire persistent jusqu'en 2030. Les volumes de DRAM et de HBM sont pratiquement vendus jusqu'en 2029. Samsung anticipe une offre tendue jusqu'en 2028 et affirme que sa production de HBM pour 2027 est déjà vendue. Le packaging avancé est lui aussi sous tension : TSMC envisagerait une hausse de prix de 20 % pour le CoWoS.

Prix du marché noir et contournement chez Huawei

La pénurie a une zone grise en Chine. Huawei demande à certains clients de se procurer eux-mêmes la mémoire pour ses puces d'IA, selon The Information cité par The Decoder. Les acheteurs sont ainsi poussés vers le marché noir. Huawei prévoit de lancer l'Ascend 960DT au début de l'année prochaine et affirme qu'il doublera les performances des puces actuelles. Mais les fournisseurs chinois ne produisent pas assez de HBM, et les règles américaines bloquent les achats directs auprès de Samsung et SK hynix, qui contrôlent ensemble plus de 80 % du marché mondial.

Des passeurs regroupent des HBM avec des processeurs serveur bon marché qui passent sous les seuils d'exportation et expédient les colis via Hong Kong, rapporte Tom's Hardware le 3 novembre, citant à nouveau The Information. Dans des ateliers de Shenzhen, des techniciens chauffent les cartes pour ramollir la soudure et détachent les puces de mémoire, jetant le reste. Le taux d'échec est élevé, mais les marges justifient l'opération.

Un courtier de Shenzhen a confié à The Information, relayé par The Decoder, que les prix des HBM3E de contrebande étaient passés de quelques centaines de dollars à environ 4 000 $ l'unité en un an. Chaque puce d'IA en nécessite six à huit, si bien que la mémoire seule peut coûter jusqu'à 32 000 $. Les douanes sud-coréennes avaient déjà découvert des infractions commerciales en mai, au-delà du record de l'année précédente entière. Un tiers concernaient des biens stratégiques comme les puces.

L'électricité, pas seulement les wafers, fixe le rythme

Même là où les puces s'achètent, les centres de données attendent l'électricité. Les projets lancés entre le troisième trimestre 2025 et le troisième trimestre 2026 ont attendu en moyenne un peu plus de deux ans après leur annonce. C'est à comparer aux quelque 18 mois des projets démarrés entre début 2020 et mi-2025, selon les chiffres de GlobalData rapportés par Data Center Knowledge le 3 novembre.

Luis Fernandes, responsable de recherche senior chez IDC pour le cloud et les centres de données, a déclaré à Data Center Knowledge que l'accès au réseau est « de loin la première cause de retard des projets ». GlobalData prévoit que la consommation électrique annuelle des centres de données passera de 590 térawattheures en 2025 à 1 520 TWh en 2030. Dans les grands pôles européens, les développeurs peuvent attendre jusqu'à dix ans pour un raccordement, selon Raveni. Les pénuries de main-d'œuvre qualifiée repoussent certains calendriers d'environ un an.

Cela change la finalité de l'extension des usines. L'offre de fonderie de Bosch cible la robotique, l'automatisation et les centres de données d'IA. Mais ces clients sont eux-mêmes limités par les raccordements au réseau et les allocations de mémoire. La capacité annoncée aujourd'hui pourrait ne pas trouver d'acheteur au prix espéré par Bosch avant que les goulets d'étranglement ne se dégagent.

La voie alternative de la Chine

La Chine tente de contourner le mur de la mémoire avec une autre architecture de DRAM. CXMT prévoit d'envoyer à ses clients des échantillons de sa première DRAM pour serveurs conçue selon le schéma 4F² avant la fin de l'année. C'est ce qui ressort d'un résumé de sa présentation de résultats publié samedi et rapporté par le South China Morning Post le 2 novembre. Aucun calendrier de production de masse n'a été donné ; l'entreprise indique que le lancement commercial dépendra de la validation par les clients et de la demande du marché.

L'approche 4F² est celle que Micron a choisi d'écarter, note le SCMP. CXMT se place ainsi sur une voie technique distincte, sous la pression des coûts et des exportations. Par ailleurs, Reuters a rapporté via Semiconductor Engineering que CXMT prévoit une production limitée de HBM3E malgré des rendements de seulement 20 % à 30 %. Anthropic a averti dans son dossier d'introduction en Bourse que les pénuries de HBM et la capacité limitée de TSMC pourraient freiner l'expansion de l'IA.

Les liaisons optiques sont l'autre réponse aux systèmes à l'étroit. Marvell a accepté d'acquérir Lumentum dans une opération entièrement en actions, pour une valeur d'entreprise implicite de 115 000 000 000 $, rapporte EE Times le 3 novembre. L'opération combine le silicium sur mesure, le réseautage et l'interconnexion de Marvell avec les lasers, les émetteurs-récepteurs et la commutation optique de Lumentum. La clôture est attendue au premier semestre 2028, sous réserve des approbations des actionnaires et des autorités, selon Semiconductor Engineering.

Matt Murphy, directeur général de Marvell, a déclaré que l'infrastructure d'IA s'oriente vers la connectivité optique, dans des propos rapportés par EE Times. Michael Hurlston, directeur général de Lumentum, a chiffré l'opportunité à « 550 000 000 000 $ ». Des analystes cités par Reuters via EE Times se demandent si Marvell ne paie pas trop cher. C'est la réaction habituelle à tout pari de 115 000 000 000 $ entièrement en actions.

Pour Bosch, le contraste compte. Sa nouvelle division vend des capteurs, des puces de puissance et des créneaux de fonderie, pas de la mémoire ni de l'optique. L'objectif de 5 000 000 000 € pour 2030 dépend de l'arrivée à temps de clients hors automobile. Ces clients font face à des contraintes fermes : l'allocation de DRAM, les raccordements électriques et, en Chine, la volonté des acheteurs de se fournir par des canaux informels.

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Sources

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  1. 01Bosch gives chips their own division, eyeing €5bn in sales by 2030EN
  2. 02Apple warns of 'unprecedented' rise in memory chip pricesEN
  3. 03Apple's inventory surges 154% as memory chip costs climbEN
  4. 04AI chip smugglers exploit trade control loophole to bring banned HBM from South Korea into ChinaEN
  5. 05Huawei tells customers to find their own AI chip memory, effectively outsourcing procurement to the black marketEN
  6. 06Chip Industry Week In ReviewEN
  7. 07AI's Expansion Hits the Limits of Local PowerEN
  8. 08Marvell Snaps Photonics Chipmaker Lumentum to Bolster AI ConnectivityEN
  9. 09China's CXMT defends bet on risky new DRAM architecture to circumvent US chip curbsEN
  10. 10Chip Industry Technical Paper Roundup: Nov. 3EN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Camille Rousseau

Camille Rousseau

IA, modèles et technologies

Camille Rousseau suit les technologies, l’IA et les modèles ainsi que les médias et l’internet pour FLASH24, en partant des dépôts de modèles, des publications techniques et des données publiques, sans reprendre les annonces sans vérification. Elle contrôle les chiffres d’entraînement et de coût en remontant aux jeux de données, aux versions de modèles et aux méthodes de mesure. Elle interroge des chercheurs et des équipes produit, compare les résultats entre modèles et attend les mises à jour de calendrier des principaux fournisseurs. Son intérêt pour l’impression 3D, les vieux ordinateurs et la façon dont les modèles apprennent rejoint directement son travail sur l’IA et les technologies. Elle ne publie pas de chiffres sans source ni de comparaison sans protocole reproductible.

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