L'électrification fera baisser la demande d'énergie, mais l'industrie européenne encaisse le choc en premier
Selon une analyse de Hannah Ritchie publiée le 29 septembre, l'électrification réduira la demande mondiale d'énergie après la transition. En attendant, le pétrole, le gaz et le diesel chers continuent d'étouffer l'industrie et les ménages européens.

L'électrification fait baisser la demande finale mondiale d'énergie, même si la demande d'électricité augmente. C'est ce qu'écrit Hannah Ritchie le 29 septembre, en reprenant les chiffres du professeur d'Oxford Nick Eyre. Son modèle situe la demande finale totale à 247 exajoules dans un système post-transition, contre 416 EJ aujourd'hui, tandis que l'électricité passe de 110 EJ à 189 EJ.
Voilà pour la bonne nouvelle. La mauvaise, c'est que la transition traverse un choc des prix de l'énergie qui reconfigure l'industrie européenne avant même que les gains d'efficacité n'arrivent.
Ritchie reconnaît les limites de son exercice : elle ne compte aucun gain d'efficacité au-delà de l'électrification et du passage à l'hydrogène, ne modélise pas la hausse de la consommation à mesure que les pays se développent, et traite tous les secteurs non électrifiés comme fonctionnant à l'hydrogène. Les voitures et les camionnettes relèvent du cas facile. Une voiture électrique convertit environ 80 % de son énergie en mouvement, contre 20 % pour une voiture à essence : voilà pourquoi la demande post-transition pour les voitures et camionnettes tombe à environ un quart de celle d'aujourd'hui. Les procédés industriels à haute température sont le cas difficile, et Ritchie admet qu'on ne sait pas les électrifier avec la technologie actuelle.
Pétrole, diesel et le coût du choc
L'environnement des prix est à l'opposé de ce qu'exigerait une transition fluide. Dans un texte publié le 29 septembre dans The Conversation, deux économistes de l'énergie et du commerce retracent le pic : le brut américain au principal hub des États-Unis valait 66 dollars le baril fin février 2026, avant l'attaque des États-Unis et d'Israël contre l'Iran, puis 101 dollars le baril le 13 avril, après le blocage de fait du détroit d'Ormuz. Les auteurs rappellent que l'offre déplace les prix selon le modèle offre-demande de base, et que lorsqu'une source importante est coupée sans avertissement, les prix montent brutalement en peu de temps.
La destination de cet argent dépend de qui possède le pétrole. En Arabie saoudite, l'État possède et contrôle presque toute la production : les prix élevés profitent donc surtout aux finances publiques et aux dépenses de l'État. Dans le bassin permien, le plus grand gisement pétrolier américain, la hausse des prix mondiaux procure ce que les auteurs appellent un gain exceptionnel. Les prix montent plus vite que les coûts, du moins à court terme, et l'argent va en grande partie aux actionnaires, via les dividendes, la réduction de la dette, les rachats d'actions et le réinvestissement.
L'Europe importe ce choc. Les titres rassemblés autour du dossier évoquent des prix du diesel au Royaume-Uni à un niveau record, un Rhin sous le seuil de navigation, INEOS à l'arrêt sur la dernière usine d'acétyles de taille mondiale en Europe, et QatarEnergy qui prolonge la force majeure sur ses livraisons de GNL. Ce sont des éléments de contexte, pas des faits attribuables ici à un rapport daté, mais ils décrivent la même pression que celle modélisée par les auteurs de The Conversation.
Emplois, demande et revirement politique
L'emploi dans les énergies propres aux États-Unis a reculé pour la première fois depuis la pandémie, rapporte Electrek le 28 septembre, citant l'analyse par E2 des données du département de l'Énergie. Le secteur a perdu 36 949 emplois en 2025, mettant fin à quatre années consécutives de croissance et effaçant près de 40 % des gains de 2024. L'emploi est tombé à 3,52 million. Les pertes ont touché 35 États ; la Californie a supprimé près de 21 000 emplois, le plus grand nombre de tous les États, tandis que la Floride en a gagné environ 3 800.
E2 relie ce recul aux revirements de la politique fédérale sous l'administration Trump et le Congrès à majorité républicaine, ainsi qu'aux annulations de projets qui ont suivi. Son outil de suivi a recensé 142 projets de fabrication, de production et de stockage d'énergie propre annulés ou réduits en 2025. L'ensemble du secteur énergétique américain a perdu environ 86 000 emplois : l'énergie propre représente donc près de 43 % de la baisse, tout en restant la première composante de la main-d'œuvre. Les compagnies pétrolières et gazières emploient 958 000 personnes, le charbon 125 000 et le nucléaire 70 000, selon les mêmes données du DOE.
Les chiffres d'E2 sont des résultats préliminaires. Son rapport complet Clean Jobs America 2026 est attendu en octobre.
La demande de calcul face à une offre contrainte
Les centres de données sont la nouvelle charge du système, et les provinces comme les États se les disputent. CBC News rapporte le 29 septembre que le gouvernement de Terre-Neuve-et-Labrador a été approché par des entreprises au sujet de centres de données pour l'IA. Le ministre de l'Énergie et des Mines, Lloyd Parrott, avait déclaré lors d'une session spéciale de la mi-septembre sur l'accord de Churchill Falls que la province avait la porte « ouverte aux affaires ». Un porte-parole du ministère, Brodie Thomas, a écrit à CBC par courriel que le gouvernement ne peut pas commenter des promoteurs ou des projets précis, et que les centres de données peuvent être envisagés lorsque les propositions s'alignent sur les objectifs politiques et apportent des bénéfices clairs.
Paris Marx, auteur de Hyperscale, a déclaré à CBC que les produits d'IA demandent énormément de calcul et que les entreprises technologiques ont découvert qu'il leur en fallait bien plus pour les faire tourner. Meta et Bell ont annoncé cette année des milliards de dollars pour des centres de données en Alberta, en Ontario et en Saskatchewan, rapporte CBC.
Les fabricants de puces vendent l'efficacité comme réponse. Efficient Computer a annoncé le 29 septembre avoir levé 97 M$ en série B, menée par TQ Ventures. Son PDG, Brandon Lucia, soutient que la performance ne peut plus se faire au détriment de l'efficacité et que les accélérateurs d'IA à fonction fixe échangent la programmabilité contre la vitesse. Son texte cite la loi d'Amdahl : si 10 % d'un calcul ne peut pas être accéléré, le bénéfice maximal est de 10x, aussi bon soit l'accélérateur.
Deux autres sources éclairent la même tension depuis l'extérieur du marché. Un billet du blog this.os.isfine.org daté du 29 septembre soutient que la crise de l'industrie du jeu vidéo occidentale est structurelle et non cyclique, et que l'IA y joue un rôle accessoire comme concurrent et source d'incertitude. Un essai distinct sur monroelab.com, également daté du 29 septembre, soutient que l'industrie technologique est en déclin tardif. Les deux sont des textes d'opinion, pas des données, et se lisent comme des arguments plutôt que comme des preuves.
Infrastructures et réseau
Les gouvernements construisent quand même la plomberie. Light Reading rapporte le 29 septembre qu'Orange Business a été choisi comme partenaire réseau de confiance pour TESTA-EIRIS, l'infrastructure renforcée de l'UE pour une interconnexion et une sécurité fiables. Orange fournira un réseau dorsal de couche 2 / couche 3 reliant les institutions, organes, agences et administrations nationales de l'UE sur au moins 12 points de présence dans cinq régions européennes. L'opérateur indique que la conception vise une disponibilité de 99,999 % et qu'il travaillera avec la DG DIGIT de la Commission européenne.
L'argument d'efficacité n'est pas nouveau. La chronologie photovoltaïque de l'Energy Information Administration américaine note que les premières cellules PV convertissaient moins de 1 % de l'énergie rayonnante en électricité, tandis que certaines cellules atteignent aujourd'hui un taux de conversion de 40 %. Sustainable Energy Without the Hot Air de David MacKay, toujours en ligne sur withouthotair.com, tenait en 2008 le même raisonnement fondé d'abord sur les chiffres : commencer par les nombres, pas par les adjectifs.
Voilà la forme du problème. L'électrification fait baisser la demande totale d'énergie au final, et les chiffres de l'analyse de Ritchie sont grands : de 416 EJ à 247 EJ. Mais la transition se déroule alors que le pétrole dépasse 100 dollars le baril dans un épisode daté, que l'emploi américain dans les énergies propres recule et que les centres de données ajoutent de la charge à des réseaux que l'industrie européenne a déjà du mal à payer.
Sources
10- 01Electrification is efficiency: The world will need less energy after the transitionEN
- 02When oil prices spike, where does the money go?EN
- 03US clean energy jobs fell for the first time since the pandemicEN
- 04AI data centres in N.L.? The door is 'open for business,' says energy ministerEN
- 05Solving computing's energy problem with Efficient Computer's $97M Series BEN
- 06Orange Business to provide European Union's backbone network for trusted data exchangeEN
- 07Photovoltaic timeline - Energy Kids: U.S. Energy Information AdministrationEN
- 08Sustainable energy without the hot airEN
- 09The Video Game Industries Dark NightEN
- 10The Tech Industry: An AutopsyEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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