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L'AI Act entre en vigueur, le fossé de financement européen se creuse

Les obligations de l'AI Act pour les modèles d'IA à usage général s'appliquent à partir du 2 août. La Commission européenne promet ses règles définitives en juillet. Pour les dirigeants du secteur, ces textes comptent moins que le fossé de financement : les startups européennes ont levé environ 52 milliards de dollars l'an dernier, contre 209 milliards aux États-Unis.

MondeAnalyseDr Hélène FontainePublié le: 27 septembre 20266 min de lectureSources 2
L'AI Act entre en vigueur, le fossé de financement européen se creuse

Les règles centrales de l'AI Act pour les modèles d'IA à usage général s'appliquent à partir du 2 août, rapporte The Next Web. La Commission européenne finalisera ses orientations en juillet. Le Parlement européen adoptera ensuite sa position sur les normes. Ce calendrier suscite des réserves. Selon The Next Web, le Premier ministre suédois Ulf Kristersson, le PDG de Bosch Stefan Hartung et le groupe de lobbying CCIA Europe, qui compte Alphabet, Meta et Apple parmi ses membres, ont multiplié les appels à reporter le déploiement.

Eoghan O'Neill, haut responsable des politiques au bureau de l'IA de la Commission européenne, a défendu cette approche le 20 juin à la conférence TNW d'Amsterdam. « C'est une technologie vaste et sophistiquée, et nous voulons bien faire les choses », a-t-il déclaré. « Il nous faut des obligations précises pour encadrer les modèles les plus impactants ou potentiellement nuisibles au titre de l'AI Act. »

Qui a rédigé les règles

O'Neill a indiqué que les lignes directrices venaient d'un large groupe de code de bonnes pratiques. On y trouvait de grands fournisseurs de modèles, des organisations de la société civile, des ONG, des universitaires, des experts en sécurité de l'IA, des PME et des géants industriels européens. « C'est une grande tente avec toutes ces voix de la communauté des parties prenantes », a-t-il dit, selon The Next Web.

Ce récit s'accorde mal avec la campagne de report. La Commission soutient que le processus a été délibérément large, non précipité, et que les obligations visent les modèles les plus capables plutôt que tout le secteur. Reste à savoir si cet argument résistera à la position du Parlement à l'automne. Le bureau de l'IA a fixé une séquence : finaliser en juillet, puis laisser les députés prendre position. Tant que ces deux étapes ne sont pas franchies, les entreprises qui vendent des modèles à usage général dans le bloc travaillent sur une cible mouvante.

Le problème de financement derrière les règles

Fabrizio Del Maffeo, PDG de la société néerlandaise de puces Axelera AI, a déclaré à la même conférence que la réglementation n'est qu'une partie du problème. « L'Europe n'est pas les États-Unis », a-t-il dit. « Nous avons beaucoup de langues, beaucoup de marchés et beaucoup de réglementations, tant européennes que locales. Et celles-ci étouffent la croissance parce qu'elles créent des frontières, ce qui rend difficile l'expansion des entreprises. »

Del Maffeo a indiqué que sa société avait signé la pétition pour EU Inc. Cette proposition vise à créer une entité juridique standardisée pour les startups, qui faciliterait l'activité dans plusieurs États membres. L'idée s'inscrirait dans le 28e régime du bloc, un cadre juridique paneuropéen destiné à aider les startups à se développer dans toute l'union. Dans un discours au forum économique de Davos en janvier, la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a déclaré que les règles combineraient « le droit des sociétés, l'insolvabilité, le droit du travail [et] la fiscalité » dans « un cadre unique et simple ».

Les chiffres que cite Del Maffeo sont frappants. The Next Web rapporte que l'Europe ne représente que 8 % des scaleups mondiales, contre 60 % en Amérique du Nord, et qu'aucune startup fondée dans l'UE au cours des 50 dernières années n'a dépassé une valorisation de 100 milliards d'euros. Les startups européennes ont levé environ 52 milliards de dollars (44 milliards d'euros) en capital-risque l'an dernier. Leurs homologues américaines en ont attiré 209 milliards de dollars (177 milliards d'euros).

« Si l'on regarde les constructeurs de machines, nous sommes leaders mondiaux », a déclaré Del Maffeo. « Dans l'automobile, nous sommes excellents, mais nous perdons du terrain. En robotique, nous faisons bien, mais nous perdons aussi du terrain. » Le propos n'est pas que l'Europe ne sait pas construire. C'est qu'elle peine à passer à l'échelle ce qu'elle construit. Le capital, pas seulement la politique, est l'ingrédient manquant.

Ce que signifie le fossé d'investissement

Peter van der Putten, directeur de l'AI Lab et scientifique principal chez l'éditeur de logiciels Pegasystems, a avancé un argument similaire. Il a dit que l'UE devait devenir plus attractive pour les investissements nationaux et internationaux. Il a suggéré d'ajuster les réglementations pour faciliter l'afflux de capitaux quittant les États-Unis vers l'Europe. « L'investissement pourrait venir de l'UE, mais aussi des États-Unis », a-t-il dit.

Elise de Reus, cofondatrice de Cradle, a pointé un autre levier : les talents. Elle a dit qu'un nombre croissant d'ingénieurs européens revenaient d'emplois dans les Big Tech aux États-Unis, attirés par un travail porteur de sens et une meilleure qualité de vie. « Nous accueillons des ingénieurs européens qui travaillaient dans des Big Tech comme Facebook aux États-Unis pour qu'ils reviennent contribuer à résoudre des problèmes sociétaux et mondiaux tels que le changement climatique », a-t-elle déclaré.

Elle a aussi rejeté l'idée de copier le modèle américain. « Nous sommes peut-être aussi un peu trop modestes », a-t-elle dit. « Nous devrions mesurer le bonheur, pas le PIB, qui n'est pas un indicateur durable. Je ne pense pas que nous devrions copier-coller le système américain. »

Cet argument sera mis à l'épreuve à mesure que les règles de l'AI Act pour l'usage général entrent en vigueur. Si Bruxelles peut montrer que les obligations sont applicables et ciblées, elle pourra peut-être faire taire le lobby du report. Si les coûts de conformité pèsent le plus lourd sur les petits fournisseurs européens de modèles tandis que les laboratoires américains les absorbent, le reproche selon lequel la réglementation est un handicap concurrentiel se fera plus fort. Dans un cas comme dans l'autre, le fossé de financement est le problème le plus difficile. Des règles peuvent être réécrites en une législature. Un marché du capital-risque d'environ un quart de la taille de celui des États-Unis prend plus de temps à corriger.

« Au niveau du leadership, la rareté est plus prononcée parce que l'expérience ne se crée pas du jour au lendemain. » Neeti Sharma, PDG de TeamLease Digital, a déclaré à Rest of World, dans un rapport distinct sur les recrutements liés à l'IA en Asie.

Cette course aux recrutements mérite d'être suivie depuis Bruxelles. Rest of World rapportait le 11 septembre qu'OpenAI et Anthropic débauchent des cadres supérieurs de Google, Microsoft et Amazon pour bâtir des équipes en Inde et à Singapour, vendre des produits et renforcer les liens avec les responsables politiques. La vice-présidente de Meta pour l'Inde et l'Asie du Sud-Est, Sandhya Devanathan, est partie après une décennie pour rejoindre OpenAI comme vice-présidente pour l'Asie du Sud-Est et l'Australie. C'est au moins la neuvième recrue d'un géant américain de l'IA en provenance d'une big tech américaine en Asie au cours de l'année écoulée.

Les compétences que ces entreprises recherchent sont la politique et l'accès au marché, pas seulement la recherche sur les modèles. Deepali Vyas, responsable mondiale de la recherche de cadres en données et IA chez ZRG Partners, a déclaré à Rest of World que les entreprises entrant sur de nouveaux marchés ont besoin de dirigeants centrés sur les partenariats, la politique et le développement commercial. « Une fois qu'une entreprise décide qu'une région est un marché de croissance stratégique, on commence à chercher des cadres capables d'opérer comme des mini-PDG », a-t-elle dit.

L'Europe connaît la même pénurie de personnes capables de diriger une opération à l'échelle d'un pays dans un marché réglementé. Elle a aussi un recueil de règles qui deviendra bientôt applicable. Le pari de la Commission est que des obligations claires bâtiront la confiance et, à terme, l'investissement. L'argument inverse, entendu à Amsterdam et dans chaque salle de conseil de startup européenne, est que le capital et les talents bougent plus vite que la législation. L'Europe a moins de marge que les États-Unis pour se tromper dans l'équilibre.

Pour l'instant, la question immédiate est plus étroite : les orientations de juillet et la position d'automne du Parlement arriveront-elles dans les délais, et sont-elles assez précises pour permettre aux fournisseurs de modèles de planifier ? La Commission dit vouloir bien faire les choses. L'industrie dit vouloir savoir ce que cela signifie, avant le 2 août.

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Sources

2
  1. 01'Europe is not the US': Tech insiders call for smarter AI rulesEN
  2. 02The AI talent war is coming for Big Tech's Asia executivesEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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