Emploi et IA : les juniors se raréfient dans le jeu vidéo, les métiers des data centers s'arrachent
Le marché du travail se coupe en deux sous l'effet de l'IA. Dans le jeu vidéo turc, les postes juniors reculent et les jeunes diplômés trouvent moins facilement un premier emploi. À l'inverse, les chantiers de data centers attirent soudeurs, tuyauteurs et électriciens vers des salaires à six chiffres.

Les employeurs américains ont supprimé 23 000 postes en juillet, a annoncé le Bureau of Labor Statistics le 7 août. C'est le premier recul mensuel depuis février, et le chiffre est très loin des attentes des analystes. Mai et juin ont été révisés à la baisse, à 63 000 et 20 000 créations. Le taux de chômage est descendu à 4,1 %, et le taux de participation à la population active a chuté à 61,4 %, son plus bas niveau depuis février 2021.
Un chiffre de ce rapport compte plus que le titre. Le salaire horaire moyen a augmenté de 2 cents pour atteindre 37,62 dollars, soit 3,2 % sur douze mois, contre une inflation de 3,5 % sur un an en juin.
Nicole Bachaud, économiste du travail chez ZipRecruiter, a déclaré à USA TODAY qu'avec des opportunités rares, davantage de travailleurs quittent purement et simplement le marché du travail. Kory Kantenga, responsable de l'économie pour les Amériques chez LinkedIn, a été plus direct : l'embauche hors santé n'a presque aucun élan, et ce n'est pas un marché du travail qui réaccélère.
Une enquête distincte de Windows Central, publiée le 12 août et s'appuyant sur une investigation de Rest of World, décrit un problème plus étroit dans le développement de jeux. La Turquie a compté plus de 800 studios à son apogée et faisait tourner une filière pour débutants : diplôme, candidature, embauche, ascension. Un développeur interrogé par Rest of World est passé d'un grand studio sortant environ un jeu par semaine à la création de sa propre structure. Avec Claude Code, il a constaté qu'il lui fallait deux employés pour une production comparable. Les grands studios turcs hésitent désormais à embaucher des développeurs sans expérience, selon cette enquête. Un directeur d'université sur place conseille même aux étudiants de ne plus compter sur la voie junior classique.
Le bas de l'échelle bouge
Le même article note que Xbox a annoncé en juillet sa plus grande réduction d'effectifs, avec 3 200 postes supprimés sur 2026 et 2027, et que Double Fine Productions a licencié 23 personnes après être devenu indépendant. Les outils qui permettent à une personne de faire le travail d'une équipe sont les mêmes que Microsoft déploie sur Windows et Xbox. Microsoft a affirmé que l'IA ne sert pas à remplacer les salariés de Xbox licenciés le plus récemment. La conclusion de l'article lui-même est que l'IA abaisse la barrière pour faire un jeu mais ne garantit en rien que quelqu'un y joue.
CNBC rapportait le 25 septembre que les diplômés de l'enseignement supérieur âgés de 22 à 27 ans affichaient un taux de chômage de 5,7 % en juin 2026, selon la Federal Reserve Bank of New York, soit un point de pourcentage de plus que deux ans plus tôt pour ce groupe. Le taux pour l'ensemble des jeunes actifs était de 7,2 %. Le sous-emploi, c'est-à-dire les diplômés occupant des emplois qui ne demandent pas de licence, atteignait 42 % chez les jeunes diplômés récents contre 33,7 % pour l'ensemble des diplômés du supérieur.
L'embauche elle-même s'automatise. Une recherche de LinkedIn citée par CNBC a montré que 66 % des recruteurs prévoyaient au début de 2026 de recourir davantage à l'IA pour les entretiens de présélection. Dans le même temps, 81 % des candidats disaient avoir utilisé ou prévoir d'utiliser l'IA dans leur recherche. Michela DiLorenzo, étudiante et rédactrice à Seton Hall qui a couvert le moral des campus en matière de carrière, a déclaré à CNBC que l'IA modifie la motivation des étudiants, le processus d'embauche et la façon dont les gens rédigent leur CV.
Les preuves sur la question de savoir si l'IA détruit réellement l'emploi débutant ne sont pas tranchées. La Fed de New York a constaté un ralentissement général de l'embauche, mais pas concentré sur les postes débutants les plus exposés à l'IA. Elle écrit que si l'IA peut contribuer aux évolutions récentes du marché du travail, elle n'est pas le moteur principal du ralentissement des embauches. Ses enquêtes auprès des employeurs montrent que les entreprises comptent surtout absorber l'IA par la formation, avec des effets limités sur l'embauche.
« Les employeurs demandent de plus en plus aux diplômés d'être prêts pour l'IA, alors qu'une part importante des étudiants se demande si l'IA mérite une place dans leur travail », a déclaré Shawn VanDerziel, président-directeur général de la NACE, dans la publication de recherche citée par CNBC.
Les chiffres de la NACE montrent l'écart. Les compétences en IA apparaissaient dans 16,5 % des offres d'emploi au printemps, contre 10,5 % l'automne précédent, et 28 % des employeurs déclarent vouloir des talents en début de carrière capables d'utiliser l'IA. Dans l'enquête étudiante 2026 de la NACE, près d'un tiers des futurs diplômés ont déclaré que les compétences en IA auraient peu ou pas d'importance pour leur carrière future, et plus de la moitié ont dit ne pas les acquérir ni utiliser l'IA dans leur recherche d'emploi. Handshake, qui a travaillé avec OpenAI sur des outils technologiques pour étudiants, indique que les diplômés de 2026 ont mentionné des compétences en IA sur leur CV deux fois plus souvent que la promotion de 2022, et que 74 % de ces mentions renvoyaient à de vrais projets plutôt qu'à des cours.
Où l'embauche a lieu
Les métiers manuels liés à l'infrastructure de l'IA sont le contre-exemple le plus net au récit du remplacement. CNBC rapportait le 26 septembre que soudeurs, plombiers, techniciens CVC et électriciens sont très demandés pour les chantiers de data centers, même si beaucoup de postes de construction sont temporaires.
Maria Flynn, de Jobs for the Future, a déclaré à CNBC qu'un technicien de niveau apprenti peut rapporter 40 000 à 60 000 dollars, les électriciens expérimentés dépassant 100 000 dollars. Nicole Bachaud, de ZipRecruiter, a indiqué que le salaire minimum moyen des emplois en data center a augmenté de 125,1 % sur un an pour atteindre près de 208 000 dollars, ce qu'elle attribue aux postes d'ingénierie spécialisés qui tirent la moyenne vers le haut. Les annonces pour soudeurs et tuyauteurs sont en hausse de 164 % sur un an.
Justin Sinkovich, du Columbia College Chicago, a cité la Louisiane. Amazon s'y est engagé à hauteur de 12 milliards de dollars pour un data center avec 540 emplois sur site, dont 1 700 électriciens, techniciens et agents de sécurité, et le projet Hyperion de Meta vaut 27 milliards de dollars. Une recherche de Cushman & Wakefield citée par CNBC estime que chaque 100 MW de nouveaux data centers crée près de 1 300 emplois locaux, environ 110 millions de dollars de salaires annuels et 187 millions de dollars de produit régional brut.
L'opinion publique va dans l'autre sens. Gallup a constaté que 70 % des Américains s'opposent à un data center dans leur zone locale, un sondage New York Times/Siena ce mois-ci a trouvé environ deux tiers d'opposants tous partis confondus, et un sondage du Texas Politics Project situe l'opposition à 57 % des électeurs dans leur propre communauté. Data Center Watch recense au moins 75 projets d'environ 130 milliards de dollars bloqués ou retardés cette année, et le gouverneur du Texas Greg Abbott a émis un moratoire sur les autorisations de raccordement au réseau pour les data centers.
La vue de plus long terme est encore moins tranchée. Andrew Marritt a soutenu sur son Substack le 5 août que le marché du travail fonctionne par relations plutôt que par les prix, citant l'article de Mark Granovetter de 1973 sur les liens faibles et le prix Nobel 2010 attribué à Peter Diamond, Dale Mortensen et Christopher Pissarides pour leurs travaux sur la recherche et l'appariement. Si c'est exact, alors un marché où moins de juniors sont embauchés est aussi un marché où moins de gens tissent les liens faibles qui transportent l'information sur le prochain emploi.
Sources
5- 01US economy loses 23,000 jobs in July as labor market weakensEN
- 02Turkey's AI dilemma, the impact on entry level jobs for game developmentEN
- 03How recent grads and college students should be thinking about AI, the CV, and the job marketEN
- 04The blue-collar AI job market is booming. Will data center backlash make it go bust?EN
- 05The Labour Market Is a Network, Not an AuctionEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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