Les prix de l'énergie poussent Playmobil à arrêter sa production allemande
Le groupe Horst Brandstätter arrête la fabrication des figurines Playmobil à Dietenhofen, en Bavière, et supprime environ 350 emplois. L'entreprise invoque les prix élevés de l'énergie comme facteur décisif.

La production des figurines en plastique sera regroupée sur les sites existants à Malte et en Tchéquie, rapporte Brussels Signal le 24 juin 2026. La dernière équipe a terminé cette semaine. Les salariés restants sont en congé payé jusqu'à l'arrêt officiel, à la fin du mois de juin.
L'entreprise invoque la forte hausse des coûts de production en Allemagne. Elle cite explicitement les prix élevés de l'énergie, mais aussi la hausse des salaires et des charges annexes.
Les fonctions administratives et logistiques resteront en Allemagne. La fabrication des figurines Playmobil se fera désormais entièrement hors du pays qui les a créées. Longtemps vendu comme un produit fier de son origine allemande, Playmobil rejoint une liste croissante d'entreprises qui délocalisent pour réduire leurs coûts.
La fermeture porte sur peu de postes, mais son poids symbolique est important. Dietenhofen était spécialisée dans la fabrication de ces jouets, et environ 350 emplois sont concernés sur le site. La direction a clairement indiqué que l'environnement de coûts en Allemagne était devenu intenable pour le moulage par injection de plastique, une activité gourmande en main-d'œuvre. L'entreprise subissait aussi depuis plusieurs années un recul de ses ventes et des tensions financières. La facture énergétique est donc tombée sur une activité déjà fragilisée.
Pourquoi la facture d'électricité allemande compte
Les prix de l'électricité des ménages allemands restent parmi les plus élevés au monde. Ils sont actuellement les cinquièmes plus chers de la planète et les deuxièmes plus élevés parmi les grandes nations industrielles, selon Brussels Signal. Les procédés énergivores sont particulièrement exposés depuis la crise énergétique de 2022, malgré les dispositifs d'aide partiels mis en place par le gouvernement.
La sortie rapide du nucléaire et du charbon, sans alternatives suffisantes pour la charge de base, combinée à la bureaucratie et aux pressions salariales, accélère ce que certains économistes appellent une désindustrialisation rampante. La décision de Playmobil s'inscrit dans ce cadre, un cadre sans cesse redessiné.
Les syndicats qualifient ce transfert de « catastrophe » pour la région. Les organisations patronales y voient le dernier exemple en date d'une entreprise de taille moyenne autrefois florissante, contrainte de se délocaliser.
Cette fermeture intervient alors que l'industrie allemande multiplie les avertissements sur les problèmes structurels de compétitivité. Les géants allemands de l'automobile font face à une crise qui s'aggrave tandis que leurs rivaux mondiaux prennent l'avantage. Volkswagen veut réduire de moitié sa gamme de modèles et baisser sa production de 10 pour cent. Porsche annonce jusqu'à 4 000 suppressions de postes supplémentaires sous la pression du secteur. Volkswagen prévoit aussi de doubler ses coupes d'emplois à 100 000 et de fermer quatre usines allemandes, selon la couverture de Brussels Signal.
Le tableau européen
Playmobil n'est pas un cas isolé. INEOS a mis à l'arrêt la dernière usine d'acétyles de dimension mondiale en Europe, les prix de l'énergie atteignant 12 fois le niveau américain, a déclaré le groupe INEOS le 22 septembre 2026, selon un titre récent. Il s'agit d'une usine chimique, pas d'une fabrique de jouets, et l'écart cité est frappant.
Bruxelles a averti les capitales qu'elles devaient s'attaquer à la crise énergétique sous peine de voir l'extrême droite arriver au pouvoir, rapporte le Financial Times le 25 septembre 2026. L'UE a prévenu que les restrictions américaines sur les exportations de diesel pourraient aggraver les pressions sur les prix de l'énergie en Europe, selon un rapport du 24 septembre 2026. Les pays de l'UE ont soutenu des modifications du marché du carbone pour limiter les flambées de prix, ont indiqué des diplomates, dans un rapport Reuters daté du 23 septembre 2026.
Ces titres relèvent du contexte plutôt que de faits que cet article peut vérifier de manière indépendante. Ils dessinent le climat politique et de marché dans lequel les entreprises prennent leurs décisions d'implantation.
Les ménages se sont eux aussi adaptés. Les ventes de pompes à chaleur résidentielles ont progressé de 17 pour cent sur un an dans 11 pays européens au premier trimestre 2026. La France, l'Allemagne et la Pologne affichent une croissance moyenne de 25 pour cent, après la forte hausse des prix du gaz et du pétrole consécutive à la fermeture du détroit d'Ormuz par l'Iran en mars, indique l'Association européenne des pompes à chaleur, citée par pv magazine le 4 mai 2026. Au total, environ 575 000 pompes à chaleur résidentielles ont été vendues dans ces 11 pays de janvier à mars 2026, contre 494 000 sur la même période en 2025.
La moyenne globale a été tirée vers le bas par l'Autriche, où les ventes ont chuté de 30 pour cent faute de subventions publiques. Le directeur général de l'EHPA, Paul Kenny, a déclaré : « Si votre service de streaming doublait son prix puis bloquait ses films, vous en trouveriez un meilleur. » Il a ajouté que « les consommateurs ont compris que les pompes à chaleur sont la solution quand le gaz et le pétrole sont erratiques en prix et en approvisionnement ». Selon lui, la Commission européenne a esquissé des mesures pour soutenir l'adoption des pompes à chaleur dans son plan de crise énergétique, notamment des réductions de TVA et d'impôts et des dispositifs de location sociale pour les ménages modestes. Il appelle les gouvernements de l'UE à les mettre en œuvre rapidement.
Où vont les électrons
L'autre versant de la facture énergétique européenne, c'est la croissance de la demande. Les centres de données en sont le nouveau client le plus visible. Les prix du plus grand marché de gros de l'électricité aux États-Unis, PJM Interconnection, ont augmenté de 75,5 pour cent sur un an au premier trimestre 2026. Ils sont passés de 77,78 dollars le mégawattheure au cours des trois premiers mois de 2025 à 136,53 dollars sur la même période cette année, selon Monitoring Analytics, le surveillant officiel du marché de l'Interconnection, cité par The Register le 15 mai 2026.
PJM couvre tout ou partie de 13 États et le district de Columbia, dont la Virginie du Nord, qui abrite le plus dense ensemble de centres de données au monde. Monitoring Analytics identifie la croissance de la charge des centres de données comme le principal moteur des conditions récentes du marché de la capacité et de la hausse des prix au sein de PJM.
« La croissance de la charge des centres de données est la principale raison des conditions récentes et attendues du marché de la capacité, notamment la croissance totale de la charge prévue, l'équilibre tendu entre l'offre et la demande, et les prix élevés », lit-on dans le rapport. « Sans la croissance des centres de données, réelle comme prévue, le marché de la capacité n'aurait pas connu les mêmes conditions d'offre et de demande tendues. »
Le gendarme du marché avertit aussi que l'impact des prix sur les clients a été très important et qu'il est irréversible. Il sera encore plus lourd à court terme si les problèmes liés à la charge des centres de données ne sont pas traités en temps utile. Il indique que l'offre actuelle de capacité au sein de PJM ne suffit pas à couvrir la demande des grands centres de données et ne suffira pas dans un avenir prévisible.
Monitoring Analytics soutient que la structure d'enchère de secours actuellement proposée transférerait largement un risque important vers d'autres clients de PJM. C'est une tentation qu'il estime devoir être repoussée. « Les autres clients de PJM, qu'ils soient résidentiels, commerciaux ou industriels, ne devraient pas être traités comme une source gratuite d'assurance, de garantie ou de financement pour les centres de données », poursuit le rapport. « C'est pourtant ce que font la plupart des propositions liées à une enchère de secours. »
La solution privilégiée par le groupe est l'autoproduction. Les centres de données devraient être tenus d'apporter leur propre production nouvelle, avec des options de raccordement accéléré pour ceux qui le font. Sinon, une file d'attente ne les connecterait que lorsqu'il existe une capacité suffisante pour les desservir.
PJM a déclaré à The Register être pleinement conscient de l'impact de la hausse des coûts de l'électricité sur ses clients. « PJM travaille avec les États et les entreprises membres pour traiter ces impacts sur les consommateurs sur plusieurs fronts, notamment en prolongeant les plafonds de marché mis en place depuis l'enchère 2025/2026, en autorisant plusieurs projets d'extension du réseau désormais en développement et en réformant les règles du marché de gros de l'électricité », a indiqué l'Interconnection. Monitoring Analytics n'a pas répondu aux questions.
Les Américains sont de plus en plus hostiles aux nouveaux projets de centres de données portés par le boom de l'IA. Selon The Register, 71 pour cent des personnes interrogées par un sondage Gallup se déclarent opposées aux projets de centres de données dans leur voisinage. Des projets dans plusieurs États ont été abandonnés récemment face à la résistance des riverains. Beaucoup s'inquiètent non seulement de la hausse des prix de l'électricité, du bruit et de la laideur des installations, mais aussi des atteintes à l'environnement.
La couche logicielle
L'énergie n'est pas le seul domaine où l'industrie technologique européenne conteste un récit qu'elle juge déformé. Beaucoup craignent que les modèles d'IA puissent anéantir l'humanité. Face à ces craintes, les grands dirigeants technologiques et experts en cybersécurité européens répondent de plus en plus fort : ignorez le battage médiatique et attaquez-vous au travail de fond pour sécuriser le monde numérique, rapporte POLITICO le 24 septembre 2026.
James Wise, associé chez Balderton Capital et président du fonds souverain britannique pour l'IA, dit du récit actuel : « Malheureusement, on est passé au niveau Terminator arrive. » Il ajoute : « Je ne pense pas du tout que le Terminator arrive. »
Alexandru Voica, responsable des politiques chez Synthesia, une entreprise britannique d'IA, déclare : « Nous devrions passer plus de temps à faire fonctionner à grande échelle les règles et les normes que nous avons, et moins de temps à nous focaliser sur les craintes de risques théoriques ou sur les articles de la bulle des déclinistes de l'IA de la Silicon Valley. » Marcus Hutchins, chercheur en cybermenaces et ancien pirate informatique surtout connu pour avoir stoppé l'attaque par rançongiciel WannaCry en 2017, estime que le discours décliniste est très contre-productif. Il invoque une fatigue face aux catastrophes qui empêche de prendre les mesures essentielles, comme les mises à jour de sécurité qui pourraient réellement aider.
Vincent Strubel, qui dirige l'agence française de cybersécurité ANSSI, a écrit récemment sur LinkedIn que l'IA crée des risques importants et d'immenses possibilités. Gérer ces risques et saisir ces possibilités exigera beaucoup de travail sérieux dans un délai très contraint. « Ce qui n'est pas nécessaire, en revanche, c'est de déclencher une nouvelle panique toutes les deux semaines, parce qu'on n'accomplit généralement pas grand-chose en courant dans tous les sens, en agitant les bras ou en hurlant à l'apocalypse cyber », écrit-il.
En Bavière, la version concrète de tout cela, c'est une usine qui a fabriqué des figurines pendant des décennies et qui se tait. La facture d'énergie n'était pas obligée d'être le facteur décisif. Elle l'a été.
Sources
4- 01High energy prices force Playmobil to end production in GermanyEN
- 02Datacenters slurping juice help drive 75% jump in PJM power pricesEN
- 03Heat pump sales rise 17% across Europe in Q1 as energy prices surgeEN
- 04Don't believe the doomers: Europe's tech industry slams AI panicEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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