Des pirates s'attaquent aux frigos des supermarchés en Europe, la Commission coordonne la réponse
La Commission européenne a réuni mardi 3 novembre une task force interinstitutionnelle de l'UE avec l'ENISA et Europol. Elle est passée à l'action après que des pirates ont fait monter la température des réfrigérateurs et congélateurs jusqu'à 50C dans des magasins de sept pays européens.

Certaines unités ont atteint 50C (122F). Des enseignes en Belgique, en Estonie, en Finlande, en Irlande, au Luxembourg, aux Pays-Bas et en Suède ont signalé des problèmes de froid lundi.
Les clients ont trouvé des rayons réfrigérés vides et des marchandises jetées. Les distributeurs doivent régler un problème à la fois matériel et numérique : les équipements de froid mis en ligne doivent désormais être sécurisés ou remplacés. Personne n'a revendiqué les attaques publiquement, et le nombre total de magasins touchés en Europe reste flou.
Ahold Delhaize a indiqué que des dizaines de ses magasins avaient connu un incident de réfrigération lundi et que des denrées avaient dû être jetées. Le géant néerlandais précise que ses magasins fonctionnent à nouveau normalement.
Carrefour a déclaré à la BBC que 15 de ses magasins belges avaient été attaqués. Intermarché a indiqué que 15 de ses 153 magasins belges avaient été touchés, et le groupe Colruyt que cinq de ses magasins Spar en Belgique étaient visés, selon Reuters. Cela représente environ un magasin belge sur dix d'Intermarché.
IKEA a déclaré qu'un incident informatique avait touché les réfrigérateurs et congélateurs de son magasin de Mons, en Belgique, entre dimanche et lundi. L'enseigne inspecte les équipements et produits concernés et vérifie les installations de ses autres magasins belges. L'agence Belga a rapporté que l'attaque belge avait commencé vers minuit dans la nuit de dimanche à lundi. L'installateur frigoriste Sabcobel estime qu'au moins vingt unités ont été touchées. L'agence Belga indique que Delhaize figurait parmi les chaînes belges concernées. ICA, le plus grand distributeur alimentaire suédois, a précisé qu'un nombre limité de magasins étaient touchés, sur des réseaux extérieurs à ses systèmes centraux. Le finlandais Kesko, l'irlandais Supervalu et l'estonien One Selver ont également signalé des perturbations.
Pourquoi un frigo est une affaire de santé
Les pirates ont fait monter la température des congélateurs pilotés en ligne jusqu'à 50 degrés Celsius. Les contenus ont décongelé rapidement, et l'attaque a probablement détruit des marchandises pour des millions de dollars.
C'est un problème de sécurité alimentaire, pas une panne informatique. La British Association of Independent Meat Suppliers, qui compte plus de 300 membres, indique que certains ont été touchés par ricochet mais qu'aucune viande n'a été perdue, les unités étant vides. Une entreprise d'approvisionnement en viande a vu ses enceintes froides monter jusqu'à 100C, tandis que deux autres ont signalé des unités qui commençaient à décongeler. L'association estime que ces incidents montrent que les entreprises alimentaires, à n'importe quel maillon de la chaîne d'approvisionnement, peuvent être des cibles.
La Commission européenne est en contact direct avec les autorités nationales. Elle a réuni la task force avec l'ENISA et Europol mardi matin. La task force comprend l'ENISA, Europol et les services compétents de la Commission.
Comment les intrus sont entrés
L'attaque d'octobre contre les frigos de supermarchés français reposait sur une technologie ancienne connectée à internet avec des mots de passe par défaut. Les pirates ont activé à distance le mode dégivrage intégré des congélateurs, en contournant les réglages de température et de durée, la même méthode qu'en France.
Alex Pearce, directeur général de Langridge Organic à Londres, indique que les pirates ont réglé des unités en dégivrage pendant plus de quatre heures à 150C. Son personnel l'a stoppé en débranchant la connexion internet au mur. Pearce précise que Langridge utilise le même système de contrôle de froid, fabriqué par la société américaine Copeland, que celui impliqué dans les incidents précédents.
Stephan Moelans, directeur général de Sabcobel, estime que des modifications physiques des unités sont nécessaires. Passer à une connexion internet sécurisée est la solution provisoire la plus simple, selon lui. La réparation devient donc physique, et non un correctif logiciel. Sabcobel indique que la plupart de ses clients avaient déjà basculé leurs unités sur une connexion internet sécurisée après l'attaque en France.
Le précédent d'octobre
Des centaines de supermarchés français avaient été visés en octobre lors d'une attaque qui avait provoqué des incendies, des frigos en surchauffe et des denrées gâtées. Le propriétaire d'Intermarché, Les Mousquetaires, avait alors estimé les dégâts à plusieurs millions d'euros.
Intermarché a indiqué que quelques magasins avaient subi des pertes de stock cette semaine. L'enseigne précise que les dégâts n'ont rien de comparable à l'attaque de la mi-octobre.
« L'arme alimentaire est devenue une réalité », a déclaré en octobre Christophe Hansen, commissaire européen à l'Agriculture et à l'Alimentation.
Ce que disent les régulateurs aujourd'hui
Paul Chichester, directeur des opérations du National Cyber Security Centre britannique, indique que l'impact au Royaume-Uni a été minime. Selon lui, les attaques n'étaient pas assistées par l'IA et exploitaient des vulnérabilités présentes depuis longtemps. Le NCSC fait partie du GCHQ, l'agence de renseignement britannique. Chichester précise que le NCSC travaille avec des organisations pour trouver et fermer les failles avant que les pirates ne les exploitent. Le NCSC a publié son rapport annuel mardi.
Richard Horne, directeur général du NCSC, a qualifié les attaques contre les frigos de contreforts d'une cybermenace plus vaste. Horne estime que de nombreuses vulnérabilités pourraient attendre d'être exploitées. Ollie Whitehouse, directeur technique du NCSC, juge qu'il faut pousser les fabricants à rendre les appareils connectés plus sûrs. Whitehouse précise que les appareils domestiques du quotidien connectés à internet seraient vulnérables dans certaines situations. Selon lui, les consommateurs doivent accepter de payer plus cher pour un équipement plus sûr.
Aucune chaîne de supermarchés britannique n'a été directement touchée, selon le Guardian. The Hacker News a rapporté une deuxième vague de cyberattaques contre le froid en Europe, forçant des magasins à retirer des denrées.
Sources
24- 01Food suppliers in UK hit by cyber-attacks after freezers targeted in EuropeEN
- 02Supermarket fridges hit with cyberattacks across Europe: here's what's happeningEN
- 03Supermarket freezers across Europe struck in second crippling cyberattackEN
- 04New Wave of Refrigeration Cyberattacks Hits Supermarkets Across Europe, Forcing Stores to Pull FoodEN
- 05“Hay que cambiar el producto, no a los niños”: la izquierda europea plantea otra forma de regular las redesEN
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