Trump signe un accord sur l'IA « moralement contraignant », Bruxelles applique le sien
Donald Trump a annoncé mardi avoir signé à la Maison-Blanche, avec des dirigeants de la tech, un document sur l'intelligence artificielle « moralement contraignant ». La même semaine, la loi européenne sur l'IA est entrée en phase d'application. Deux recueils de règles concurrents sont donc en vigueur.

Donald Trump a déclaré mardi avoir signé un document sur l'intelligence artificielle « moralement contraignant » avec des dirigeants de la tech, après un déjeuner à la Maison-Blanche. Le récit de l'événement vient de CNBC. À ses côtés, le président de la Chambre Mike Johnson a qualifié le même texte de déclaration de principes « volontaire de la part du secteur ». Deux mots d'écart entre le président et le speaker : toute la politique américaine de l'IA tient dans cet écart.
Trump a indiqué que l'administration envisageait un comité de 10 personnes pour superviser le secteur, et qu'il nommerait un nouveau tsar de l'IA dans les trois à quatre jours. Il a aussi décrit les grands centres de données comme « une très bonne chose ». Les dirigeants de la tech, a-t-il ajouté, rendraient les communautés « très, très heureuses », faute de quoi ils seraient « forcés de partir à l'étranger ».
Deux recueils de règles, un seul secteur
En dehors de la Maison-Blanche, le patron d'Anthropic, Dario Amodei, a déclaré que les règles encadrant les risques de l'IA étaient « encore en discussion ». Lisa Su, d'AMD, s'est dite « très encouragée ». Aucune de ces deux phrases n'est un document de conformité. À Bruxelles, pendant ce temps, la loi européenne sur l'IA est passée en phase d'application. La presse spécialisée a relayé la nouvelle cette semaine, et la liste de titres du dossier la signale, notamment le rapport du 28 septembre de HR Executive sur les contenus RH transfrontaliers et la note d'App Developer Magazine sur les conséquences mondiales pour les fournisseurs américains.
Pour une entreprise qui vend des modèles ou de la capacité cloud en Europe, le problème n'est pas la formulation de l'accord américain. Le problème est que cet accord ne contient aucune formulation qu'un régulateur puisse faire respecter, alors que le texte européen, lui, en contient. Un fournisseur ne peut pas déposer une déclaration « moralement contraignante ». Il peut déposer une évaluation de conformité, un dossier technique, ou rien. Le calendrier n'a rien d'un hasard.
OpenAI a annoncé lundi renoncer à publier son modèle GPT-6.1 Astra. L'entreprise a conclu qu'il « ne répondait pas tout à fait aux critères en matière de périmètre et d'autorisation », selon Saachi Jain, responsable des systèmes de sécurité. Le Wall Street Journal a révélé la décision en premier, CNBC l'a confirmée. OpenAI avait publié le précédent GPT-6 Astra plus tôt en septembre, puis ajouté les paliers GPT-6 Sol et GPT-6 Luna la semaine dernière.
L'autorégulation face à une échéance de dépôt
La réponse de Trump, c'est l'autorégulation. « Il y a une conviction qu'il devrait y avoir une énorme autorégulation », a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant que le ministère de la Justice et le FBI assurent déjà une « régulation ». Ce n'est pas un cadre. C'est un acte de foi, et il se heurte à un régime européen qui demande des documents, pas des convictions.
« Il ne semble pas qu'un client puisse acheter une voiture neuve qui ne le piste pas. » Sarah Elizabeth Gillespie, Northeastern University, dans une étude de Consumer Reports
L'écart d'application est déjà visible sur des marchés voisins. Une étude de la Northeastern University, publiée avec Consumer Reports, a testé 21 véhicules et leurs applications compagnon dans une tente de Faraday, au centre d'essai de CR dans le Connecticut. Les données des conducteurs remontaient vers Amazon, Google, Meta, Microsoft, Pinterest, Snap et Yahoo. Près d'un quart des applications automobiles transmettaient des informations personnelles identifiables, dont des noms, des numéros de série et des localisations précises. L'étude doit paraître cette semaine. Aucun régulateur américain n'a bougé sur ce point, et aucun régulateur européen n'a besoin d'une nouvelle loi pour le faire.
Les marchés de capitaux se comportent comme si la question réglementaire allait se régler par la dépense plutôt que par la règle. Torsten Slok, chef économiste chez Apollo, a publié mardi une note sur ce point. Les analystes sectoriels de Wall Street se contredisent entre eux, écrit-il : les analystes de la tech s'attendent à ce que le flux de trésorerie opérationnel du secteur plus que double, pour atteindre environ 2 400 000 000 000 dollars d'ici 2028, soit une hausse de plus de 1 200 000 000 000 dollars. Les analystes qui couvrent les clients de la tech, eux, prévoient bien moins. « Les deux ne peuvent pas avoir raison en même temps », écrit Slok.
Si les prévisions côté clients sont plus proches de la réalité, le déploiement de l'IA est financé sur une demande qui n'est pas encore contractualisée. Si les prévisions côté tech sont justes, les clients s'apprêtent à dépenser bien plus que ne l'attendent leurs propres analystes. Dans un cas comme dans l'autre, quelqu'un signe un très gros chèque. Personne n'a encore établi quel régulateur regardera au moment de l'encaissement.
La question de l'application à laquelle personne n'a répondu
Les responsables européens ont répété la position de l'UE à plusieurs reprises. Sa cheffe du numérique a ainsi qualifié les garde-fous de l'IA d'« inévitables » pour les États-Unis, dans une déclaration rapportée le 4 septembre. C'est une prédiction politique, pas un mécanisme juridique. Le mécanisme, c'est la loi elle-même. Elle s'applique à tout fournisseur qui met un système sur le marché européen, quel que soit son lieu d'incorporation.
Google teste déjà cette frontière. L'entreprise a contesté les injonctions européennes lui demandant d'ouvrir Android et ses données de recherche aux services d'IA rivaux. Ce bras de fer a été rapporté par chinadailyhk le 28 septembre et par Crypto Briefing le 29 septembre. Le litige porte sur l'accès et l'interopérabilité, pas sur des allégations de sécurité. Il renseigne mieux sur ce que sera réellement l'application que n'importe quel communiqué de sommet.
Le camp américain, lui, avance dans la direction opposée. La Floride a demandé à un tribunal de bloquer le développement de nouveaux modèles par OpenAI, rapporte Politico, et cherche par ailleurs à empêcher ChatGPT de se comporter comme une personne, selon The Verge. Le représentant Khanna a proposé d'interdire l'IA auto-améliorante, selon CNBC. Le sénateur Cruz a bloqué un projet de loi qui aurait donné aux régulateurs 45 jours pour examiner les modèles d'IA avant leur lancement, selon l'article de Pasquale Pillitteri du 29 septembre.
Les États-Unis ont donc un accord volontaire, un comité de 10 personnes à l'état de projet, un tsar de l'IA en attente, au moins deux actions au niveau des États, un projet de loi fédérale bloqué et une interdiction fédérale proposée. L'Europe a un texte entré en application cette semaine. Ces instruments ne sont pas comparables, et les traiter comme un « dialogue » transatlantique flatte le plus faible.
Ce que l'accord ne dit pas
Le rapport de CNBC ne cite aucun passage du document signé par Trump. Il décrit l'événement, les participants et les déclarations faites autour. Amodei, Jensen Huang de Nvidia et Elon Musk de Tesla figuraient parmi les présents. Voilà tout ce que l'on sait publiquement du contenu de l'accord.
Anthropic, de son côté, a déposé une demande d'introduction en Bourse. Ce document avertit que l'IA pourrait menacer l'humanité, selon le Financial Times. Une entreprise qui tient ce discours à des investisseurs cotés tout en signant une déclaration non contraignante à la Maison-Blanche adresse deux messages différents à deux publics différents. Les deux sont officiels.
L'asymétrie d'application a une dimension commerciale. Comcast a annoncé mardi déployer une technologie de détection par fibre optique. Le système analyse les vibrations dans la fibre pour repérer des travaux près des lignes enterrées. Les projets futurs pourraient inclure l'envoi de drones pour inspecter des dommages, du vandalisme ou des incendies. Chris Winfrey, patron de Spectrum, intervenait au SCTE TechExpo. Le déploiement multi-gigabit « ouvre la porte » à des discussions plus poussées avec les grands fournisseurs technologiques mondiaux, a-t-il déclaré, ajoutant que les câblo-opérateurs veulent des produits conçus pour le multi-gigabit sur l'ensemble du territoire américain. Deux paris d'infrastructure, faits sans référence au recueil de règles qui régira les services tournant dessus.
La coentreprise Ultium Cells de GM avec LG Energy Solution a annoncé mardi que son usine de Spring Hill, dans le Tennessee, serait « la première au monde à produire en masse des cellules de batterie prismatiques LMR ». Leur densité énergétique dépasse de 33 % celle des cellules LFP, pour un coût comparable. Les mises à niveau commencent à la fin de cette année, l'achèvement est prévu en 2028, et 500 emplois supplémentaires porteront le site à 1 700. Alibaba, de son côté, est devenu partenaire technologique et cloud officiel et sponsor du patch maillot des Brooklyn Nets, dans le cadre d'un accord pluriannuel annoncé lundi. L'entreprise alimentera un système de ralenti à 360 degrés au Barclays Centre à partir de la saison 2026-27.
Rien de tout cela n'attend Bruxelles. C'est précisément le point. La phase d'application de la loi européenne sur l'IA est désormais le seul recueil de règles contraignant à portée mondiale réellement en fonctionnement. Elle fonctionne pendant que le plus grand marché de l'IA au monde s'appuie sur un document dont les signataires le décrivent de deux façons différentes. Les entreprises se conformeront à la version assortie de sanctions, et qualifieront l'autre de déclaration de principes.
L'écart ne se comblera pas avec un autre déjeuner. Il se comblera le jour où un régime infligera une amende assez lourde à quelqu'un pour passer au journal de 20 heures.
Sources
13- 01Trump says he and tech leaders signed AI agreement that is 'morally binding'EN
- 02OpenAI abandons plan to release upcoming model as safety concerns escalateEN
- 03The Download: climate tech companies to watch and AI's discovery problemEN
- 04GM's new EV battery tech will cut costs without sacrificing performance or rangeEN
- 05Your Car Is Sharing Data With Big Tech Companies, Study FindsEN
- 06Tech's Trillion-Dollar Internal InconsistencyEN
- 07Comcast deploys fiber sensing technologyEN
- 08Multi-gig at scale will help cable engage with Big Tech – Spectrum CEOEN
- 09Alibaba deepens sports tech push with new Brooklyn Nets partnershipEN
- 10Beam sues YolTech and Serapha Bio for allegedly stealing its gene editing techEN
- 11These Tech Workers Made ChatGPT Drive a Toyota CorollaEN
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- 13The Book Your Tech Boss Doesn't Want You to ReadEN
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Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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