Puces et solaire : l'Europe sous pression, ASML n'y vend plus rien
ASML n'a vendu aucun équipement de lithographie en Europe au premier semestre 2026, a déclaré le 25 septembre le vice-président exécutif chargé des affaires publiques de l'entreprise. Les industries européennes grosses consommatrices d'énergie voient leurs coûts grimper et la demande intérieure reculer.

ASML n'a rien vendu en Europe au cours des deux premiers trimestres de cette année. Frank Heemskerk, vice-président exécutif chargé des affaires publiques chez le fabricant néerlandais de machines de lithographie par ultraviolet extrême, l'a dit le 25 septembre lors d'une table ronde à Amsterdam, rapporte Tom's Hardware. Ses mots sont directs : « Nous ne vendons absolument rien en Europe. Parce que l'Europe n'investit pas et parce qu'aucune usine de puces ne se construit en Europe. »
Heemskerk chiffre la part européenne du chiffre d'affaires d'ASML à 0 %, contre 1 % en 2025 et 5 % en 2024. Ces chiffres viennent des présentations aux investisseurs et des rapports trimestriels d'ASML. Pour une entreprise qui fournit toutes les usines de pointe en Asie et aux États-Unis, ce n'est pas une erreur d'arrondi. Sa capitalisation boursière tourne autour de 660 000 000 000 $, ce qui en fait la première entreprise européenne à ce titre. L'argument de la société : l'UE a subventionné pendant des années l'offre, c'est-à-dire les usines elles-mêmes, sans en faire assez pour garantir la demande de puces que ces usines produiraient. « Il n'y a tout simplement pas de demande ici pour ce type de machines hautement spécialisées », a déclaré Heemskerk. « Donc, en plus d'essayer d'attirer les investissements avec du capital du côté de l'offre, nous devrions faire beaucoup plus pour créer la demande. »
La demande, la pièce manquante
ASML discute avec la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen de la possibilité de regrouper et de garantir la demande de puces fabriquées en Europe. L'idée donnerait aux fabricants une raison économique de construire ou d'agrandir sur le continent. Heemskerk cite des domaines comme l'IA industrielle, où l'Europe a encore des opportunités, mais seulement si les acheteurs, les clients des clients d'ASML, s'organisent collectivement. Tom's Hardware note que le tableau n'est pas uniformément sombre. Intel exploite la Fab 34 près de Leixlip en Irlande et a récemment annoncé un investissement de 5 000 000 000 € pour y étendre la production de CPU sur les technologies de procédé Intel 4 et Intel 3. ESMC, soutenue par TSMC, Bosch, Infineon et NXP, construit une usine près de Dresde qui coûtera environ 15 000 000 000 € et produira des puces FinFET de classe 12 nm/16 nm et planaires 22 nm/28 nm pour l'automobile et l'électronique grand public. Ces projets sont réels. Ils restent modestes par rapport à ce que construisent les États-Unis, la Chine et l'Inde. Et sans acheteurs engagés, la prochaine vague d'investissements pourrait ne pas suivre, souligne Heemskerk.
Les prix du solaire évoluent en sens opposés sur deux continents
La même semaine où ASML annonçait zéro vente en Europe, pv magazine a publié le 25 septembre son Chinese PV Industry Brief, qui montre des prix en hausse à la sortie d'usine en Chine. Growatt a annoncé qu'il augmenterait d'environ 5 % à 10 %, à partir du 8 octobre, les prix de ses onduleurs string, de ses onduleurs hybrides et de stockage, de ses armoires de stockage commerciales et industrielles et de ses systèmes de stockage résidentiels. L'entreprise invoque la hausse des coûts des matières premières, la raréfaction de certains composants essentiels et la progression des frais de fabrication. Sungrow avait déjà appliqué des hausses d'environ 5 % à 15 % sur plusieurs catégories d'onduleurs solaires à partir du 20 septembre. Les prix des composants se raffermissent aussi dans les appels d'offres chinois. China South-to-North Water Diversion Group a finalisé cette semaine son achat-cadre de modules pour 2026-27, portant sur 1,3 GW. L'appel d'offres comprend 1 GW de modules TOPCon à un prix moyen attribué d'environ 0,72 CNY (0,10 $) par watt et 300 MW de modules à contact arrière à environ 0,778 CNY/W. Longi, Aiko Solar et GCL System Integration figurent parmi les lauréats du lot BC. L'écart d'environ 0,058 CNY/W confère aux modules BC une prime moyenne d'environ 8,1 % sur les TOPCon dans le même cadre. Aux États-Unis, la direction est la même mais la cause est politique. Anza, société de données sur le solaire et le stockage d'énergie, s'attend à une flambée d'au moins 40 % des prix des modules américains après l'entrée en vigueur des droits de la section 232 le 4 décembre, rapporte pv magazine le 26 septembre. Anza indique que le prix médian des modules importés était de 0,27 $/W avant la proclamation du 7 août et qu'il est désormais de 0,38 $/W pour une livraison après le 4 décembre chez les fournisseurs qui ont révisé leurs tarifs. Au 9 septembre, 55 % des fournisseurs actifs sur sa plateforme affichaient des prix incluant la section 232, couvrant 65 % des modules de la plateforme. Pour les acheteurs européens, les deux histoires vont dans le même sens : les équipements et les composants coûtent plus cher, pas moins. Les hausses chinoises sont attribuées aux coûts des intrants et à la pénurie de composants. La hausse américaine est un droit de douane. Ni l'une ni l'autre ne relève de la demande.
Le capital continue d'avancer, lentement
Le 25 septembre, Tech.eu a rapporté que l'énergéticien nordique Fortum a rejoint Norrsken Evolve comme commanditaire, investissant via sa branche innovation et capital-risque. Cet engagement fait suite à la clôture définitive du fonds pre-seed sursouscrit de 62 000 000 € de Norrsken Evolve cet été. Norrsken Evolve a soutenu plus de 80 entreprises, dont 75 % ont ensuite levé des tours de financement, selon la société.
« L'Europe a les talents et la technologie pour faire tourner son économie à l'électricité propre, et nos fondateurs bâtissent les entreprises qui y parviendront », a déclaré Johan Attby, associé général chez Norrsken Evolve. « Ce que Fortum apporte, c'est la profondeur opérationnelle que les investisseurs financiers ne peuvent pas offrir. »
Fortum fournit une énergie fiable à plus de deux millions de clients, avec des activités principales dans la production d'électricité bas carbone, les services aux clients et le chauffage et le refroidissement. L'investissement accompagne la campagne Electro Union de Norrsken, qui appelle l'UE à s'engager sur 50 % d'électrification de la consommation finale d'énergie d'ici 2040. C'est un objectif, pas une politique, et il est loin des garanties de demande que réclame ASML. Par ailleurs, le département américain de l'Énergie a annoncé le 21 septembre une enveloppe de 99 000 000 $ pour 21 projets géothermiques de nouvelle génération, rapporte CleanTechnica le 26 septembre. Quaise Energy devrait recevoir jusqu'à 25 000 000 $ pour sa vitrine Project Obsidian dans le centre de l'Oregon. Le DOE indique que les données des projets financés seront publiques via son Geothermal Data Repository. Les attributions doivent encore être négociées. Et dans l'Utah, Fervo Energy a produit ses premiers kilowatts à son usine Cape Station dans le comté de Beaver cette semaine, rapporte The Register le 25 septembre. Le premier de trois GeoBlocks de 33 MW a commencé à alimenter le réseau et devrait atteindre l'exploitation commerciale la semaine prochaine, avec 66 MW supplémentaires attendus avant le Nouvel An. Fervo affirme que le site pourrait à terme dépasser quatre gigawatts et travaille à 900 MW de capacité sous contrat. Google figure parmi les bénéficiaires.
Ce qui manque vraiment à l'Europe
Si l'on écarte les spécificités sectorielles, une constante demeure. Le problème de l'Europe n'est pas un manque de capital ou d'idées. C'est un manque d'acheteurs prêts à s'engager à grande échelle, ce que Heemskerk, chez ASML, a dit sans détour. L'UE a subventionné des usines et publié des objectifs d'électrification, mais le côté demande, les clients des clients, n'a pas été organisé. Canary Media a rapporté le 25 septembre que 87 % de la production américaine d'énergie propre s'est faite en zone rurale l'an dernier, selon une analyse du Rural Climate Partnership, et que plus de 60 % des comtés américains imposant des restrictions aux énergies renouvelables sont ruraux. La politique de la construction est difficile partout. La version européenne est plus lente : pas d'usines, pas de commandes, pas de part de revenus. Le 0 % d'ASML est le chiffre à surveiller.
Sources
7- 01ASML says it sold 'absolutely nothing' in Europe in 2026EN
- 02Chinese PV Industry Brief: Growatt raises inverter, battery prices by up to 10%EN
- 03Anza expects at least a 40% spike in U.S. solar module prices after Section 232EN
- 04Fortum backs Norrsken Evolve's €62M fund to accelerate Europe's electrificationEN
- 05The Geothermal Energy Wild Card Is Getting WilderEN
- 06Google-backed energy outfit brings 33 MW of 4 GW geothermal potential online in UtahEN
- 07The challenges and opportunities of clean energy in rural AmericaEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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