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Pour un avocat général de la CJUE, les réponses de Gemini sur l'actualité peuvent violer les droits des éditeurs

Le 3 novembre, l'avocat général de la plus haute juridiction européenne a estimé qu'un agent conversationnel peut violer les droits des éditeurs de presse en récupérant des articles d'actualité en temps réel. L'affaire C-250/25 est la première affaire d'IA générative portée devant la Cour de justice de l'Union européenne.

Médias & internetActualitéSophie LeclercPublié le: 4 novembre 20264 min de lectureSources 19
Pour un avocat général de la CJUE, les réponses de Gemini sur l'actualité peuvent violer les droits des éditeurs

La question préjudicielle vient de Hongrie. Like Company exploite un groupe de portails web. La société a assigné Google devant le tribunal régional de Budapest. Elle soutient que Gemini a reproduit ses articles et les a rendus accessibles au public entre le 13 juin 2023 et le 31 mai 2024.

Le droit de l'Union accorde aux éditeurs de presse un droit voisin du droit d'auteur sur l'utilisation en ligne de leurs publications. La demande repose sur ce droit.

Pour les éditeurs d'actualité, l'avis est le premier mot de la plus haute juridiction d'Europe. Il pose une question : les réponses d'un agent conversationnel comptent-elles comme une utilisation pertinente au regard du droit d'auteur, ou seulement l'entraînement du modèle qui le sous-tend ? Il s'agit d'un avis adressé à la Cour. Celle-ci n'a pas encore statué.

L'avocat général Maciej Szpunar a scindé les quatre questions préjudicielles en deux groupes. Sur la paire relative à l'entraînement, il a invité la Cour à les déclarer irrecevables. Rien ne prouve que les articles de Like Company aient servi à entraîner Gemini. Entraîner un grand modèle de langage ne constitue pas une forme d'« utilisation en ligne » de publications de presse. Les questions devenaient donc hypothétiques. Par acquit de conscience, il a ajouté un point : utiliser des œuvres protégées pour entraîner un modèle est, en règle générale, librement permis au titre de l'exception de fouille de textes et de données prévue par le droit de l'Union.

Sur les réponses, il a pris la direction inverse.

M. Szpunar a estimé qu'un agent conversationnel récupère et réutilise en temps réel des publications de presse en ligne pour produire des réponses aux requêtes des utilisateurs. Ce comportement « peut, dans certaines circonstances, porter atteinte aux droits des éditeurs de presse ». L'avis décrit comment Gemini recourt à la génération augmentée par récupération, ou ancrage, pour collecter des informations sur le web au moment où il répond. Il note que les agents conversationnels extraient souvent des articles de presse lorsqu'on les interroge sur l'actualité. La réponse elle-même peut constituer l'acte contrefaisant.

Aux États-Unis, la plus grande affaire consolidée de droit d'auteur liée à l'IA suit une voie parallèle. In re OpenAI Copyright Infringement Litigation rassemble plus d'une douzaine de procédures. Figurent parmi elles des actions intentées par l'Authors Guild et par des organisations de presse comme le New York Times. La cour a reçu 51 mémoires d'amicus curiae avant la date limite du 30 octobre, rapporte Publishing Perspectives le 3 novembre. Sur ce total, 26 soutiennent les demandeurs, 18 soutiennent OpenAI et huit sont neutres. Une dernière série de mémoires est attendue le 6 novembre. La cour fixera ensuite les plaidoiries devant le juge Sidney H. Stein.

Les deux parties ont déposé des requêtes croisées en jugement sommaire le mois dernier. Elles reprennent des arguments avancés de part et d'autre depuis deux ans. Les demandeurs affirment qu'OpenAI a commis une contrefaçon en copiant des œuvres pour entraîner ses modèles, y compris à partir de sources piratées. Ils ajoutent que ses productions peuvent elles aussi contrefaire. Les avocats d'OpenAI répliquent que la copie aux fins d'entraînement relève de l'usage loyal. Ils soutiennent que les productions ne contrefont pas.

Les objectifs du droit d'auteur sont sapés lorsque l'usage loyal sert à autoriser l'appropriation non rémunérée du travail créatif de milliers, voire de millions, de titulaires de droits, alors que l'octroi de licences est praticable, bénéfique et commercialement raisonnable.

L'Association of American Publishers, le CCC, l'IBPA et STM Publishers ont déposé ce mémoire.

Le ministère de la Justice a déjà choisi son camp. Le 4 septembre, il a déposé une déclaration d'intérêt. Il a invité la cour à juger que l'entraînement sur des œuvres protégées relève de l'usage loyal. En octobre, le juge Stein a écarté une étude des éléments de preuve. Cette étude suggérait que les livres générés par IA se substituaient aux ouvrages écrits par des humains. Les avocats d'OpenAI ont fait valoir que son auteur n'avait pas déclaré un conflit de financement. L'auteur conteste ce conflit. Les demandeurs ne se sont pas opposés à la requête.

Les ayants droit de la musique mènent leurs propres procédures en parallèle.

Des ayants droit de la musique ont assigné Anthropic et Suno au sujet de l'entraînement de leurs modèles musicaux. Les demandes totalisent 338 000 000 de dollars, selon un rapport de SaaS Rise. Les demandeurs incluent la succession d'Elvis Presley, Reservoir Media et Round Hill. Ils allèguent que les entreprises ont utilisé des outils d'extraction automatisée. Ils allèguent aussi qu'elles ont supprimé les métadonnées pour dissimuler l'origine des contenus.

L'affaire Elvis a été déposée le 23 octobre. Elle porte sur 274 compositions de Presley. Elle réclame environ 41 100 000 de dollars de dommages-intérêts statutaires. Elle allègue que le modèle a copié des paroles protégées. Elle allègue également que le modèle a produit des œuvres dérivées à partir des chansons.

Les deux entreprises invoquent la défense de l'usage loyal. Elles affirment qu'elles se défendront contre ces demandes.

OpenAI, Anthropic et Suno soutiennent tous que la copie aux fins d'entraînement relève de l'usage loyal. Ils soutiennent aussi que leurs productions ne contrefont pas. L'avis de l'Union complique cette position pour les productions. C'est du moins vrai lorsqu'un agent conversationnel extrait en temps réel l'article d'un éditeur pour répondre à une question. Rien dans cet avis ne tranche les affaires américaines. La Cour de justice n'a pas indiqué quand elle statuera.

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Sources

19
  1. 01Advocate General Szpunar clarifies when AI chatbots infringe press publishers' rightsEN
  2. 02Copyright Infringement Lawsuit Against OpenAI Draws More than 50 (Very Illuminating) Amicus BriefsEN
  3. 03Anthropic and Suno Face $338 Million in Music Copyright LawsuitsEN
  4. 04Elvis's Ghost Haunts AI: The $41 Million Anthropic Copyright Lawsuit ExplainedEN
  5. 05Anthropic faces $41 million copyright lawsuit over 274 Elvis Presley songs used to train AI modelsEN
  6. 06STAT+: Amid Mass General Brigham layoffs, CEO pens vague letter, stirring staff anxietyEN
  7. 07Aluminum–Air Generators for Data Centres Face a Metal Logistics TestEN
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Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Sophie Leclerc

Sophie Leclerc

IA, modèles et technologies

Sophie Leclerc couvre les technologies, l'IA et les modèles ainsi que les médias et l'internet pour FLASH24, en travaillant à partir des dépôts de code, des articles scientifiques et des documents techniques plutôt que des annonces. Elle vérifie chaque chiffre en remontant aux jeux de données d'origine et en comparant les versions successives des modèles. Elle interroge régulièrement des ingénieurs et des chercheurs, et suit les calendriers de publication des principales conférences du secteur. Son intérêt personnel pour l'auto-hébergement et les réseaux domestiques nourrit directement sa couverture des infrastructures et des modèles ouverts. Elle ne publie pas de performance annoncée sans méthode de mesure vérifiable.

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