IA et marché du travail : embauches faibles, confiance au plus bas et rejet des centres de données
Les employeurs américains ont supprimé 23 000 emplois en juillet, a annoncé le Bureau of Labor Statistics le 7 août. C'est la première baisse mensuelle depuis février, et le chiffre est très inférieur aux attentes des analystes.

Le rapport de juillet, publié le 7 août, révise aussi à la baisse les mois de mai et juin, ramenés à des gains de 63 000 et 20 000. Le taux de chômage recule à 4,1 %, contre 4,2 % en juin. Mais le taux de participation à la population active tombe à 61,4 %, son plus bas niveau depuis février 2021. Nicole Bachaud, économiste du travail chez ZipRecruiter, a déclaré à USA TODAY que les opportunités se raréfient et que davantage de travailleurs quittent purement et simplement le marché.
La santé est le seul secteur à progresser nettement, avec 22 000 postes créés, en dessous de sa moyenne mensuelle de 36 000 sur un an. L'éducation dans les administrations locales a perdu 50 000 emplois. Le commerce de détail en a perdu 19 000 et les activités financières 14 000. Le salaire horaire moyen gagne 2 cents, à 37,62 dollars, soit 3,2 % sur douze mois, moins que la hausse de 3,5 % des prix à la consommation sur un an enregistrée en juin.
Ce chiffre faible de l'emploi salarié tombe sur un marché où l'IA est devenue l'explication par défaut de presque chaque décision d'embauche. Toutes les données ne vont pas dans ce sens.
Deux rapports, deux directions
Le National Employment Report d'ADP, publié le 5 août, indique que les employeurs privés ont ajouté 44 000 emplois en juillet, portés par 36 000 postes dans l'éducation et les services de santé. ADP constate une hausse des embauches dans les activités financières, les services professionnels et aux entreprises, l'information, la construction et l'industrie manufacturière. Elles reculent dans les loisirs et l'hôtellerie, le commerce, le transport et les services publics, ainsi que les ressources naturelles et les mines. Les deux enquêtes ne s'accordent pas sur le signe du mois.
Kory Kantenga, responsable de l'économie pour les Amériques chez LinkedIn, estime qu'en dehors de la santé, « les embauches ont très peu d'élan » et que le marché du travail ne réaccélère pas, malgré les spéculations du début de l'année. Les données de LinkedIn montrent que les candidatures par demandeur d'emploi ont augmenté en juillet. Le nombre de postes disponibles par personne en recherche recule depuis un pic atteint en 2022, précise Kantenga. Il est resté relativement stable sur un an, sans se redresser.
L'Employee Confidence Index de Glassdoor est tombé en juillet à son plus bas niveau historique. La part des salariés déclarant une perspective d'activité positive à six mois a chuté à 43,5 %. L'économiste en chef de Glassdoor, Daniel Zhao, note que même les salariés en poste s'inquiètent de décrocher leur prochain poste, une promotion ou une augmentation : « De toute évidence, les salariés n'ont pas le sentiment que le marché du travail actuel fonctionne pour eux. »
Challenger, Gray & Christmas a rapporté le 6 août que les employeurs américains ont annoncé 33 429 suppressions de postes en juillet, en baisse de 27 % par rapport à juin et au plus bas mensuel depuis deux ans. Les plans de licenciement annoncés reculent de 41 % cette année sur les sept premiers mois de 2025. Pour le cinquième mois consécutif, l'intelligence artificielle arrive en tête des raisons citées par les entreprises, surtout dans la technologie et le transport.
Le même rapport relève que les employeurs ont annoncé vouloir recruter 16 095 personnes en juillet, en hausse de 47 % sur un mois et au plus haut depuis 2022, les intentions d'embauche progressant de 25 % depuis le début de l'année. Andy Challenger, directeur du chiffre d'affaires de la société, explique que la demande apparaît dans l'aérospatiale, l'énergie et l'industrie manufacturière, « un travail qui se fait sur un sol plutôt que sur un écran ».
La pression sur les débutants
L'effet le plus net de l'IA sur les embauches n'apparaît pas dans le chiffre global de l'emploi salarié. Il se situe en bas de l'échelle. Une analyse de Windows Central portant sur des articles de Rest of World décrit la scène turque du jeu mobile, qui a compté plus de 800 studios à son apogée et servait de vivier pour les développeurs juniors. Un développeur interrogé par Rest of World est passé d'un grand studio sortant un jeu par semaine à la création de son propre studio. Avec Claude Code, il a constaté qu'il lui fallait deux employés pour atteindre une productivité comparable. Les postes de débutants disparaissent dans les petits studios, tandis que les plus grands hésitent à recruter des développeurs sans expérience.
Ce schéma apparaît aussi dans les données américaines sur les diplômés. Selon la Federal Reserve Bank of New York, les diplômés de l'enseignement supérieur âgés de 22 à 27 ans affichaient un taux de chômage de 5,7 % en juin 2026, soit un point de pourcentage de plus que deux ans plus tôt. Le taux de chômage de l'ensemble des jeunes travailleurs était de 7,2 %. Le taux de sous-emploi, qui mesure les diplômés occupant des postes ne nécessitant pas de licence, atteignait 42 % pour les jeunes diplômés contre 33,7 % pour l'ensemble des diplômés du supérieur.
L'IA intervient aussi dans le processus de sélection. Une recherche de LinkedIn citée par CNBC a montré que 66 % des recruteurs déclaraient au début de 2026 vouloir recourir davantage à l'IA pour les entretiens de présélection. 81 % des demandeurs d'emploi disaient avoir utilisé ou prévu d'utiliser l'IA dans leur recherche. La Fed de New York invite toutefois à ne pas imputer le ralentissement des embauches à l'IA. Elle écrit que « si l'IA peut contribuer aux évolutions récentes du marché du travail, elle n'en est pas le moteur principal » et que les employeurs comptent surtout adopter l'IA par la formation.
Demande de cols bleus et opposition locale
Une partie de l'économie de l'IA recrute en volume. CNBC rapporte que les soudeurs, tuyauteurs, techniciens CVC et électriciens sont recherchés pour la construction de centres de données. Nicole Bachaud, de ZipRecruiter, chiffre le salaire minimum moyen des emplois en centre de données à près de 208 000 dollars après une hausse de 125,1 % sur un an, et les offres pour soudeurs et tuyauteurs en hausse de 164 % sur un an. Justin Sinkovich, du Columbia College Chicago, cite le centre de données Amazon de 12 milliards de dollars en Louisiane et le projet Hyperion de Meta à 27 milliards de dollars comme des travaux qui ne peuvent pas être délocalisés. Une recherche de Cushman & Wakefield citée dans le même rapport estime que chaque 100 MW de nouveaux centres de données crée près de 1 300 emplois locaux.
L'opinion publique va dans l'autre sens. Gallup constate que 70 % des Américains s'opposent à la construction d'un centre de données dans leur région. Un sondage New York Times/Siena de ce mois trouve environ deux tiers d'opposants dans tous les partis, et un sondage du Texas Politics Project situe l'opposition chez les électeurs à 57 %. Selon Data Center Watch, au moins 75 projets représentant environ 130 milliards de dollars ont été bloqués ou retardés cette année.
L'attention politique suit. Une enquête du Pew Research Center menée auprès de 3 488 adultes américains, du 22 au 28 juin et publiée le 16 septembre, montre que 56 % des démocrates sont plus inquiets qu'enthousiastes face à l'usage croissant de l'IA dans la vie quotidienne, contre environ la moitié des républicains. C'est la première fois que les démocrates sont les plus inquiets. Chez les démocrates, l'inquiétude est passée de 46 % en 2023 à 56 %, et a augmenté de 25 points depuis 2021. Chez les républicains, elle a reculé de 10 points à 49 %. Les démocrates sont aussi désormais plus nombreux que les républicains à anticiper une baisse des emplois à cause de l'IA sur les vingt prochaines années, 75 % contre 68 %.
Rien de tout cela ne tranche la question de savoir si l'IA cause le ralentissement des embauches. La baisse de l'emploi salarié en juillet, la confiance au plus bas historique et les projets de centres de données bloqués décrivent un marché du travail sous pression de plusieurs côtés à la fois. Les enquêtes ne s'accordent pas sur la part qui revient à l'IA.
Sources
5- 01US economy loses 23,000 jobs in July as labor market weakensEN
- 02Xbox cut thousands of jobs, but a bigger threat to game development may be happening lower down the ladderEN
- 03How recent grads and college students should be thinking about AI, the CV, and the job marketEN
- 04The blue-collar AI job market is booming. Will data center backlash make it go bust?EN
- 05Democrats are now more worried than Republicans about AI and its impact on jobsEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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