La poussée technologique chinoise : VE bon marché, IA open source et riposte à l'export
Les ventes de véhicules électriques chinois ont bondi de 124 pour cent chez BYD en Australie au premier semestre. En parallèle, les modèles d'IA chinois à poids ouverts et les chaînes d'approvisionnement de batteries poussent Washington comme Bruxelles à réagir.

La politique technologique de la Chine n'est plus seulement un plan industriel. C'est désormais ce à quoi réagissent les régulateurs américains, les constructeurs européens et les consommateurs australiens.
En juin, un vraquier alimenté au GNL construit pour l'occasion, le BYD Zhengzhou, a accosté au port de Melbourne avec 5 000 véhicules électriques neufs à bord. C'est la plus grande livraison unique de VE jamais envoyée en Australie, selon Ian Verrender, correspondant économique en chef d'ABC News, qui écrit pour RNZ. Cette cargaison est arrivée sur un marché sans industrie automobile nationale et avec peu de barrières douanières. Verrender y voit un test international pour le secteur. Les marques chinoises ont avancé vite. Au premier semestre, les ventes de BYD ont progressé de 124 pour cent, celles de Chery de 77 pour cent et celles de Geely de 495 pour cent. Toyota reculait de 21 pour cent, Mazda de 17 pour cent et Nissan de 32 pour cent. Toutes les progressions chinoises partent d'une base bien plus petite, ce qui gonfle les pourcentages, mais la direction est difficile à contester.
Le mois dernier, près d'un quart des voitures vendues en Australie étaient entièrement électriques, contre 7 pour cent un an plus tôt, selon le même récit.
La politique derrière ces chiffres a été fixée bien avant l'arrivée des navires. La Chine a poussé des fabricants de batteries comme BYD vers l'automobile dès 2000, a injecté argent et incitations dans le projet en 2009, et s'est fixé pour objectif de réduire sa dépendance au pétrole importé tout en assainissant ses villes. Elle a aussi pris le contrôle du raffinage et de la production de lithium, de cobalt, de manganèse et de graphite. Le pays assure aujourd'hui 90 pour cent de la production mondiale de batteries, selon Verrender. La Corée du Sud a choisi la chimie nickel-manganèse-cobalt, plus chère ; la Chine a opté pour le lithium-fer-phosphate, moins coûteux. Le vice-président de Toyota, Koji Sato, a déclaré lors d'une réunion annuelle des fournisseurs en mars : « Si rien ne change, nous ne survivrons pas. »
Le logiciel est le front suivant. Dans The Conversation, un spécialiste de la Chine et chercheur en open source soutient que Pékin a intégré le développement open source à sa stratégie technologique nationale. Selon lui, les pays qui mènent les standards techniques et juridiques garderont un avantage pendant des décennies. Les entreprises chinoises ont utilisé les licences ouvertes comme contournement des sanctions et des contrôles à l'exportation. Après que les États-Unis ont placé Huawei sur liste noire, Google a coupé ses services Android sous licence. Huawei a continué à développer sur le code open source d'Android, puis a livré HarmonyOS NEXT et une version open source appelée OpenHarmony. La fondation OpenAtom, pilotée par l'État, et Gitee, alternative nationale à GitHub, soutiennent désormais cette pile, aux côtés d'openKylin et d'openEuler.
La bataille de l'IA est plus vive encore. Les grands modèles chinois, dont Qwen, DeepSeek, Kimi et GLM, sont généralement à poids ouverts plutôt que totalement open source : les paramètres sont publiés, mais pas les données d'entraînement ni la méthode. La licence de Kimi K3, de Moonshot, impose aux grands preneurs de licence d'afficher le nom du modèle de manière bien visible. La licence communautaire de MiniMax M3 interdit les usages bannis par les « lois ou règlements applicables », sans préciser quelle juridiction s'applique. Les licences bilingues comme Mulan PSL v2 et l'OpenAtom Model License stipulent que le texte chinois prévaut en cas de litige.
MIT Technology Review a rapporté le 20 juillet que la sortie de Kimi a divisé les conseillers IA du président Donald Trump en pleine dispute publique. David Sacks, jusqu'en mars conseiller du président pour l'IA et les cryptomonnaies, a qualifié les modèles d'Anthropic de « lobotomisés » et de « woke ». Il a critiqué les entreprises d'IA qui « veulent que le gouvernement élimine leur concurrence open source ». Le responsable du Pentagone Emil Michael a traité le nouveau patron des futurs stratégiques d'OpenAI de « suprême idiot du village ». Il réagissait à l'ancien conseiller de Trump Dean Ball, qui avait décrit un processus de validation des modèles à la Maison-Blanche comme un « régime de licences de fait pour l'IA de frontière ».
Pékin a répondu à la pression des contrôles à l'exportation devant les tribunaux et dans des déclarations ministérielles. The Guardian a rapporté le 10 septembre que le procès américain de Huawei s'est ouvert devant le tribunal fédéral de Brooklyn. L'avocate du département de la Justice Taylor Stout a déclaré aux jurés : « Vol, mensonges, dissimulation. Pendant 20 ans, voilà comment Huawei, une immense entreprise chinoise de télécommunications, a victimisé des entreprises américaines et abusé du système financier américain. » L'avocat de la défense Brian Heberlig a répliqué que l'affaire portait sur « la concurrence, pas le complot. L'innovation, pas le vol. » Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré que le gouvernement « s'oppose fermement à la répression et à l'endiguement des entreprises chinoises par les États-Unis ».
Les batteries montrent à quel point le découplage sera difficile. MIT Technology Review a rapporté le 10 septembre qu'un décret pris fin août a déclaré l'état d'urgence national et interdit de fait les batteries chinoises dans le stockage à l'échelle du réseau. Les taxes à l'importation sur les batteries sont passées à 25 pour cent en janvier, contre 7,5 pour cent. À partir de 2026, 55 pour cent des coûts de matériaux des nouveaux projets de stockage devront provenir de l'extérieur de la Chine et des autres pays restreints pour ouvrir droit aux crédits d'impôt. L'analyste Shan Tomouk, de Benchmark Mineral Intelligence, a jugé cette interdiction pure et simple « un peu surprenante ». Isshu Kikuma, de BloombergNEF, a estimé que des projets pourraient être retardés ou, « au pire », annulés. Les cellules fabriquées aux États-Unis restent nettement plus chères que les chinoises, et l'offre nationale pourrait ne pas répondre à la demande avant la fin des années 2030.
Sources
5- 01How China won the car wars with cheap EVs loaded with technologyEN
- 02China is shaping the future of open-source technology – including AIEN
- 03China's AI models have Trump's AI world at war with itselfEN
- 04China's Huawei branded a criminal enterprise as tech firm's US trial opensEN
- 05Can the US battery market untangle from China?EN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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