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L'étau énergétique européen : carburants, électricité et choc des prix du solaire

Le prix moyen national de l'essence en Australie a bondi de plus de 10 cents le litre la semaine dernière, à 237,5 c/L, et celui du diesel de plus de 13 cents, à 286,7 c/L, selon l'Australian Institute of Petroleum. Les perturbations de l'approvisionnement mondial en pétrole renchérissent les coûts pour l'industrie et les ménages.

ConjonctureActualitéDr Hélène FontainePublié le: 28 septembre 20266 min de lectureSources 7
L'étau énergétique européen : carburants, électricité et choc des prix du solaire

Cette flambée, rapportée par The Guardian lundi, survient alors que les économistes relient la hausse récente des prix du brut au conflit en cours entre les États-Unis et Israël face à l'Iran, ainsi qu'aux attaques ukrainiennes contre des raffineries russes. La Reserve Bank of Australia devrait relever son taux directeur de 4,25 % à 4,6 % lors de sa réunion de mardi, ce qui serait la quatrième hausse cette année. Shane Oliver, chef économiste chez AMP, avertit que les prix de l'essence pourraient dépasser 2,70 $ le litre. Pour les industriels européens, la pression est familière. La hausse des coûts de carburant se répercute directement sur les budgets de transport, de logistique et de production. Les banques centrales qui envisagent des hausses de taux pour contenir l'inflation n'ont guère de marge pour absorber le choc.

pv magazine a rapporté le 25 septembre que le fabricant chinois d'onduleurs Growatt augmentera d'environ 5 % à 10 % les prix de ses onduleurs string, de ses onduleurs hybrides et de stockage, de ses armoires de stockage commerciales et industrielles et de ses systèmes de stockage résidentiels à partir du 8 octobre. L'entreprise invoque la hausse du coût des matières premières, la tension sur l'approvisionnement de certains composants clés et la progression des frais de fabrication. Cette décision fait suite à celle de Sungrow, qui avait déjà appliqué des hausses d'environ 5 % à 15 % sur plusieurs catégories d'onduleurs solaires à compter du 20 septembre. Ces deux mouvements suggèrent que même la chaîne d'approvisionnement des énergies propres n'échappe pas à la poussée générale des coûts.

Modules solaires et droits de douane de la Section 232

Aux États-Unis, le tableau est encore plus net. Anza, société de données et d'analyse sur le solaire et le stockage d'énergie, s'attend à une flambée d'au moins 40 % des prix des modules solaires américains. En cause, l'entrée en vigueur, le 4 décembre, de droits de douane de 15 % au titre de la Section 232 sur les importations de produits en polysilicium, rapporte pv magazine le 26 septembre. Ces droits, appliqués par le département du Commerce, font suite à la conclusion du secrétaire au Commerce selon laquelle les volumes et les circonstances des importations de polysilicium menacent la sécurité nationale des États-Unis. Anza indique que le prix médian des modules importés était de 0,27 $/W avant la proclamation du 7 août et qu'il atteint désormais 0,38 $/W pour une livraison après le 4 décembre, chez les fournisseurs qui ont revu leurs tarifs, soit une hausse de plus de 40 %. Au 9 septembre, 55 % des fournisseurs actifs sur sa plateforme pratiquaient des prix incluant la Section 232, ce qui couvre 65 % des modules de la plateforme. Sur les devis où Anza peut comparer la même référence et les mêmes conditions contractuelles, les prix ont augmenté d'environ 15 %.

« Les développeurs doivent comprendre ce qui est disponible aujourd'hui, à quel prix et à quelles conditions, et avancer vite sur la stratégie la plus pertinente pour leur projet », a déclaré Aaron Hall, président d'Anza, dans un communiqué. La Solar Energy Industries Association indique que les États-Unis disposent actuellement d'une capacité de fabrication de modules de 75,3 GW, suffisante selon elle pour couvrir la demande actuelle du marché.

En Europe, le tableau est plus contrasté. Tom's Hardware a rapporté le 25 septembre qu'ASML, première capitalisation boursière européenne avec environ 660 milliards de dollars, n'a vendu aucun équipement de lithographie en Europe en 2026. « Nous ne vendons absolument rien en Europe », a déclaré Frank Heemskerk, vice-président exécutif chargé des affaires publiques chez ASML, lors d'une table ronde à De Balie, aux Pays-Bas. « Parce que l'Europe n'investit pas et qu'aucune usine de puces ne s'y construit. C'est vraiment inquiétant. » L'Europe représentait 1 % du chiffre d'affaires d'ASML en 2025, 5 % en 2024, 4 % en 2023 et 2 % en 2022, d'après les présentations aux investisseurs de l'entreprise. Au cours des deux premiers trimestres de 2026, l'Europe a compté pour 0 % du chiffre d'affaires d'ASML, selon ses rapports de résultats. Frank Heemskerk appelle les autorités européennes à aider à agréger et à garantir la demande de puces fabriquées en Europe. Les seules subventions en capital n'ont pas fonctionné, fait-il valoir.

Financement de l'électrification et résistance rurale

De l'argent européen circule encore. Tech.eu a rapporté le 25 septembre que le groupe énergétique nordique Fortum a rejoint Norrsken Evolve comme commanditaire, investissant via sa branche innovation et capital-risque. Cet engagement suit la clôture finale, cet été, du fonds de 62 millions d'euros de Norrsken Evolve, sursouscrit. Norrsken Evolve est un fonds d'amorçage qui a soutenu plus de 80 entreprises à ce jour, dont 75 % ont ensuite levé des tours de financement.

« Le système énergétique de demain se construira par une innovation plus rapide et une collaboration plus étroite entre entrepreneurs, investisseurs et industriels », a déclaré Gustav Eilertsen, vice-président chargé de l'innovation et du capital-risque chez Fortum. « Ce partenariat renforce notre lien avec la prochaine génération d'entreprises qui développent des solutions pour l'électrification, la flexibilité, la décarbonation industrielle et d'autres défis énergétiques critiques. »

L'investissement de Fortum accompagne la campagne plus large de Norrsken pour faire de l'Europe le premier électro-continent du monde, via l'Electro Union, un appel ouvert à ce que l'UE s'engage à porter à 50 % la part de l'électricité dans la consommation finale d'énergie d'ici 2040. Cet objectif reste lointain. Le climat politique autour des énergies propres aux États-Unis montre à quelle vitesse la dynamique peut s'inverser.

Canary Media a rapporté le 24 septembre que Tim Pawlenty, ancien gouverneur républicain du Minnesota élu pour deux mandats, a pris en juin la présidence et la direction générale de la Solar Energy Industries Association. « La situation actuelle est plutôt sombre », a déclaré Tim Pawlenty à propos du poids politique du solaire à Washington, lors d'un entretien sur scène au sommet Climate Week NYC de Canary Media. « Mais rien ne reste figé en politique, et il y a de l'espoir dans ce qui vient. » Tim Pawlenty estime que le secteur devrait défendre des politiques bénéficiant d'un soutien bipartisan durable plutôt que d'alterner au gré des cycles politiques. Il met aussi en avant la sécurité nationale : « L'Iran ne peut pas bloquer le soleil, donc si la sécurité nationale vous importe, comme à moi, j'aime les choses que l'Iran ne peut pas bloquer, ni la Corée du Nord, ni la Chine, ni la Russie, ni tous les autres qui veulent nous nuire. »

Comme Canary Media l'a rapporté le 25 septembre, 87 % de la production américaine d'énergie propre s'est faite en zone rurale l'an dernier, selon une analyse du Rural Climate Partnership. Plus de 60 % des comtés ayant restreint les projets d'énergie renouvelable sont ruraux, d'après une analyse de Daily Yonder et Canary Media fondée sur des données de USA Today et du Sabin Center for Climate Change Law de l'université Columbia. L'administration Trump a sabré le Rural Energy for America Program, alors que le solaire à l'échelle des services publics n'occupe que 0,07 % des terres agricoles américaines.

Côté production, The Register a rapporté le 25 septembre que Fervo Energy, fournisseur de systèmes géothermiques améliorés soutenu par Google, a produit ses premiers kilowatts à son usine de Cape Station, dans le comté de Beaver, dans l'Utah. Le premier de trois GeoBlocks de 33 MW alimente désormais le réseau et devrait atteindre l'exploitation commerciale la semaine prochaine, 66 MW supplémentaires devant être raccordés avant le Nouvel An. Fervo affirme que la centrale pourrait à terme dépasser quatre gigawatts. Ce déploiement compte parce que les centres de données se heurtent aux limites du réseau. Google a aussi accepté d'acheter de l'électricité aux installations géothermiques concurrentes d'Ormat Technologies, et Meta s'est associé à Sage Geosystems en 2024 pour jusqu'à 150 MW. Le centre de réflexion Rhodium estime que la géothermie pourrait couvrir jusqu'à 64 % de la demande des centres de données d'ici la fin de la décennie, même si ces fermes de serveurs pourraient payer une prime de 20 % pour l'obtenir.

Pour l'industrie européenne, le fil conducteur est le coût. Les prix des carburants montent, les modules solaires renchérissent aux États-Unis, et le plus grand fabricant technologique du continent ne vend rien chez lui. L'argent de l'électrification circule encore, mais la demande reste le problème le plus difficile.

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Sources

7
  1. 01Australia news live: fuel prices rise ahead of interest rate decisionEN
  2. 02Chinese PV Industry Brief: Growatt raises inverter, battery prices by up to 10%EN
  3. 03Anza expects at least a 40% spike in U.S. solar module prices after Section 232EN
  4. 04ASML says it sold 'absolutely nothing' in Europe in 2026EN
  5. 05Fortum backs Norrsken Evolve's €62M fund to accelerate Europe's electrificationEN
  6. 06Meet the solar industry's new Republican evangelistEN
  7. 07The challenges and opportunities of clean energy in rural AmericaEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Dr Hélène Fontaine

Dr Hélène Fontaine

Économie, business et monde

Hélène Fontaine suit l'économie des entreprises, la conjoncture et l'international pour FLASH24. Elle croise les dépôts comptables, les rapports trimestriels et les indices d'activité, et ne retient un chiffre qu'après l'avoir comparé à sa source d'origine. Elle interroge chefs d'entreprise, économistes et syndicats, et attend chaque mois les publications de l'INSEE et de la BCE pour recouper ses tableaux. Cette rigueur vient aussi de son intérêt personnel pour la comptabilité des entreprises technologiques et les vélos cargo, deux sujets qu'elle traite avec la même méthode. Elle ne publie pas un chiffre sans avoir vérifié son calcul.

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