La facture énergétique de l'industrie européenne reste élevée, Inbolt lève 11 millions d'euros pour des robots adaptatifs
La société parisienne Inbolt a bouclé mercredi une levée de 11 millions d'euros pour donner aux robots industriels une perception en temps réel, portant le total de ses financements à 30 millions d'euros, selon Tech.eu.

La levée d'Inbolt est modeste face au problème énergétique européen, mais elle renvoie à la même pression : on demande aux usines de produire davantage avec des lignes qui existent déjà. L'entreprise, fondée en 2019 par Rudy Cohen, Albane Dersy et Louis Dumas, vend une couche d'intelligence artificielle indépendante du matériel. Elle permet aux robots d'ajuster leurs boucles de commande lorsque des pièces sont mal alignées ou que l'outillage s'use, rapporte Tech.eu le 30 septembre. Shift4Good a mené le tour, rejoint par Bridges Climate Transition Partners, puis par BNP Paribas Développement et Ora Global. Le système équipe plus de 200 robots dans plus de 100 usines sur trois continents. Parmi ses clients figurent Bosch, Beko, Flex, Ford, Stellantis et Toyota.
Voilà pour la technologie. L'économie qui l'entoure est moins nette.
La Commission européenne a averti que les prix du pétrole et du gaz pourraient rester très élevés tout l'hiver à venir, les stocks de gaz étant faibles et les perturbations à Hormuz continuant d'alimenter les coûts d'importation. Anadolu Ajansı a cité un commissaire selon lequel l'UE a payé 113 milliards de dollars de coûts énergétiques en plus sans recevoir davantage de gaz ni de pétrole. Xinhua avance le chiffre de 100 milliards d'euros. Les deux montants ne sont pas identiques, et ni l'un ni l'autre ne constitue une comptabilité arrêtée de la crise. Ce sont deux estimations de ce que l'Europe a payé pour les mêmes molécules.
Pour les industriels, la facture ne concerne pas seulement le gaz de gros. Elle détermine si une usine peut faire tourner une deuxième équipe, si un robot peut être reprogrammé plutôt que remplacé, et si un contrat de leasing pour un utilitaire électrique peut être chiffré avec un minimum de certitude. CleanTechnica a rapporté le 29 septembre une analyse de Transport & Environment : le marché de l'occasion applique un écart de dépréciation de 12,9 points de pourcentage entre voitures thermiques et électriques en Allemagne, en France, en Italie et en Espagne. En corrigeant les subventions, les taxes à l'acquisition, l'inflation et la composition des flottes, cet écart tombe de 80 %, à 2,6 points de pourcentage. 5,1 points supplémentaires devraient disparaître à mesure que les prix des véhicules électriques neufs baissent. Stef Cornelis, de T&E, estime que le secteur brosse un tableau trop simpliste pour justifier son opposition aux objectifs européens d'électrification des flottes.
Le bras de fer politique se joue maintenant sur plusieurs fronts à la fois.
L'Italie et la République tchèque plaident pour un assouplissement des règles européennes sur les permis carbone et l'approvisionnement énergétique, rapporte Reuters le 29 septembre. La Première ministre Giorgia Meloni était à Prague pour un plan d'action italo-tchèque couvrant l'énergie et l'industrie, selon Agenzia Nova. La Commission européenne a publié les conditions d'une enchère de 1 milliard d'euros pour la décarbonation de la chaleur industrielle, indique EU Reporter. En parallèle, un autre projet de la Commission visant à reporter d'un an les règles sur les importations de méthane est à l'étude sous la pression des prix de l'énergie, selon streamlinefeed.co.ke. Autant de signaux incompatibles pour un investisseur industriel qui tente de modéliser les cinq prochaines années.
Toute l'actualité ne va pas dans le même sens. Le Centre for Research on Energy and Clean Air indique que les émissions de CO2 de l'UE ont reculé de 2 % au premier semestre 2026, soit un peu moins de la moitié du rythme nécessaire pour l'objectif de 2030. Les ventes de pompes à chaleur progressent en Europe dans un contexte d'ajustements tarifaires, selon 재경일보. Et au Japon, où la même arithmétique énergétique industrielle s'applique, Helical Fusion a déclaré mardi à des journalistes qu'elle prévoit des essais préliminaires de mise sous tension de son réacteur de démonstration Helix HARUKA en 2027. Une deuxième bobine et une couverture à métal liquide suivront avant des essais de mise sous tension vers 2030. L'Asahi Shimbun rapporte que le PDG Takaya Taguchi vise une centrale commerciale dès les années 2040, mais cite le coût, la sécurité et la vitesse de construction parmi les problèmes non résolus. Le gouvernement japonais a classé la fusion parmi 17 secteurs stratégiques et prévoit 3 100 000 000 000 de yens, soit environ 19 700 000 000 de dollars, de financements publics et privés d'ici l'exercice 2040.
Le débat de court terme porte sur la demande. T&E affirme par ailleurs que réduire les objectifs européens sur les véhicules électriques exigerait 150 nouvelles centrales pour équilibrer le réseau, un chiffre qui suppose que l'électrification se poursuit à un certain rythme. C'est une affirmation de modélisation, pas une mesure, et elle s'oppose aux chiffres de dépréciation du secteur. Les deux camps utilisent des nombres pour débattre de la même question : qui paie la transition pendant que les prix de l'énergie restent élevés.
Sur le plancher de l'usine, la réponse arrive par petits incréments. Les 11 millions d'euros d'Inbolt iront à la croissance internationale et à l'entrée dans les centres de données et la fabrication électronique, selon Tech.eu. Cela ne changera pas la facture de gaz de l'Europe. Cela pourrait changer la capacité d'une usine de taille moyenne du Bade-Wurtemberg à maintenir une ligne en marche quand un fournisseur livre un lot décalé de deux millimètres.
Sources
8- 01Inbolt raises €11M to bring real-time vision and intelligence to industrial robotsEN
- 02Second-Hand EVs Retain Their Value Better Than Industry Claims — New StudyEN
- 03Japan's fusion energy startup to begin power-on tests at pilot reactor in 2027EN
- 04What von der Leyen left out of her Congress of Europe pitchEN
- 05Before pixels: Modular industrial dashboardsEN
- 06Beyond Utilization: Energy-Conscious GPU Sharing for Inference ServingEN
- 07How 'Industry 5.0' integrates human expertise with artificial intelligenceEN
- 08Bats may have first evolved in Europe 65 million years agoEN
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