Des pirates ont fait monter des frigos de supermarchés européens à 50 °C, et la facture tombe sur l'énergie et l'industrie
Des cyberattaques ont poussé lundi 2 novembre la température des frigos jusqu'à 50 °C dans des magasins d'au moins sept pays européens. Des denrées ont dû être jetées, et le NCSC s'est joint à une intervention en cours au Royaume-Uni.
Les attaques ont touché la Belgique, l'Estonie, l'Irlande, la Finlande, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suède lundi, rapporte The Guardian. La température de certaines enceintes a atteint 50 °C (122 °F). Des fournisseurs de viande britanniques ont aussi été touchés. Le National Cyber Security Centre a indiqué travailler avec les entreprises concernées.
C'est la deuxième vague en un mois. Les frigos de supermarchés français avaient été touchés à la mi-octobre. Cet incident précédent impliquait des technologies anciennes connectées à internet avec des mots de passe par défaut, selon The Guardian.
Mardi, le directeur des opérations du NCSC, Paul Chichester, a déclaré que l'impact national au Royaume-Uni était minime. Il a précisé que les attaques n'avaient pas été assistées par l'IA. Elles exploitaient des vulnérabilités présentes « depuis longtemps », a-t-il dit lors du lancement du rapport annuel de l'agence.
Ce que les attaquants ont réellement visé
Ils ont visé les contrôleurs, pas les compresseurs. Xavier Bellekens dirige Lupovis, une entreprise de cyberdéfense. Il a raconté à The Guardian que son équipe avait enregistré 256 tentatives d'attaque venues de 91 sources différentes entre le 20 octobre et le 30 octobre. Les attaques visaient des pièges honeypot en ligne, conçus pour ressembler aux contrôleurs de frigo Danfoss. La plupart des tentatives d'authentification utilisaient les identifiants d'usine par défaut, publiquement documentés par le fabricant.
Le décompte des enseignes est fragmentaire, et les entreprises le décrivent chacune à leur manière. Ahold Delhaize a indiqué que des dizaines de ses magasins Delhaize en Belgique et au Luxembourg avaient été touchés. L'entreprise a précisé que des denrées avaient dû être jetées avant un retour à la normale, selon CNBC. Colruyt Group a signalé cinq magasins Spar en Belgique. Carrefour a dit à la BBC que 15 de ses magasins belges avaient été attaqués. Intermarché a indiqué que 15 de ses 153 points de vente belges avaient été touchés.
« Dans la plupart des cas, les mesures de sécurité en place ont permis de contenir rapidement l'attaque », a déclaré un porte-parole d'Intermarché à CNBC. « Cependant, quelques magasins ont subi des pertes de stock, sans rien de comparable à l'attaque de la mi-octobre. »
IKEA a déclaré à CNBC que les frigos et congélateurs de son magasin de Mons, en Belgique, avaient été touchés entre dimanche et lundi. L'impact sur son restaurant et son Swedish Food Market est resté limité. ICA en Suède, Kesko en Finlande, Supervalu en Irlande et One Selver en Estonie ont aussi signalé des perturbations. La Commission européenne a indiqué être en contact direct avec les autorités nationales. Elle a convoqué mardi matin une réunion du groupe de travail interinstitutionnel de l'UE avec l'ENISA et Europol, a confirmé un porte-parole à CNBC.
Au Royaume-Uni, la British Association of Independent Meat Suppliers a déclaré à la BBC que certains de ses plus de 300 membres avaient été touchés. Les chambres froides d'une entreprise sont montées jusqu'à 100 °C et deux autres ont commencé à décongeler. L'Aims a précisé que les enceintes étaient vides et qu'aucune marchandise n'avait été perdue.
Pourquoi une rubrique énergie parle de frigos
Parce que la réfrigération est une charge électrique avant d'être un problème de données. La chaîne du froid d'un magasin tourne en continu. La ramener à température après une panne oblige les compresseurs à travailler plus fort, plus longtemps, souvent au tarif de pointe. Les enseignes arbitrent déjà entre facture d'électricité et marges, et les pertes de marchandises s'ajoutent aux kilowattheures.
La tendance générale des prix ne se détend pas. Apple a annoncé lundi à ses investisseurs que le prix des puces mémoire avait augmenté dans des proportions « sans précédent », rapporte The Guardian. John Ternus, son nouveau directeur général, prévoit des coûts de mémoire au quatrième trimestre supérieurs à ceux des trois mois précédents. La tension vient de la concurrence avec les datacentres d'IA pour l'approvisionnement. C'est la même pression de la demande qui fait monter les coûts de l'énergie et du matériel dans toute l'industrie européenne.
C'est le lien que Bruxelles ne cesse de faire. Arthur Mensch, directeur général de Mistral, a déclaré lundi que l'Europe courait à un « piège complet » si elle laissait les modèles de pointe aux États-Unis et à la Chine. Il a soutenu que le continent souffrait d'un « problème de bilan » : il lui manque le capital et la capacité de calcul pour entraîner des systèmes compétitifs, rapporte Politico depuis le Digital Summit de Berlin. Le gouvernement allemand a profité du même événement pour présenter son plan visant à faire de l'Allemagne une « nation souveraine de l'IA » d'ici 2030, avec au moins trois laboratoires européens de premier plan.
La politique industrielle va dans le même sens du côté de l'énergie. Transport & Environment a soutenu dans une note publiée le 2 novembre que la proposition de révision du système d'échange de quotas d'émission de l'UE, présentée en juillet 2026, n'était pas adaptée pour soutenir l'investissement dans les carburants propres dans l'aviation et le transport maritime. L'organisation demande que 50 % des recettes nationales du SEQE soient affectées à la décarbonation des secteurs prioritaires.
L'industrie automobile allemande offre la version préventive. CleanTechnica rapportait le 29 octobre que deux tiers des voitures neuves vendues en Chine sont électriques et que 40 % des ventes de camions y sont électriques. L'échange de batteries aux stations fonctionne sur des cycles de six minutes. Ningde produit à elle seule 300 gWh de capacité de batteries, plus que toute l'Europe, écrivait le média.
Richard Horne, directeur général du NCSC, a qualifié les incidents des frigos de « contreforts » d'une menace plus vaste, avec de nombreuses vulnérabilités encore à exploiter. Son directeur de la technologie, Ollie Whitehouse, a estimé que les fabricants devaient concevoir des appareils connectés plus sûrs. Il a ajouté que les consommateurs devaient accepter de les payer plus cher. Au vu de cette semaine, la facture arrive, que quelqu'un y consente ou non.
Sources
12- 01Freezers of UK meat suppliers heat up after cyber-attacks in EuropeEN
- 02Supermarket fridges hit with cyberattacks across EuropeEN
- 03Second cyberattack heats EU supermarket freezers to 50C, destroying foodEN
- 04Apple warns of 'unprecedented' rise in memory chip pricesEN
- 05Mistral CEO: Europe faces 'complete trap' without frontier AIEN
- 06The ETS Investment Engine: Scaling Europe's Strategic E-fuel Market for Shipping & AviationEN
- 07What Europe Can Learn From China If It Wants To Save Its IndustryEN
- 08Mercedes-Benz Is Giving Up On Its EV Charging Network In EuropeEN
- 09European tech weekly recap: Over €1.3B invested across 60+ dealsEN
- 10Portuguese AI startup Granter bags €1.6M to expand across EuropeEN
- 11Bull and Schwarz Digits Sign MOU to Develop European AI InfrastructureEN
- 12Chip Industry Technical Paper Roundup: Nov. 3EN
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