Variabilité cardiaque et scores de forme sur les montres connectées : des preuves manquantes, selon le cardiologue Eric Topol
Les montres grand public qui vendent la variabilité de la fréquence cardiaque et des scores de « forme du jour » mettent en avant des indicateurs sans lien établi avec l'état de santé, soutient le cardiologue Eric Topol dans une note publiée sur Substack le 5 octobre.
La critique tombe au moment où Apple étend précisément ces fonctions. Le 9 septembre, l'entreprise a annoncé une refonte du système de capteurs de santé de l'Apple Watch. Elle a ajouté un score de forme de 0 à 10 et multiplié par 24 la fréquence de mesure de la variabilité cardiaque, selon la note Ground Truths de Topol. Il relève que la même annonce introduisait un onglet longévité et un « âge de santé ».
Son argument est étroit et technique. Les chiffres sont réels. Le sens qu'on leur prête ne l'est pas encore.
La variabilité de la fréquence cardiaque est la variation, à l'échelle de la milliseconde, de l'intervalle entre deux battements. Elle dépend de l'équilibre entre les influx nerveux sympathiques et parasympathiques. Topol écrit que plus de trois décennies de recherche ont associé une variabilité faible à une mortalité toutes causes et cardiovasculaire plus élevée. Le lien est plus lâche avec les troubles cognitifs précoces, la démence, les maladies mentales, le diabète de type 2 et l'abus de substances. Mais il est net sur la limite : la variabilité cardiaque est un marqueur indirect, et aucun lien de cause à effet n'a été établi. Faire monter sa variabilité, écrit-il, ne signifie pas que l'état de santé s'améliorera. « En fait, il n'existe aucune preuve solide de cela. »
Cela compte parce que le marketing avance plus vite que les preuves.
La plupart des travaux sur les résultats cliniques que cite Topol reposaient sur une variabilité mesurée par électrocardiogramme. Les montres grand public mesurent autre chose : la variabilité du pouls par photopléthysmographie optique, les lumières vertes au dos du boîtier. Les deux ne sont pas identiques, écrit-il. Elles ne concordent que si le délai entre le signal électrique et le pouls reste constant, ce qui en pratique veut dire au repos. Les capteurs de matelas qui déduisent la variabilité des mouvements sont encore plus éloignés.
Même à l'intérieur de la variabilité cardiaque, il n'existe pas une mesure unique. Les appareils utilisent des indicateurs différents. Apple s'est appuyé sur le SDNN, l'écart type des intervalles normaux à normaux, tandis que presque tous les autres emploient le RMSSD, que Topol présente comme généralement considéré plus précis. Les fenêtres d'enregistrement varient aussi, de quelques minutes à une nuit entière de sommeil.
Des études petites et courtes
La note conteste aussi la recherche derrière les scores composites. Topol écrit que les études qui sous-tendent les indicateurs de forme sont souvent petites et courtes. Un chiffre unique qui regroupe plusieurs entrées cache laquelle fait le travail. Il renvoie ses lecteurs aux articles scientifiques plutôt qu'aux pages produit.
Le marché des objets connectés va dans cette direction depuis un moment. Les promesses se sont élargies. Apple n'est pas seul à accrocher un chiffre unique à la récupération, à la charge ou à l'âge biologique.
Les travaux indépendants sur ce que les montres captent réellement sont rares. Certains vont à l'encontre du discours. Une revue exploratoire des données d'objets connectés évaluées dans des études cliniques figure parmi les prépublications récentes sur le sujet. Une autre étude, qui circule cet automne, a trouvé que le nombre de pas surpassait les algorithmes d'intensité des montres pour caractériser l'état de santé. Ni l'une ni l'autre ne tranche la question de la variabilité cardiaque. Toutes deux suggèrent que les indicateurs dérivés font moins de travail que le signal brut.
La note de Topol est le défi public le plus direct lancé à cette catégorie par un cardiologue de premier plan depuis un moment. C'est aussi une forme d'argument familière en santé numérique. Une mesure réellement physiologique se retrouve promue en promesse sur la durée de vie.
Là où les preuves sont plus solides
D'autres pans du domaine montrent à quoi ressemblent des affirmations de santé numérique mieux étayées. Elles sont loin d'un score au poignet.
Des chercheurs de l'université Northwestern ont décrit en janvier une sonde robotique souple et flexible, environ trois fois plus large qu'un cheveu humain. Elle peut être insérée par l'orifice déjà utilisé en chirurgie fœtale. Elle suit en continu la fréquence cardiaque d'un fœtus, sa variabilité cardiaque, son oxygénation sanguine et sa température. L'étude a été publiée le 26 janvier dans Nature Biomedical Engineering. « Notre capacité à surveiller le fœtus n'a pas changé depuis 40 ans », a déclaré le chirurgien fœtal Dr Aimen Shaaban dans l'annonce de l'université. L'appareil a été testé sur un grand modèle animal, pas chez l'humain.
Du côté de la santé publique, les preuves sont épidémiologiques et peu spectaculaires. Une étude portant sur plus de 2 500 000 enfants a été publiée dans The Pediatric Infectious Disease Journal et relayée par PsyPost le 4 octobre. Elle n'a trouvé aucune association entre la vaccination ROR avant l'âge de deux ans et l'autisme, ni de lien entre le moment de l'injection et le diagnostic. Le chercheur principal Todd Burstain, médecin à UW Medicine, a déclaré à PsyPost que des études européennes antérieures sans ancrage sur l'âge « pourraient potentiellement introduire un biais d'immortalité dans les données ».
Et au Canada, une consultation fédérale a livré des données sur les jeunes hommes. Les troubles de l'humeur auto-déclarés chez les hommes de 15 à 24 ans sont passés de 11 pour cent à 16 pour cent entre 2012 et 2022, a rapporté CBC News le 5 octobre. L'anxiété généralisée est montée de quatre pour cent à 10 pour cent. La part de ceux qui décrivent leur santé mentale comme très bonne ou excellente est tombée de 70 pour cent à 52 pour cent. « Il y a un problème commun partout, et c'est ce que ressentent les hommes et les garçons », a déclaré la ministre fédérale de la Santé Marjorie Michel à CBC.
Rien de tout cela n'arrive sous forme de score sur 10.
Ailleurs dans la pile
Le reste de l'actualité de la semaine rappelle à quel point la santé numérique repose sur des infrastructures que personne ne met en avant.
DigitalOcean a discrètement mis fin à son programme Open Source Credits. Ce sont les crédits cloud que les projets utilisaient pour faire tourner des serveurs de compilation, des sites de documentation et des miroirs de versions. Selon It's FOSS, les mainteneurs de Node.js ont reçu un courriel. Il indiquait que l'entreprise n'accepte plus de nouvelles candidatures et n'approuve plus de renouvellements, de prolongations ni de demandes de crédits supplémentaires. Il précisait aussi que la boîte [email protected] ne serait plus surveillée. Aucun billet de blog ni annonce sur les réseaux sociaux. La publication rapporte que le développeur principal de Pidgin a confirmé le courriel sur Mastodon.
Côté réglementation, le groupe de défense de la vie privée noyb a publié un document fuité de la présidence irlandaise. Noyb affirme qu'il rendrait automatiquement licite dans toute l'UE l'usage de données personnelles « dans le contexte de l'IA ». Les entreprises seraient présumées avoir un intérêt légitime prépondérant, sans avoir besoin de consentement. « Dans ces propositions, les profits des entreprises d'IA primeraient le droit fondamental des Européens à la vie privée », a déclaré le fondateur de noyb, Max Schrems, dans le communiqué du groupe. Le document est daté du 21 septembre et se trouve au Conseil.
Des chercheurs de l'université UC Riverside ont pour leur part publié en septembre des travaux sur les grands modèles de langage. La confiance et l'exactitude proviennent de caractéristiques internes différentes, ont-ils constaté après avoir examiné Llama-3.1-8B de Meta et Gemma-2-9B de Google. « Un modèle peut répondre avec certitude, et se tromper quand même », a déclaré l'auteur principal Het Patel dans le communiqué de l'université. Neutraliser les caractéristiques liées uniquement à l'incertitude réduisait fortement la précision.
Google, de son côté, a ajouté les cartes d'identité de l'Oklahoma à Google Wallet sur Android le 5 octobre, selon 9to5Google. C'est la treizième option de la liste. La pièce d'identité numérique fonctionne à certains points de contrôle de la TSA, mais l'État exige toujours que les usagers portent la carte physique.
Deux entrées plus modestes pointent dans la même direction que Topol. Un assistant de santé kényan nommé Tabibu répond à des questions à partir de documents publiés par le ministère de la Santé, la Social Health Authority et le Pharmacy and Poisons Board. Il affiche ses sources et indique clairement qu'il ne pose pas de diagnostic. Une note sur la sécurité personnelle, Triple Sec, propose une phrase de passe de 3 à 4 mots plus un code PIN à 6 chiffres, pour environ 60 bits d'entropie. Toutes deux tentent de rendre lisibles les limites d'un système avant que quelqu'un s'y fie.
C'est là qu'est l'écart que montre Topol. Une montre peut mesurer l'intervalle entre deux battements avec une vraie précision. Ce qu'elle ne peut pas encore faire, selon sa lecture de la littérature, c'est vous dire ce que cet intervalle signifie pour la durée de votre vie. Et les 9 000 000 000 de dollars de valorisation, ou les 8 000 000 000 d'utilisateurs potentiels que promettent certains acteurs du secteur, ne changent rien à cette absence de preuve.
Sources
10- 01The Big Holes in Wearable Heart Rate Variability and Readiness ScoresEN
- 02First-of-its-kind probe monitors fetal health in utero during surgeryEN
- 03Study of 2.5 million children finds no link between MMR vaccine and autismEN
- 04The mental health of young men is declining. Experts warn it could get worseEN
- 05DigitalOcean Ends Open Source Credits ProgramEN
- 06AI: EU Member States plan "digital expropriation" of EuropeansEN
- 07Study: Path discovered to make AI models red-flag their doubtful answersEN
- 08Google Wallet for Android adds 12th digital U.S. state IDEN
- 09A health assistant that answers from Kenyan guidelines and cites themEN
- 10Triple Sec - Simple Digital Security SchemeEN
Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.
Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.
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