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Les applis de thérapie par IA dépassent les régulateurs américains, pendant qu'une enquête santé abandonne les questions sur le handicap

Aux États-Unis, les règles encadrant les applis de santé mentale fondées sur l'intelligence artificielle restent le volet le moins stabilisé d'un bras de fer réglementaire qui s'élargit. Une refonte de l'enquête fédérale sur la santé, publiée le 1er octobre, supprime des questions sur le handicap que des associations jugent indispensables pour évaluer ces outils.

SantéActualitéAmélie BernardPublié le: 2 octobre 20267 min de lectureSources 11
Les applis de thérapie par IA dépassent les régulateurs américains, pendant qu'une enquête santé abandonne les questions sur le handicap

La refonte proposée de la National Health Interview Survey, dévoilée le 1er octobre, ferait passer le questionnaire adulte de 482 à 150 questions, rapporte STAT. Les questions sur les appareils auditifs, la fatigue, la cognition et les aides à la mobilité comme les fauteuils roulants et les scooters disparaissent.

Cela compte pour qui veut savoir si une applis de thérapie par IA fonctionne. L'enquête est menée par le National Center for Health Statistics, rattaché aux Centers for Disease Control and Prevention. Elle collecte des données de santé publique depuis 1957. Un article récent cosigné par des statisticiens du CDC estimait que les enquêtes passées pourraient avoir manqué 75 % des personnes ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du développement, selon STAT. Retirer des questions aggrave le dénominateur, il ne l'améliore pas.

« Vous nous obligez à choisir entre le pire et le moins pire », a déclaré Scott Landes, professeur de sociologie à l'université de Syracuse, à STAT.

Katy Neas, directrice générale de l'association The Arc, a qualifié le changement de « casse-tête ». « Si le gouvernement n'est plus une source fiable de données, s'il ne pose plus de questions sur des personnes réelles et leur vécu réel, nous n'obtiendrons jamais de meilleurs résultats de santé », a-t-elle dit. Un porte-parole du Department of Health and Human Services a refusé d'expliquer pourquoi les questions sur le handicap ont été supprimées. Il a évoqué une volonté de réduire les coûts de collecte des données, selon STAT.

Un cadre réglementaire qui arrive en retard

Les applis de santé mentale n'ont pas d'équivalent de la National Health Interview Survey. Aucun instrument unique ne suit qui les utilise, qui en souffre et qui en profite. Les législatures des États, les organismes professionnels et, de plus en plus, les tribunaux ont comblé le vide. Les élus de Pennsylvanie ont voté le 1er octobre pour encadrer l'usage de l'IA dans les soins, selon Patch. La couverture ne détaille pas le contenu du texte, mais le vote signale que les États n'attendent plus les consignes fédérales.

Ces consignes, quand elles existent, avancent lentement. Le Federal Reserve Board a ouvert le 24 septembre une consultation publique sur deux propositions relatives aux stablecoins. La période court 60 jours après publication au Federal Register. Le sujet porte sur les stablecoins de paiement au titre du GENIUS Act, pas sur la santé mentale, mais la forme est connue. Une technologie arrive, les agences consultent, les règles suivent des années plus tard.

En attendant, cliniciens et chercheurs publient leurs propres données. Une petite étude pilote de l'UC San Francisco est parue le 23 septembre dans JAMA Psychiatry, financée par les National Institutes of Health. Elle a comparé les symptômes dépressifs chez les mêmes 20 participants avant et après leur passage d'une alimentation ultra-transformée à une alimentation plus saine. Les participants ont réduit leur consommation d'aliments ultra-transformés de plus de 85 %. Ils ont montré des améliorations modérées à fortes sur trois mesures de la dépression, les scores d'anxiété s'améliorant modestement, selon la relation qu'en fait ScienceDaily.

L'auteur principal, Andrew Krystal, a déclaré que le pilote « a établi la faisabilité de mener cette recherche dans un essai de plus grande envergure ». L'auteur correspondant, Nyasha Chagwedera, avance un « intestin perméable et déséquilibré » comme mécanisme possible. « Cette atteinte intestinale peut créer une inflammation chronique de bas grade dans tout l'organisme, qui soit cause directement la dépression, soit rend les personnes plus vulnérables à celle-ci. »

L'étude est préliminaire. Vingt personnes, âge moyen 44 ans, 70 % de femmes, toutes avec un IMC élevé et au moins un trouble métabolique. Ce n'est pas la preuve qu'une applis peut remplacer une diététicienne, et personne parmi les auteurs ne le prétend.

Où va l'argent

L'argent, lui, va vers l'automatisation. Parakeet Health a levé 10 000 000 de dollars pour utiliser l'IA afin d'appeler, envoyer des SMS et des courriels aux patients, selon une information exclusive d'Endpoints News du 1er octobre. Devoted Health est un assureur Medicare Advantage doublé d'un groupe médical. Il a annoncé le même jour près de 1 200 000 000 de dollars de financements nouveaux après avoir recruté des centaines de milliers de nouveaux adhérents seniors, selon Endpoints.

La même semaine, la Blue Cross Blue Shield Association a estimé le coût de l'usage par les hôpitaux du codage médical assisté par IA. Elle l'évalue à près de 1 000 000 000 de dollars, soit 942 000 000 de dollars, de coûts supplémentaires pour ses régimes de santé entre 2023 et 2025. La BCBSA affirme qu'une grande partie de la hausse vient de diagnostics secondaires qui font basculer les patients dans des catégories de remboursement plus élevées. Luke Chalker, vice-président senior produit et science des données de la BCBSA, a déclaré à CNBC qu'environ 70 %, soit 653 000 000 de dollars, de la facturation identifiée était liée à des diagnostics supplémentaires sans changement de prise en charge.

Chalker s'est gardé d'attribuer toute la hausse à l'IA. « Plusieurs facteurs contribuent à l'intensité du codage, mais les résultats suggèrent que les outils de codage et de documentation assistés par IA y jouent un rôle », a-t-il dit. Christopher Whaley, économiste de la santé à l'université Brown, a déclaré à CNBC que l'IA semble « accélérer, et en un sens faciliter la captation, des incitations de facturation existantes et sous-jacentes du système ». Il ajoute que dans bien des cas les diagnostics supplémentaires sont légitimes et n'étaient simplement pas relevés auparavant.

Endpoints a résumé la même preuve sans détour le 1er octobre : « Malgré tout ce qu'on dit du potentiel de l'IA à réduire les coûts de santé, elle semble faire l'inverse. »

Rien de tout cela ne relève de la réglementation des applis de santé mentale au sens strict. C'est la base financière et administrative sur laquelle reposera toute réglementation de ce type. Si des outils de codage peuvent faire basculer un patient dans une catégorie mieux remboursée, une applis qui génère des interactions facturables a la même incitation.

La science se tourne vers les différences entre les sexes

La revue Science a consacré un numéro spécial à la santé des femmes, publié le 1er octobre. Une équipe entièrement féminine l'a édité : Yevgeniya Nusinovich, Sacha Vignieri, Joana Osório et Sarah Ross. Les rédactrices citent comme motifs urgents les attaques politiques contre les droits et la santé des femmes, ainsi que les coupes budgétaires dans la recherche sur le sujet. « L'importance de mener des essais cliniques spécifiquement chez les femmes a gagné en reconnaissance au fil des années, et cela doit continuer à être mis en avant », ont-elles dit, selon STAT.

Une revue du numéro porte sur les mécanismes de la douleur propres au sexe. Elle examine le rôle des hormones sexuelles, des interactions neuro-immunitaires, du microbiome intestinal et des hormones ovariennes. « Les femmes attendent désespérément des réponses concrètes qui pourraient aider à en finir avec l'approche courante du “tout est dans votre tête” appliquée à leurs maladies », écrivent les auteurs. Une autre soutient que les chromosomes XX et XY devraient toujours être pris en compte dans les stratégies de médecine de précision.

Ce dernier point touche directement la santé mentale numérique. Une applis entraînée sur des données biaisées, déployée auprès d'une population dont la douleur a longtemps été ignorée, pose un problème de médecine de précision avant d'être un problème de logiciel. Nusinovich, rédactrice senior à Science, a déclaré à STAT que la recherche sur la santé après la période reproductive diffère de la recherche sur la reproduction. « L'objectif ici n'est pas d'améliorer la réussite reproductive mais de prendre en compte la santé de la femme elle-même », a-t-elle dit.

Les régulateurs ont été lents à suivre les applis elles-mêmes. Cet écart a été documenté à plusieurs reprises. Des articles précédents ont décrit la difficulté des régulateurs américains face aux applis de thérapie par IA et expliqué pourquoi ils ne peuvent suivre le rythme des applis de santé mentale qui comblent les manques de soignants. La conclusion générale, dans tous ces textes, est que les outils se multiplient plus vite que la surveillance.

La Chine offre un modèle opposé. Rest of World rapportait le 24 septembre que les patients chinois prennent rendez-vous à l'hôpital via WeChat ou Alipay. Ils peuvent discuter avec l'avatar IA d'un médecin de leur insomnie ou de leur diabète. Ruby Wang, médecin et consultante, a déclaré au média qu'au Royaume-Uni et aux États-Unis, « la technologie est toujours un ajout dans le système de santé. On essaie de visser une pièce supplémentaire sur une machine rouillée, alors qu'en Chine, parce que l'infrastructure et les rails numériques sont technologiquement si avancés, la société accepte cela comme normal ». Elle ajoute que la santé numérique chinoise n'est pas directement exportable : « l'Occident n'accepterait jamais un avatar de médecin IA ».

Ce qui vient ensuite

La consultation de la Fed sur les stablecoins se clôt 60 jours après publication au Federal Register. C'est un rappel que même une technologie financière bien définie demande des mois avant d'être encadrée. Les applis de santé mentale n'ont pas de calendrier comparable.

Des chercheurs de l'University College London et de Stanford, entre autres, ont publié un cadre le 28 septembre. Il porte sur l'apprentissage de trajectoires continues de patients à partir de dossiers de santé électroniques. L'article, arXiv:2609.36144, décrit EHRFlow, un modèle entraîné sur des jeux de données cliniques réels couvrant plus de 260 936 144 de patients, dont une cohorte de validation externe indépendante. Dans une simulation contrefactuelle contrôlée, un guidage conditionnel a approché l'effet connu d'une intervention antihypertensive sans entraîner de modèle de résultat propre à la tâche.

C'est un résultat technique sur la prévision, pas un produit. Mais il indique où va la question réglementaire. Les modèles qui déduisent ce qui serait arrivé à un patient sous un autre traitement sont précisément les outils dont un régulateur aurait besoin pour auditer une applis de thérapie par IA. Les méthodes arrivent. Les questions de l'enquête s'en vont. Et les commissions qui écriraient les règles vont bientôt changer de mains.

Au moins cinq républicains sur les 14 de la commission des finances du Sénat s'apprêtent à partir, rapportait STAT le 1er octobre. Les commissions des finances et de la santé connaîtront un fort renouvellement après les élections de mi-mandat. Ceux qui en hériteront décideront quelle part de l'édifice sanitaire de l'IA sera réglementée, et quelle part de la base de données probantes survivra pour l'éclairer.

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Sources

11
  1. 01As CDC redesigns annual health survey, it removes questions about disabilitiesEN
  2. 02Top journal's special issue on women's health casts spotlight on menopause and painEN
  3. 03Two key Senate health committees face major shake-upsEN
  4. 04Could quitting ultra-processed food boost your mental health?EN
  5. 05Health insurer points finger at AI as nearly $1 billion in questionable hospital charges appearEN
  6. 06Is AI jacking up healthcare costs?EN
  7. 07Parakeet Health raises $10M to automate patient outreachEN
  8. 08Insurer startup Devoted Health raises $1.2B as it revs up growthEN
  9. 09Learning Continuous Patient Trajectories from Electronic Health RecordsEN
  10. 10China is excelling in health tech. That's good news for the worldEN
  11. 11Federal Reserve Board requests public comment on two proposals related to establishing a regulatory framework for Board-supervised payment stablecoin issuers unEN

Tous les chiffres et citations de ce texte proviennent des sources citées ci-dessous.

Les contenus ont été préparés par l'équipe de rédaction, assistée par l'IA.

Amélie Bernard

Amélie Bernard

Science et santé

Amélie Bernard couvre les sciences et la santé pour FLASH24, en s'appuyant sur les publications évaluées par les pairs, les communiqués des agences et les données brutes des études, sans reprendre les reprises de presse. Elle vérifie chaque chiffre en remontant à la source, compare les méthodologies et signale les tailles d'échantillon douteuses. Elle interroge régulièrement des chercheurs et des soignants, et attend les mises à jour des revues à comité de lecture avant de publier. Sa formation en physique des matériaux lui sert à décrypter les résultats techniques, et elle observe le ciel avec son propre télescope. Elle ne publie pas une donnée qu'elle n'a pas pu reproduire.

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